Delek Drilling : Prix élevés, dette massive, pas de profits en vue pour Israël
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Delek Drilling : Prix élevés, dette massive, pas de profits en vue pour Israël

Dans son rapport du 1er trimestre, la compagnie gazière annonce notamment 444,4 millions de dollars d'actifs, 84,3 millions de profits et un déficit de 2 milliards

La plate-forme de traitement du gaz naturel Leviathan de la réserve naturelle de Dor Habonim Beach, le 1er janvier 2020. (Flash90)
La plate-forme de traitement du gaz naturel Leviathan de la réserve naturelle de Dor Habonim Beach, le 1er janvier 2020. (Flash90)

Les ministres et les responsables qui avaient promis que certains fruits de la prospérité bienvenue entraînée par les réserves de gaz naturel en Israël pourraient servir à financer des projets dans l’intérêt général avaient échoué à prévoir qu’en 2010, pas un seul centime ne pourrait être dégagé dans cet objectif.

Ils n’avaient pas pu prévoir non plus la chute, dans le monde entier, des prix du gaz et du pétrole lorsqu’ils avaient imposé à la firme Israel Electric Corporation de payer à Delek Drilling, qui appartient à l’Israélien Yitzhak Tshuva, et à son partenaire, Noble Energy, une compagnie du Texas, des taux qui augmentent chaque année pour le réservoir de Tamar.

Et ils ne s’attendaient certainement pas non plus à ce que Delek Drilling, dont 55 % appartient au Delek Group de Tshuva, connaîtrait des pertes aussi importantes et amasserait des dettes si lourdes que son avenir ne pourrait pas être garanti.

Dans son rapport financier pour le premier trimestre 2020, qui a été rendu public dimanche, Delek Drilling – dont les actions ont chuté de 70 % cette année – rapporte des bénéfices nets de 84,3 millions pour les trois premiers mois de l’année, des taxes à verser à l’Etat de 38,5 millions de dollars et des avoirs totalisant seulement 444,4 millions de dollars.

L’homme d’affaires israélien Yitzhak Tshuva s’exprime lors d’une conférence du groupe Delek à l’hôtel Hilton de Tel Aviv, le 3 février 2020. (Flash90)

La firme révèle également un déficit à hauteur de deux milliards de dollars et indique qu’elle devra soulever au moins 2,5 milliards cette année – par le biais des banques ou de ses détenteurs d’obligation institutionnels – pour pouvoir répondre à ses obligations financières de 2020, qui comprennent le remboursement d’une somme de 620 millions de dollars à ses détenteurs d’obligation et aux banques. L’année prochaine, la firme devra encore rendre un montant de 2,8 milliards supplémentaires.

Offrant un aperçu de son système de prix, elle a informé facturer plus de cinq dollars les mille pieds-cubes de gaz naturel tandis que le coût de sa production s’élève de 34 à 66 centimes seulement.

En ce qui concerne le réservoir de Tamar, qui a lancé sa production commerciale en 2013, le prix pour mille pied-cubes de gaz produit s’est élevé à 5,28 dollars et le revenu net de la firme a été de 3,84 dollars, avec une redevance à verser à l’Etat de 61 centimes et des paiements à des parties tierces pour un total de 49 centimes.

En ce qui concerne la plateforme Leviathan – qui a lancé ses opérations commerciales au mois de janvier – le prix pour mille pieds-cubes a été de 5,43 dollars et le revenu net de 3,96 dollars – après soustraction des coûts liés à la production, pour un total de 66 centimes, celle des taxes versées à l’Etat à hauteur de 60 centimes et les paiements à des parties autres pour un montant de 21 centimes.

Des projets stratégiques dans l’intérêt du pays

En 2014, la Knesset avait adopté une loi exigeant la création d’un fonds souverain qui servirait à récolter les paiements versés par les compagnies gazières, et dont le contenu pourrait être utilisé pour financer des projets stratégiques pour l’Etat d’Israël.

Cette loi précisait que les fonds pourraient également aider le pays en cas d’urgence, même s’il était évidemment impossible de prévoir à l’époque la pandémie de coronavirus et ses effets sur l’économie.

Six ans plus tard, ce fonds n’a toujours pas été créé.

Prof. Eugene Kandel, anciennement à la tête du Conseil économique national d’Israël. (Miriam Alster/Flash90)

Seulement 450 millions de shekels en taxes ont pu être collectés à ce jour – et seulement à partir du champ gazier Mari-B Yam Tethys, qui a fermé en 2012. Cette somme avait été versée en 2013 et pas un centime de plus n’a été destiné au fonds depuis. L’argent est temporairement généré sur un fonds par le bureau de l’expert-comptable général au sein du ministère des Finances.

En 2012, une commission interministérielle qui était dirigée par le président de l’époque du Conseil économique national, le professeur Eugene Kandel, avait prédit qu’à l’horizon 2018, le fonds aurait amassé plus de 1,5 milliard de shekels (selon le taux d’échange de devises dollar-shekels de 2012), dépassant le milliard requis pour que le fonds commence ses opérations.

Le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz, s’exprime lors d’une conférence à Tel Aviv, le 27 février 2019. (Flash90)

Mais lors d’une réunion qui a eu lieu mardi de la Commission spéciale de supervision du fonds souverain, au sein de la Knesset, le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz, s’est montré dans l’incapacité d’expliquer pourquoi ce seuil d’un milliard n’avait pas été franchi en 2018, déclarant simplement qu’il n’était pas responsable des prévisions qui avaient été faites.

La réponse à cette interrogation peut se trouver dans les dispositions de l’accord passé entre le gouvernement et les compagnies concernées.

La loi exempte de taxes les propriétaires de Tamar avant qu’ils n’aient recouvré leurs investissements multipliés par deux à partir du premier jour d’exploration (la partie à haut-risque) jusqu’au début de la production commerciale – ce qui leur offre un délai maximal de quatre ans pour le faire.

Elle leur offre une autre période de grâce, via une formule. Les paiements ne commencent que lorsque les bénéfices totaux des compagnies – moins les dépenses totales, divisées par les investissements totaux – atteignent le chiffre de deux.

Et quand cela arrivera, les firmes devront commencer à transférer 20 % de leurs profits sur le fonds souverain (ou une fraction, en fonction du mois de l’année financière où commenceront les paiements). Alors que la part des dépenses baissera en lien avec le revenu engrangé, ce pourcentage va s’élever, atteignant un maximum de 50 % de bénéfices lorsque la formule arrivera à 2,8. Dès lors, les prélèvements seront plafonnés à 50 %.

Dans le cas du champ gazier Leviathan, il n’y aura aucune taxe à payer jusqu’à l’amortissement des investissements à 1,5 dans un maximum de deux ans. Après cela, les premiers 20 % de taxes ne seront payés que lorsque la formule atteindra le chiffre de 1,5. Le prélèvement maximum de 50 % n’interviendra que lorsque la formule atteindra 2,3 et il sera plafonné ensuite à 50 %.

La salle de contrôle de Noble Energy sur la plateforme Leviathan, le 31 décembre 2019 (Crédit : Noble Energy)

Steinitz a déclaré devant la commission qu’il s’attendait à ce que le champ Leviathan commence à alimenter le fonds souverain d’ici 2024, tandis que les compagnies gazières – avant que le coronavirus ne vienne grignoter dans leurs profits – avaient fait savoir, dans le passé, qu’elles ne verseraient sans doute rien avant 2025.

Les firmes ont prédit que d’ici la fin de la décennie, elles auraient déposé environ 7 milliards de dollars dans le fonds souverain. En comparaison, Lobby99, une organisation qui exerce des pressions sur le gouvernement au nom du public, fondée à l’aide d’un financement participatif, a calculé que cette somme ne dépassera pas les 2,4 milliards de dollars.

Répétant son mantra « le grand avantage du gaz naturel est environnemental » – parce qu’il pollue moins l’air que ce n’est le cas du charbon – Steinitz a estimé, mardi, qu’environ 3 000 milliards de mètres-cubes de gaz naturel attendaient encore d’être découverts et que toutes ces réserves devaient être exploitées et vendues.

Capture d’écran d’une vidéo montrant le gaz naturel en train de s’enflammer sur la plate-forme Leviathan au large de la côte de Césarée, le 11 février 2020. (Twitter)

Toutefois, au début du mois, un rapport émis par l’organisation de défense de l’environnement Adam Teva VDin a fait savoir que le méthane émis par les infrastructures de gaz naturel, dans le pays, augmentait les émissions globales du pays en termes de gaz à effet de serre d’environ 8 % et qu’elles empêcheraient très probablement Israël d’honorer ses obligations internationales concernant le changement climatique.

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