Des « dégâts à long terme » dus aux coupes américaines aux projets de coexistence
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Des « dégâts à long terme » dus aux coupes américaines aux projets de coexistence

Joel Braunold, de l'Alliance pour la paix au Moyen-Orient, estime que les fonds retirés rendront plus difficile "l'humanisation" réciproque des deux populations

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Les participants au "Salon des professeurs", un projet de coexistence qui rassemble des groupes d’enseignants juifs et arabes,dans un quartier de Jérusalem Est. (Crédit Eyal Tagar)
Les participants au "Salon des professeurs", un projet de coexistence qui rassemble des groupes d’enseignants juifs et arabes,dans un quartier de Jérusalem Est. (Crédit Eyal Tagar)

WASHINGTON — La décision prise par l’administration Trump de couper tous les programmes d’aide américains permettant de rassembler Israéliens et Palestiniens entraînera « des dégâts à long-terme » sur les efforts de paix, a déclaré le directeur d’une ONG responsable de tels projets au Times of Israel.

La décision prise par la Maison Blanche de retirer son assistance aux programmes de coexistence entre Israéliens et Palestiniens, le mois dernier, est survenue dans un contexte d’initiatives américaines visant à punir les Palestiniens pour leur refus de s’engager auprès des responsables de l’administration Trump depuis la reconnaissance américaine de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, au mois de décembre.

Le gouvernement américain a été traditionnellement le plus important soutien des programmes de paix et de réconciliation en Israël et dans les Territoires palestiniens. Il a versé la somme de 10 millions de dollars par an à ce type de projet via l’USAID, ce qui constitue un quart des fonds total à ce genre d’efforts.

« Le plus grand problème, ce sont les dégâts à long-terme », a indiqué Joel Braunold, directeur exécutif de l’Alliance pour la paix au Moyen-Orient, une coalition d’organisations non-gouvernementales qui recherchent le soutien américain pour leurs activités.

Joel Braunold is a graduate student at Harvard's Kennedy School of Government. (photo credit: Courtesy Joel Braunold)
Joel Braunold (Autorisation)

« En agissant de cette manière et en touchant au portefeuille, on nuit profondément à l’intégrité du programme sur le terrain. Cela revient à dire au Congrès qu’on ne remplit pas pleinement le mandat dont on est chargé et qui est de soutenir les Israéliens et les Palestiniens », a dit Braunold dans une interview.

L’Alliance pour la paix au Moyen-Orient est une coalition de plus de 100 organisations non-gouvernementales qui se consacrent à promouvoir la paix et la coexistence entre les Israéliens et les Palestiniens. L’Alliance sécurise les fonds apportés aux initiatives mises place par les ONG et décide du montant nécessaire à chaque groupe pour mener à bien sa mission.

Citant des sondages qui montrent qu’Israéliens et Palestiniens ont de plus en plus de mal à croire que la paix entre les deux parties est possible, Braunold a expliqué que les politiques de l’administration ont tendance à davantage ancrer cet état d’esprit chez les plus jeunes.

« On constate que plus vous êtes jeune, plus vous êtes méfiant et hostile envers l’autre », a-t-il noté.

« Alors à ce moment précis, alors que nous savons quel est le degré de scepticisme face à la paix dans les jeunes générations qui ne pensent pas que la paix soit possible, voilà qu’on coupe les programmes qui se consacrent précisément à humaniser aux yeux de l’autre chacune des deux populations. Comment cela peut-il avoir du sens ? », s’est-il exclamé.

Tous les financements américains s’arrêteront pour l’année fiscale 2019. Pour cette année, les Etats-Unis ne verseront que la part restante de leur versement annuel de 10 millions de dollars aux groupes de coexistence qui travaillent avec les Israéliens juifs et arabes, comme le Fonds Abraham et Hand in Hand.

D’autres groupes, comme l’Association de rencontre interconfessionnelle qui a pour objectif de renforcer le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, ne percevront rien de la part des Américains.

Ce qui implique que les groupes qui rassemblent Israéliens et Palestiniens, notamment à l’occasion de matchs de football, de travaux agricoles et de projets de réconciliation, vont perdre jusqu’à 3,5 millions de financement, a dit Braunold.

Après que les coupes dans les budgets ont été rapportées pour la première fois par le New York Times, l’USAID a précisé qu’elle soutiendrait toujours des programmes rassemblant Juifs et Arabes israéliens, mais qu’elle était « actuellement dans l’incapacité de s’engager auprès des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza en résultat de la décision récente prise par l’administration sur l’aide palestinienne ».

Parce que les groupes en Cisjordanie et à Gaza ne recevront plus de fonds, c’est ce type d’initiatives dans leur ensemble qui perdront en efficacité, a estimé Braunold.

« Les groupes chargés de construire des relations par-delà les frontières entre Israéliens et Palestiniens ne recevront aucun soutien cette année », a-t-il ajouté. « Une seule partie des projets pourra donc aller de l’avant ».

Le président américain Donald Trump sur la pelouse de la Maison Blanche à Washington, le 27 septembre 2018 (Crédit : AFP PHOTO / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS)

Braunold recherche dorénavant des fonds auprès de donateurs privés et autres gouvernements, en Europe et ailleurs.

Les coupes américaines aux programmes de coexistence ont été imposées dans un contexte de réductions plus larges des aides versées à l’Autorité palestinienne, aux hôpitaux de Jérusalem-Est et à l’agence chargée des réfugiés palestiniens (UNRWA). Ces initiatives ont été annoncées alors même que la Maison Blanche prévoit de dévoiler son plan de paix, très attendu, dans un avenir proche.

Le président américain Donald Trump a expliqué la semaine dernière que sa proposition serait rendue publique dans les deux prochains mois. Il a également indiqué pour la première fois qu’il favorisait une solution à deux états au conflit.

Lorsque Washington a annoncé couper les aides aux programmes de coexistence, au mois de septembre, l’envoyé pour la paix au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, a affirmé continuer à « croire à l’importance de la construction de relations entre les Israéliens et les Palestiniens, en particulier chez les enfants ».

Jason Greenblatt, représentant spécial pour les négociations internationales du président américain Donald Trump, s’adresse au déjeuner de printemps de l’American Jewish Committee’s Women’s Leadership Board à New York le 24 avril 2018. (Autorisation / Ellen Dubin Photographie)

« Mais les enfants israéliens et palestiniens y perdront et ces programmes n’auront pas de sens si l’AP continue à condamner un plan qu’elle n’a pas vu et auquel elle refuse de s’y engager », a-t-il écrit sur Twitter.

Braunold a critiqué la logique sous-jacente à cette déclaration avec férocité.

« [Greenblatt] dit essentiellement : ‘Je soutiens ces programmes mais…’ Quel est son but ? Si on soutient ces programmes, alors il faut les financer ».

« L’idée qu’en mettant un terme aux programmes de coexistence, vous allez amener l’AP à s’incliner et écouter l’administration est absurde », a-t-il continué. « C’est absolument absurde. Personne ne peut dire cela de manière crédible. Et cela vient également saper l’argument même qu’il faut préparer les populations à la paix ».

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