Des Bédouins refusent d’effectuer leur devoir de réserve après les “diffamations” d’Erdan
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Des Bédouins refusent d’effectuer leur devoir de réserve après les “diffamations” d’Erdan

25 réservistes menacent de passer à l’acte en raison des discriminations contre les Bédouins et les accusations de terrorisme à Umm al-Hiran

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, et Roni Alsheich, à gauche, à la Knesset, le 12 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, et Roni Alsheich, à gauche, à la Knesset, le 12 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Vingt-cinq réservistes bédouins de l’armée israélienne ont annoncé dimanche qu’ils ne se présenteraient pas à leur devoir de réserve tant que le gouvernement ne réglerait pas le problème de mauvais traitements à l’égard de leur communauté, notamment les discriminations au travail et les accusations « diffamatoires » de Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure.

La lettre ouverte a été écrite en réponse à un incident qui s’est déroulé en janvier dans le village bédouin d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, dans lequel un habitant du village Yaqoub Mousa Abu al-Qian a été abattu par la police avant que sa voiture ne renverse un policier, Erez Levi. Les deux hommes sont morts.

Erdan avait affirmé que l’incident était une attaque terroriste inspirée par l’Etat islamique, mais la récente enquête interne de la police contredirait cette accusation.

« Ces derniers jours, nous sommes témoins d’une campagne de diffamation de la part du ministre [de la Sécurité intérieure] et du chef de la police [Roni Alsheich] contre la communauté [bédouine], après avoir ôté la vie à un professeur, que le ministre a ensuite qualifié de ‘terroriste’ », est-il écrit dans la lettre ouverte.

« Nous disons : ça suffit ! »

Le véhicule qui a renversé des policiers et tué l'un d'eux dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)
Le véhicule qui a renversé des policiers et tué l’un d’eux dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Abandonnés par l’Etat

La lettre a été écrite par un groupe de 25 habitants de Bir al-Maksur, une ville majoritairement bédouine du nord d’Israël.

« Nous avons servi dans des unités combattantes de l’armée israélienne et répandu le sang et les larmes en protégeant les frontières d’Israël et la sécurité de ses citoyens », ont écrit les auteurs.

« A notre grande déception, avec la fin de notre service militaire, nous avons compris que […] le pays qui nous a envoyés nous battre sur le champ de bataille nous a abandonnés, jour après jour, heure après heure. »

Les 25 réservistes ont cité les difficultés des membres de leur communauté pour obtenir un emploi après leur service militaire.

Des Bédouins en larmes après des démolitions de maisons dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Des Bédouins en larmes après des démolitions de maisons dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

« Oui, il semble qu’une arme dans les mains d’un Bédouin soit dangereuse. Nous comprenons que nous ne pouvons pas travailler dans tous [les domaines qui contribuent] à accroitre la sécurité d’Israël. Peut-être travaillerons-nous alors dans le transport ? », demandent-ils ironiquement.

Mais dans ce domaine également, les auteurs de la lettre ouverte affirment que les membres de la communauté bédouine sont discriminés et ne peuvent pas recevoir les certifications nécessaires.

« Apparemment, certains pensent qu’un Bédouin ne mérite pas le permis de conducteur de bus. Il semble que l’Etat soit inquiet qu’un Bédouin ne mène une attaque à la voiture bélier, donc il est plus sûr de ne pas le laisser être chauffeur de bus », ont-ils écrit.

Les auteurs affirment que les politiques discriminatoires qu’ils décrivent sont la raison pour laquelle l’armée a vu une baisse de l’enrôlement des membres de la communauté bédouine ces dernières années. Contrairement aux Israéliens juifs, les citoyens arabes ne sont pas légalement contraints de faire leur service militaire, mais beaucoup de membres des communautés druze et bédouine s’enrôlent tout de même.

Avigdor Liberman, ministre de la Défense, pendant une visite sur la base militaire du bataillon de reconnaissance bédouin, le 26 juillet 2016. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)
Avigdor Liberman, ministre de la Défense, pendant une visite sur la base militaire du bataillon de reconnaissance bédouin, le 26 juillet 2016. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Ce mois-ci, l’armée a annoncé qu’elle prévoyait de nommer son premier colonel bédouin, dont la mission sera justement de faire tripler l’enrôlement de sa communauté et de mieux l’intégrer dans l’armée.

« Si vous ne cessez pas de blesser toute la communauté, nous verrons une détérioration supplémentaire du nombre d’enrôlés bédouins et nous ne pourrons pas leur apprendre qu’il est bon pour eux de s’enrôler », ont écrit les auteurs de la lettre ouverte.

« Nous ne permettrons pas à ceux qui nous envoient mourir continuer à nous cracher au visage. Nous ne continuerons pas à remplir notre devoir, si personne ne vient [réaliser] nos droits… Nous ne nous présenterons pas au devoir [de réserve] tant que nous n’aurons pas le sentiment que l’Etat nous traite comme des égaux parmi les égaux et tant que nous n’aurons pas le droit de vivre nos vies civiles comme n’importe quel autre citoyen israélien. »

Le bureau d’Erdan, ministre de la Sécurité intérieure, n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israël.

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