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Des militants Frères d’armes tentent un dialogue avec des haredim à bord d’un bus

Des vidéos montrent des militantes et des passagers d'un bus de Bnei Brak essayant d'étouffer les paroles des uns et des autres par des chants

Des hommes haredim et des militants anti-refonte se disputant à bord d'un bus à destination de Bnei Brak, en Israël, le 16 août 2023. (Crédit : Frères d'armes)
Des hommes haredim et des militants anti-refonte se disputant à bord d'un bus à destination de Bnei Brak, en Israël, le 16 août 2023. (Crédit : Frères d'armes)

Une tentative d’un groupe anti-refonte de dialoguer avec des passagers ultra-orthodoxes à bord d’un bus mercredi a échoué après que de part et d’autre, chacun des deux groupes ont commencé à chanter bruyamment l’un contre l’autre.

La scène est devenue virale, les partisans du gouvernement accusant les militants de provocation et de comportement anti-religieux, tandis que les critiques soutiennent que ce sont les passagers haredim qui ont déclenché l’altercation.

Cet incident fait suite à plusieurs cas récents de discrimination à l’égard des femmes dans les transports publics de la part de conducteurs ou de passagers en raison de leur tenue vestimentaire, et alors que les tensions sociétales entre la droite et la gauche et entre les religieux et les laïcs augmentent en raison des efforts déployés par le gouvernement pour réduire certaines des compétences du pouvoir judiciaire.

Les lignes d’autobus desservant principalement les populations ultra-orthodoxes ont fait l’objet de critiques – et d’un examen juridique – dans le passé pour avoir pratiqué la séparation entre les sexes, les hommes s’asseyant à l’avant et les femmes à l’arrière. Bien que ces pratiques aient été déclarées illégales par les tribunaux à titre officiel, les haredim continuent d’y adhérer de manière informelle sur certaines lignes.

Lors de l’incident de mercredi, des militants Frères d’armes – un groupe de réservistes militaires protestant contre la refonte – sont montés dans un bus reliant Ashdod et Bnei Brak, une ville à l’est de Tel Aviv à majorité ultra-orthodoxe. Le groupe, dont les activistes portaient des tee-shirts arborant le logo du mouvement, a déclaré qu’il s’agissait d’une tentative de dialogue.

La plupart des militantes se sont assises à l’arrière du bus. Les militants se sont, quant à eux, assis à l’avant du bus parmi les autres passagers, qui semblaient être majoritairement haredim.

Sur les images des interactions dans le bus, on voit des hommes laïcs et des ultra-orthodoxes discuter à l’avant, avant que le discours ne s’échauffe et que plusieurs haredim ne s’adressent aux militantes en criant : « Nous ne venons pas chez vous. »

On y voit un homme demander : « Nous ne venons pas dans vos bus, pourquoi venez-vous dans les nôtres pour nous harceler ? » Une femme se tenant à l’avant répond : « C’est un pays libre et tout le monde est égal devant la loi ici. »

Des images prises plus tard au cours du même trajet montrent certains hommes ultra-orthodoxes chantant bruyamment une chanson hassidique, dans une tentative apparente d’étouffer les activistes. On voit également les femmes à l’arrière chanter « Hevenu Shalom Aleichem » – une chanson populaire familière dont les paroles signifient « Nous vous apportons la paix » – tandis que certains passagers haredim près d’elles se bouchent les oreilles et s’agitent sur leur siège. De nombreux ultra-orthodoxes considèrent qu’il est indécent d’entendre des femmes chanter.

Le chant provocateur des femmes alors que les passagers religieux se bouchent les oreilles a été la première vidéo à être diffusée en ligne, ce qui a suscité de vives critiques à l’encontre des militantes sur les réseaux sociaux pour avoir prétendument intentionnellement pris une mesure provocatrice et offensante pour les hommes ultra-orthodoxes.

Le président de la coalition, Ofir Katz (Likud), a déclaré à Ynet que les actions des femmes étaient « choquantes ».

« Le harcèlement est inacceptable et je le condamne. Les femmes devraient pouvoir s’asseoir où elles le souhaitent dans le bus. Mais ce que les activistes ont fait aux haredim, n’était-ce pas une chose horrible ? N’était-ce pas diabolique ? N’était-ce pas cruel ? »

L’indignation suscitée par la première vidéo a conduit les militants à publier les séquences antérieures qui ont précédé le chant, ce qui, selon eux, est important pour remettre les choses dans leur contexte.

Illustration : Un homme ultra-orthodoxe montant dans un bus dans l’implantation de Beitar Illit, le 17 janvier 2017. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Dans une déclaration sur l’échange dans le bus, un porte-parole de Frères d’armes a déclaré que l’initiative de trajet conjoint en bus « visait à générer un dialogue honnête et véritable avec nos frères haredim à un moment où les fossés qui nous séparent semblent plus profonds que jamais. Malheureusement, l’exclusion des femmes des transports publics est aujourd’hui légitimée en Israël ».

« Nos militants s’engagent avec talent et dévouement dans un dialogue respectueux avec des milliers de haredim, mais nous présentons néanmoins nos excuses aux passagers qui ont été offensés », a ajouté le porte-parole.

Une version antérieure de la déclaration indiquait qu’au cours de l’échange houleux, certains des militants avaient eu un « comportement inapproprié ». « Ce que nous regrettons. Ce n’est pas notre façon de faire. » Toutefois, cette affirmation a ensuite été supprimée de la déclaration publiée sur les réseaux sociaux de Frères d’armes.

Eyal Naveh, porte-parole du groupe, a déclaré au Times of Israel que cette omission était due à de « nouvelles vidéos qui ont fait surface et qui montrent des abus et des comportements répréhensibles » de la part des passagers haredim à l’égard d’au moins une des femmes. Son groupe « regrette que cette action ait dérangé qui que ce soit et s’en excuse ». Mais après avoir revu les vidéos, « il n’y a pas eu de comportement inapproprié de la part de nos militants, et il va sans dire que le chant de cette femme n’est pas inapproprié », a déclaré Naveh.

Eyal Naveh s’exprimant lors d’un rassemblement contre la refonte judiciaire, à Tel Aviv, en Israël, le 10 juin 2023. (Crédit : Frères d’armes)

Les vidéos que Naveh a partagées de l’échange animé ne semblent pas contenir de séquences sur les abus des passagers ultra-orthodoxes, hormis l’un d’entre eux qui semble dire à une militante de retourner à l’arrière du bus. On la voit refuser, tout en lui disant que « les femmes et les hommes sont égaux dans ce pays ».

Frères d’armes a publié jeudi sur sa page Facebook une autre déclaration. « Nous voulons que vous sachiez que notre action est importante et positive, nous soutenons nos militants dévoués qui font un travail important, générant un dialogue avec la société haredit. »

Frères d’armes se décrit comme un mouvement de protestation de réservistes de l’armée qui s’opposent à la refonte judiciaire du gouvernement, un plan qui cherche à affaiblir le pouvoir judiciaire et à transférer certains de ses pouvoirs aux branches exécutive et législative. Les opposants à ce projet affirment qu’il met en danger la démocratie parce qu’il compromet l’indépendance du pouvoir judiciaire. Ses partisans affirment qu’il renforce la démocratie en renversant une prétendue prise de pouvoir par les tribunaux et les bureaucrates et en rétablissant certains pouvoirs qui, selon les partisans du projet, devraient être entre les mains des représentants élus.

Les relations entre l’Israël laïc et l’Israël religieux – en particulier la communauté haredit – ont également été mêlées à la controverse, car l’un des principaux objectifs des partis ultra-orthodoxes, en promulguant la refonte judiciaire est de limiter le contrôle des tribunaux sur les questions de religion et d’État. Ils tentent par ailleurs d’obtenir une large exemption du service militaire pour les hommes haredi.

À LIRE : Le désir d’exempter les Haredim du service militaire va-t-il sonner le glas de la coalition

Les manifestants ont de plus en plus souvent dépeint la refonte comme servant les efforts des ultra-orthodoxes pour réduire les femmes au silence, limiter leur représentation et restreindre leurs droits, comme en témoigne l’utilisation par de nombreuses manifestantes habillées en costumes tirés de la série « La Servante écarlate ».

Des manifestantes israéliennes portant des costumes tirés de « La Servante écarlate » participant à un rassemblement contre les projets de loi de refonte judiciaire du gouvernement israélien, au carrefour Beit Yanaï, le 23 mars 2023. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Ce mois-ci, les médias ont rapporté au moins quatre cas de femmes qui auraient rencontré des difficultés liées au comportement d’hommes religieux dans les transports.

Dans l’un des cas, un chauffeur de bus a ordonné à un groupe d’adolescentes de s’asseoir à l’arrière et de se couvrir dans un bus reliant Ashdod à Kfar Tavor. Lors d’un autre incident, Tzefi Erez, une femme de 88 ans de Givatayim a déclaré qu’un chauffeur de bus l’avait ignorée lorsqu’elle lui avait demandé si elle était montée sur la bonne ligne. Lorsque le mari de la femme a demandé au chauffeur pourquoi il ne lui répondait pas, le chauffeur a répondu qu’il refusait de parler aux femmes.

À Ashdod, un chauffeur de bus a dit à une femme qu’elle ne pouvait pas monter dans un bus parce qu’il était réservé aux hommes ultra-orthodoxes, et à Tel Aviv, un chauffeur a réprimandé une jeune femme parce qu’elle portait un débardeur.

Israël disposait autrefois de plusieurs lignes de bus dites Mehadrin (strictement casher), où les passagers masculins et féminins voyageaient dans des parties séparées du véhicule afin d’accommoder les passagers ultra-orthodoxes. En 2011, la Haute Cour de justice a statué qu’il était illégal pour quiconque, y compris les compagnies de bus et les passagers, d’appliquer cette pratique.

Cependant, la ségrégation sexuelle continue d’être pratiquée sur plusieurs lignes empruntées par des passagers haredim. Les chauffeurs demandent parfois aux femmes de s’asseoir à l’arrière du bus, comme en atteste le reportage d’investigation diffusé mercredi de journalistes de la Treizième chaîne. On y voit des ultra-orthodoxes (hommes et des femmes) demander à deux journalistes – femmes – portant des shorts de s’asseoir à l’arrière du bus. Dans au moins un cas, des individus ont craché en direction des journalistes et une femme ultra-orthodoxe les a averties qu’on leur cracherait de nouveau dessus.

Par ailleurs, Neria Kraus, une journaliste de la Treizième chaîne, a déclaré mardi que des passagers haredim d’un vol entre les États-Unis et Israël lui avaient demandé de changer de siège pour ne pas avoir à s’asseoir à côté d’elle – selon Kraus parce qu’elle est une femme. L’un des passagers, qui avait laissé apparaître une kippa, a contesté cette allégation, affirmant qu’il s’agissait simplement de permettre à son fils de s’asseoir à côté de son amie.

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