Des centaines de personnes pleurent une « icône » aux funérailles d’Erekat
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Des centaines de personnes pleurent une « icône » aux funérailles d’Erekat

L'assistance s'est réunie à Jéricho après une cérémonie officielle à Ramallah ; certains expriment l'espoir d'une reprise des négociations avec Israël suite à l'élection de Biden

Des Palestiniens et des gardes d'honneur transportent le cercueil de Saeb Erekat pendant la procession de ses funérailles à Jéricho, en Cisjordanie, le 11 novembre 2020. (Crédit : Ahmad GHARABLI / PPO / AFP)
Des Palestiniens et des gardes d'honneur transportent le cercueil de Saeb Erekat pendant la procession de ses funérailles à Jéricho, en Cisjordanie, le 11 novembre 2020. (Crédit : Ahmad GHARABLI / PPO / AFP)

Ce sont des centaines de personnes qui se sont rassemblées mercredi dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie, pour assister aux funérailles du politicien palestinien Saeb Erekat, qui s’est éteint hier suite à des complications de la COVID-19 à l’âge de 65 ans.

Erekat passait pour l’un des successeurs potentiels du président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, âgé de 85 ans, qui a pleuré, dans la matinée, le départ de son « ami » et de son « frère ».

« A la Palestine manque aujourd’hui un chef patriotique, un grand combattant qui a joué un rôle crucial dans l’élévation du pavillon de la Palestine », a affirmé M. Abbas.

La dépouille d’Erekat a été amenée à Jéricho, où il a été inhumé. Des photos prises lors des funérailles montrent que les règles de distanciation sociale n’ont pas été respectées et que, dans l’assistance, tout le monde ne portait pas le masque.

Erekat avait subi une greffe du poumon et il souffrait de fibrose pulmonaire. Après avoir contracté le coronavirus, ses chances de rétablissement étaient maigres au vu de ses précédents en termes de maladie respiratoire.

Il s’est éteint, mardi, à l’hôpital Hadassah Ein Kerem de Jérusalem, où il était entré le mois dernier après avoir été soigné chez lui pendant plusieurs jours.

Le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Ryad al-Maliki, a qualifié Erekat « d’icône de la cause palestinienne ».

Le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne Riyad al-Maliki s’adresse à l’Assemblée générale avant un vote au siège des Nations unies, le 21 décembre 2017 (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

« C’était un diplomate dans tous les sens du terme », a déclaré al-Maliki devant les caméras de Palestine TV.

Ni le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ni le président Reuven Rivlin n’ont présenté publiquement leurs condoléances après le décès d’Erekat.

Toutefois, les Palestiniens et un grand nombre de dirigeants internationaux ont rendu hommage à Erekat, et il y a un espoir prudent que le processus de paix avec Israël, actuellement dans l’impasse, puisse reprendre avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche.

Erekat avait dirigé les négociations successives, du côté palestinien, avec l’Etat juif pendant des décennies – et notamment les pourparlers qui avaient entraîné la signature des Accords d’Oslo, en 1993 et en 1995 – les premiers accords majeurs de paix qui avaient été conclus entre les deux parties. Une personnalité éminente de la politique palestinienne depuis des dizaines d’années, il était devenu secrétaire-générale de l’Organisation de libération de la Palestine en 2015, même si son influence sur les relations entretenues par Ramallah avec Jérusalem et la communauté internationale étaient allée bien au-delà de cette fonction bureaucratique.

De gauche à droite : La secrétaire d’Etat Hillary Clinton, l’envoyé américain au Moyen-Orient George Mitchell, le vice-président Joseph Biden et le négociateur en chef palestinien lors d’une rencontre entre le président américain Barack Obama et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dans le bureau ovale, à la Maison Blanche de Washington, le 28 mai 2009. (Crédit : AP Photo/Gerald Herbert)

Mais Erekat était aussi une figure controversée.

Pour certains Israéliens, sa rhétorique sans compromis était emblématique du rejectionnisme palestinien. Il était connu pour avoir faussement affirmé que l’Etat juif avait massacré des centaines de Palestiniens dans le camp de réfugiés de Jénine, en 2002. Et il était un avocat fervent de la politique mise en place par l’Autorité israélienne, consistant à donner de l’argent aux familles de terroristes palestiniens.

Il était un avocat passionné de l’état palestinien. De nombreux responsables israéliens qui avaient pris place à ses côtés, à la table des négociations, avaient témoigné de son engagement en faveur d’une solution à deux Etats.

Des gardes d’honneur transportent le cercueil du négociateur en chef palestinien Saeb Erekat pendant ses funérailles à Jéricho, en Cisjordanie, le 11 novembre 2020. (Crédit : Ahmad GHARABLI / PPO / AFP)

Pour les Palestiniens frustrés, Erekat faisait partie d’un leadership inchangé et vieillissant qui avait échoué à tenir sa promesse – un état – alors même qu’il continuait à se coordonner avec Israël.

L’Autorité palestinienne n’a pas négocié avec Israël depuis l’élection du président américain Donald Trump. Trump, au mois de décembre 2017, avait reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël – un coup porté aux Palestiniens, qui revendiquent les quartiers Est de la ville comme capitale de leur futur état. L’AP avait rompu tous les liens avec l’administration Trump après ce coup de théâtre.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rendent à une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020. (AP Photo/ Evan Vucci)

Trump avait aussi rompu avec des décennies de politiques américaines, en ne critiquant pas les constructions d’implantation israéliennes en Cisjordanie et en coupant des centaines de millions de dollars en aides financières versées par les Etats-Unis à l’AP – après que les relations entre Ramallah et Washington ont tourné à l’aigre à l’issue de la reconnaissance, par la Maison Blanche, de Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

Le plan de paix controversé de l’administration Trump pour le Moyen-Orient, qui avait été apparemment mis au moins sans concertation avec les Palestiniens, avait été rejeté d’emblée par Ramallah.

Au moment de la mort d’Erekat, les relations entre Washington et l’Autorité palestinienne étaient, dans les faits, nulles.

Mais l’analyste palestinienne Nour Odeh a déclaré à l’AFP que jusqu’à sa mort, Erekat « a toujours conservé l’espoir, il a toujours cru que la paix était réalisable ».

« Il était infatigable, il était obstiné… Il pensait que ce conflit s’achèverait et que cette occupation cesserait », a-t-elle dit.

Des Palestiniens transportent le cercueil de Saeb Erekat pendant la procession de ses funérailles à Jéricho, en Cisjordanie, le 11 novembre 2020. (Crédit : Ahmad GHARABLI / PPO / AFP)

Odeh a ajouté que « comme tous les Palestiniens », Erekat se serait « réjoui que Donald Trump quitte la Maison Blanche ».

Commentant la mort d’Erekat, le secrétaire-général des Nations unies, Antonio Guterres, a indiqué : « Il est temps de continuer ce travail crucial » en reprenant les négociations en vue d’une « solution à deux Etats juste et durable ».

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