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Des catcheurs égyptiens rêvent de shows à l’américaine

La Fédération égyptienne de catch professionnel, un groupe non officiel de huit catcheurs, dont deux filles, déplorent le manque de sponsors

Un match de catch dans le village d'Abu Sultran, le 26 octobre 2018. (Crédit : AFP/Mohamed el-Shahed)
Un match de catch dans le village d'Abu Sultran, le 26 octobre 2018. (Crédit : AFP/Mohamed el-Shahed)

Sur le ring, des catcheurs grimés et déguisés se jaugent avant le combat organisé dans une cour d’école égyptienne, où ces amateurs se sont lancés le défi de devenir les vedettes d’un show « à l’américaine ».

Encouragés par un public enthousiaste de tous âges, « Malek el-Leil » (Le roi de la nuit, en arabe), aux yeux lourdement fardés de noir, et « Tiger », drapé d’une cape au motif en peau de léopard, s’échangent des regards belliqueux.

Sur fond de musique rock et sous des effets de lumières, ils se lancent dans un corps-à-corps qui emprunte autant à une lutte sportive qu’à une chorégraphie spectaculaire.

Non loin de là, le visage masqué, Samir Ibrahim ou « Ninja », habillé de noir de la tête aux pieds, attend son tour.

Le catcheur égyptien « Le roi de la nuit » durant un show dans le village d’Abu Sultran, le 26 ocotbre 2018. (Crédit : AFP/Mohamed el-Shahed)

« Trois mois après mon entrée à l’université, je suis tombé sur des gens qui me disaient : ‘Tu passes à la télévision, nous te connaissons, tu es ‘Ninja qui fait du catch’ « , raconte fièrement cet étudiant de 22 ans.

Momen Mohamed, surnommé « Commando », dit « suivre le catch américain depuis petit ».

De nombreux cafés des quartiers populaires diffusent les programmes télévisés consacrés à ces compétitions qui ont lieu à l’étranger, surtout aux Etats-Unis, et les enfants admirent des vedettes américaines fortunées à l’instar de John Cena, Hulk Hogan, The Undertaker, Triple H ou encore Batista.

Des enfants égyptiens assistent à un match de catch dans le village d’Abu Sultran, le 26 octobre 2018. (Crédit : AFP/Mohamed el-Shahed)

« Mon préféré est Rey Mysterio, pour ses mouvements légers sur les cordes et sa façon de lutter sur le ring », confie Commando, en évoquant un célèbre catcheur américain d’origine mexicaine.

Spectacle annulé

Mais dans ce petit village près d’Ismaïlia, sur le canal de Suez, les moyens manquent pour ce type de spectacle, tandis que les autorités veillent à tout débordement.

La joie de près d’un millier de spectateurs s’avère ainsi de courte durée : après 10 minutes, des jeunes enthousiastes se lèvent et s’approchent du ring, trop près au goût de la sécurité, qui met immédiatement un terme au spectacle au grand dam des organisateurs.

« Nous n’avons pas été à la hauteur », confesse à la foule, par micro, l’un de ces organisateurs, Ahmed Abdullah. « Nous espérions présenter quelque chose de nouveau au village d’Abou Sultan », poursuit-il.

Ashraf Mahrous, aussi appelé « Captain Ashraf Kabonga », et fondateur de l’auto-proclamée Fédération égyptienne de catch (EWR), exhibe la ceinture de champion, dans le village de Serapeum, le 28 juin 2018. (Crédit : AFP/Mohamed el-Shahed)

Surnommé Kabonga, l’initiateur du groupe de catcheurs, un géant de près de deux mètres, fond en larmes en regardant la foule quitter les lieux, alors que les lumières s’éteignent une à une.

« S’il y avait de l’argent, nous aurions pu offrir des sièges à tout le monde et engager une société organisatrice », regrette-t-il.

« Oui, personne ne réussit ici », en Egypte, chuchote un catcheur l’air las.

Marié et père de famille, Kabonga, de son vrai nom Ashraf Mahrous, 37 ans, a fondé en 2012 la Fédération égyptienne de catch professionnel (EWR), un groupe non officiel de huit catcheurs, dont deux filles, qui rêvent de la célébrité des professionnels américains. Le groupe compte aujourd’hui quelque 50 amateurs venus de tout le pays.

Pour les entraînements, il a installé un ring rudimentaire devant la maison familiale située dans un village voisin. Les catcheurs pratiquent au milieu des champs et des petits immeubles de briques rouges en construction.

Les membres de l’auto-proclamée Fédération égyptienne de catch (EWR) s’entraînent sur un ring de fortune construit devant la maison du fondateur de la fédération, dans le village de Serapeum, le 28 juin 2018. (Crédit : AFP/Mohamed el-Shahed)

Pas de sponsors

Kabonga, qui préparait la compétition-spectacle d’Ismaïlia depuis plusieurs mois, revient sur l’origine de sa passion.

« L’idée du catch est née sur le lit avec mon frère lorsque nous avons commencé à effectuer des mouvements de lutte », explique-t-il. Résultat: trois lits cassés. « Ma mère nous a laissés dormir à même le sol », raconte Kabonga qui, pour l’occasion, a glissé son impressionnant gabarit dans un costume cravate.

Et alors que les vedettes mondiales tirent une fortune de leurs performances en participant à des films et à des publicités, les catcheurs égyptiens commencent tout juste à faire parler d’eux à travers leur page Facebook, suivie par près de 40 000 personnes.

« J’ai toujours espéré que l’Égypte ait une fédération de catcheurs professionnels », confie Mohamed « le bûcheron », 27 ans, entré dans l’arène avec une hache.

« Je n’abandonnerai pas mon rêve », assure-t-il.

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