Des experts de la Shoah en désaccord sur la condamnation pour génocide de Mladic
Rechercher

Des experts de la Shoah en désaccord sur la condamnation pour génocide de Mladic

Efraim Zuroff estime que les assassinats en masse perpétrés à Srebrenica étaient un crime de guerre et non un génocide dans la mesure où les femmes étaient épargnées. Mais Menachem Rosensaft n'est pas de cet avis

L'ancien commandant des forces bosniaques  Ratko Mladic entre à la Cour pénale internationale pour l'ex-Yougoslavie le 22 novembre 2017 pour entendre le verdict de son procès pour génocide (Crédit : AFP PHOTO / POOL / Peter Dejong)
L'ancien commandant des forces bosniaques Ratko Mladic entre à la Cour pénale internationale pour l'ex-Yougoslavie le 22 novembre 2017 pour entendre le verdict de son procès pour génocide (Crédit : AFP PHOTO / POOL / Peter Dejong)

AMSTERDAM, Pays-Bas (JTA) — L’un des chasseurs de nazis les plus célèbres au monde, Efraim Zuroff, a salué la sanction appliquée au nationaliste serbe Ratko Mladić mais a considéré sa condamnation pour génocide à Srebrenica comme étant politique et injuste.

Zuroff affirme ainsi que Mladic a commis des atrocités mais qu’il ne s’est pas rendu coupable de génocide, une déclaration qui a suscité les critiques d’un autre spécialiste éminent de l’Holocauste.

Un tribunal des Nations unies a condamné Mladic mercredi à la prison à vie pour de nombreux crimes de guerre et atrocités, notamment pour avoir commis un génocide dans la ville bosniaque, en 1995, alors qu’il était l’un des chefs des troupes serbes dans la guerre qui avait éclaté dans les Balkans suite à l’effondrement de la Yougoslavie.

Environ 80 000 musulmans – hommes et petits garçons – avaient été assassinés par les soldats de Mladić, qui avaient autorisé presque toutes les femmes à partir.

Le chasseur nazis Efraim Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal, durant une interview accordée au Times of Israel, le 17 août 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Zuroff, historien de l’Holocauste vivant en Israël et directeur du centre Simon Wiesenthal pour l’Europe de l’est, a mené des initiatives visant à traduire en justice des douzaines de criminels de guerre nazis. Il a salué la sanction appliquée à Mladic par le groupe de trois magistrats siégeant au tribunal basé à la Haye et connu comme la cour pénale internationale pour l’ex-Yougoslavie.

« Ce qui est arrivé à Srebrenica a incarné un crime de guerre terrible et meurtrier, et une tragédie pour laquelle Mladic et tous les autres responsables doivent recevoir la sanction légale maximum », a indiqué Zuroff à JTA. « Mais il ne s’agissait pas d’un génocide », a-t-il ajouté, citant les femmes et les petites filles épargnées.

Menachem Rosensaft, conseiller général au Congrès juif mondial et avocat enseignant le droit des génocides à l’université de Columbia et de Cornell, a pour sa part défendu le verdict dans une lettre ouverte publiée mercredi dans le magazine Tablet.

Pour Zuroff, le fait que les femmes n’aient pas été tuées à Srebrenica démontre que les auteurs « ont voulu commettre et qu’ils se sont rendus coupables d’un crime de guerre, d’un nettoyage ethnique. Mais pas d’un génocide ».

Menachem Rosensaft et Jean Bloch Rosensaft, Hanovre, Allemagne, le 25 avril 2015 (Crédit : Renee Ghert-Zand / Times of Israël)

Le verdict a été « politisé » comme l’était l’acte d’accusation contre Mladić, a accusé Zuroff. Il a ajouté que les Etats-Unis avaient cherché à condamner Mladić pour génocide pour des raisons politiques après avoir échoué à reconnaître au bon moment le génocide rwandais en tant que tel.

Le tribunal a condamné Mladic pour 10 chefs d’accusation sur 11, l’acquittant de génocide concernant les meurtres effectués dans les municipalités bosniaques hors de Srebrenica. Il a été aussi condamné pour avoir ciblé des civils lors de bombardements menés par ses troupes dans la capitale bosniaque de Sarajevo. Mladić a été arrêté par la police serbe en 2011 à proximité de Belgrade et a été envoyé à la Haye pour y être jugé.

A Srebrenica, la cour a déterminé qu’il avait « participé à une entreprise visant à éliminer les musulmans bosniaques en tuant les hommes et les petits garçons de la ville et en contraignant les femmes, les jeunes enfants et les personnes âgées à partir de Srebrenica par la force ».

Rosensaft, qui s’était déjà opposé publiquement à Zuroff suite aux critiques émises par ce dernier, en 2015, sur l’accusation de génocide prononcée contre Mladic à Srebrenica, a encore une fois réfuté ses arguments dans la lettre ouverte, appelant Zuroff et d’autres à ne pas considérer comme « mensonger » l’attribution du terme génocide à Srebrenica d’un point de vue légal.

Rosensaft a cité les précédents jugements émis par le tribunal de l’ONU concernant l’ex-Yougoslavie, qui statuaient que les forces qui avaient orchestré l’opération à Srebrenica « avaient comme intention de détruire les musulmans bosniaques à Srebrenica en tant que tels ».

Mur des noms au mémorial du génocide Potocari, près de Srebrenica (Crédit : Michael Büker/Wikimedia commons)

Dans la lettre ouverte, Rosensaft fait part de son désaccord avec une définition du génocide fournie par le professeur Steven T. Katz, directeur et fondateur du Centre Elie Wiesel d’Etudes juives à l’université de Boston, où il appréhende le terme en tant que « destruction de tous les êtres humains qui appartiennent à un groupe ethnique, national ou religieux particulier sans exception ».

Rosensaft rappelle une affirmation faite par Nehemiah Robinson, feu le directeur de l’Institut des affaires juives au sein du Congrès juif mondial et figure d’autorité sur la convention des génocides établie par l’ONU en 1948, qui disait que le terme devait s’appliquer même si les victimes « constituent seulement une partie du groupe à l’intérieur d’un pays, ou à l’intérieur d’une région, ou à l’intérieur d’une seule communauté, dans la mesure où leur nombre est substantiel… Cela sera aux tribunaux de décider dans chaque cas si le nombre est suffisamment important ».

Et les tribunaux, a écrit Rosensaft, « ont parlé clairement et sans ambiguïté ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...