Israël en guerre - Jour 287

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Des survivants du 7 octobre se font tatouer par des artistes venus de l’étranger

12 tatoueurs étrangers, associés à 50 artistes locaux, ont réalisé des œuvres d'art corporel sur 120 survivants, soldats et parents de victimes du pogrom perpétré par le Hamas

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Lucas Cunio, frère aîné des otages David Cunio et Ariel Cunio, avec son bras fraîchement tatoué lors d'un événement Artists 4 Israel, au Jardin botanique de Jérusalem, le 7 juillet 2024. (Crédit  : Jessica Steinberg/Times of Israel)
Lucas Cunio, frère aîné des otages David Cunio et Ariel Cunio, avec son bras fraîchement tatoué lors d'un événement Artists 4 Israel, au Jardin botanique de Jérusalem, le 7 juillet 2024. (Crédit  : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Lucas Cunio a brandi un avant-bras musclé, enveloppé de cellophane, et sur lequel l’image fraîchement tatouée d’un dinosaure en pleine jungle était visible.

« C’est une forêt, une jungle », a-t-il indiqué. « Parce que notre monde est une jungle. »

Lucas, dont les deux jeunes frères sont retenus en otage par le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, est l’un des 120 Israéliens tatoués gratuitement ces derniers jours dans un salon de tatouage improvisé au Jardin botanique de Jérusalem, avec l’aide du ministère des Affaires étrangères.

L’initiative vient d’Artists 4 Israel, dirigé par Craig Dershowitz, qui fait venir des tatoueurs en Israël depuis plusieurs années pour surmonter divers traumatismes.

Cette fois-ci, Dershowitz a réuni un groupe de douze artistes étrangers et une cinquantaine d’encreurs locaux ; le groupe a passé de longues heures durant trois jours à conseiller des survivants à la recherche d’un art corporel.

« Un tatouage peut vous aider, pendant que vous le faites, à ne pas penser à autre chose », a noté Lucas.

Sharon Aloni Cunio, 33 ans, son époux David Cunio, 34 ans, et leurs filles jumelles, Yuli et Emma, ont été enlevés au kibboutz Nir Oz le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

Les frères cadets de Lucas, David et Ariel, ont été capturés par des terroristes palestiniens du Hamas le 7 octobre dans le kibboutz Nir Oz.

David a été enlevé avec son épouse, Sharon Aloni-Cunio, et leurs jumelles de 3 ans, ainsi qu’avec sa belle-sœur Danielle Aloni et sa fille Emilia, âgée de cinq ans. Les femmes et les enfants ont tous été libérés lors d’une trêve  d’une semaine fin novembre, mais David est resté en captivité.

Ariel, le plus jeune des quatre, a été enlevé avec sa petite amie, Arbel Yehud. Ariel et Arbel sont toujours retenus à Gaza. Le frère de Yehud, Dolev, a d’abord été considéré comme un otage, mais son corps a ensuite été identifié en Israël.

Lucas vit également dans le kibboutz, comme l’ensemble de sa famille élargie. Le 7 octobre, « j’étais à la maison avec ma femme et mes trois enfants, et j’ai maintenu la porte fermée pendant 12 heures ».

« C’est la même histoire que tout le monde, mais celle de mes frères est un peu différente. »

Les bras de Lucas sont couverts d’une multitude de tatouages, dont un sur le bras gauche – un signe de paix quelque peu effacé, son premier tatouage, fait vers l’âge de 12 ans.

« Il y a des gens qui souffrent tellement et qui pensent que cela pourrait les aider », a déclaré Dershowitz. « Il y a aussi la notion de ‘mon corps – mon choix’ : ‘On m’a fait quelque chose et je veux me réapproprier mon corps et mon histoire, et ce tatouage est un choix [personnel]’. »

D’autres personnes choisissent de se faire tatouer après avoir été mutilé par une balle ou un éclat d’obus ; ils veulent que ce soit le tatouage, et non leur mutilation, que les gens remarquent, a-t-il ajouté.

Craig Dershowitz, fondateur de Artists 4 Israel. (Crédit : Autorisation)

Certains se font tatouer en mémoire d’amis ou en l’honneur de ceux qui les ont aidés à survivre le 7 octobre.

D’autres se font le tatouage envisagé par un proche mais qui a été tué avant de pouvoir le faire. C’est le cas de deux combattants de l’unité antiterroriste de la police de Yamam, qui a participé au sauvetage de quatre otages lors d’une opération audacieuse début juin, au cours de laquelle le chef de l’équipe, l’inspecteur Arnon Zmora, a trouvé la mort. Jeudi, les deux combattants se sont fait tatouer le motif que Zmora avait envisagé de faire.

Dershowitz et ses collègues tatoueurs avaient prévu de venir à la mi-octobre, mais ont dû reporter leur visite suite au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël. Il avait commencé à planifier ce voyage il y a quelques mois et avait invité plusieurs tatoueurs israéliens vivant aux États-Unis et à Berlin et qui souhaitaient participer à la mission.

« Qui sait si c’était le bon moment », a déclaré Dershowitz. « Mais nous ne pouvions pas non plus rester en retrait. »

Artists 4 Israel tatoue bénévolement des survivants, les combattants et les personnes endeuillées du 7 octobre 2023. (Crédit  : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Dagan Fleischer, 23 ans, était installé sur une table de tatouage tandis que Charis Nwaozuzu, une artiste confirmée venue d’Oklahoma City, encrait minutieusement une fleur d’oiseau de paradis colorée sur la majeure partie de son mollet droit.

Nwaozuzu, qui a récemment pris le nom de son partenaire nigérian, n’en est pas à son coup d’essai en matière de tatouages liés à des traumatismes.

Elle est juive – même « agressivement juive » pour Oklahoma City, selon elle. Chez elle, elle organise régulièrement des fêtes juives dans son salon de tatouage et doit souvent faire face à des commentaires antisémites sur ses réseaux sociaux.

« Ils ont tenté de pirater nos comptes, mais ils ne sont pas très créatifs », a-t-elle déclaré en haussant les épaules.

Dagan Fleischer, du kibboutz Magen, tatoué lors d’un événement organisé par Artists 4 Israel, au Jardin botanique de Jérusalem, le 7 juillet 2024. (Crédit  : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Dagan a grimacé lorsque Nwaozuzu a appuyé sur un os, ses joues se colorant légèrement, mais il a souri malgré la douleur.

« Mon père n’aimait pas vraiment les tatouages », a déclaré Dagan, « et je suis presque sûr qu’il aurait pensé que c’était un gros tatouage ».

Le père de Dagan, le capitaine (Rés.) Avraham Fleischer, 64 ans, est le seul membre du kibboutz Magen à avoir été tué le 7 octobre. Il faisait partie de l’équipe d’intervention du kibboutz qui a empêché les terroristes d’atteindre les maisons.

Avraham avait travaillé comme ingénieur pendant la majeure partie de sa vie, mais il avait suivi une formation d’agronome, a raconté son fils ; ils avaient le plus beau jardin de fleurs du kibboutz.

« Et nous avions des oiseaux de paradis », a-t-il ajouté en montrant la fleur orange royale tatouée sur son mollet.

Ce n’est pas le premier tatouage de Dagan. Mais il a expliqué que cela fait partie du processus que lui, sa mère, son frères et sa sœur traversent en ce moment, alors qu’ils tentent de remodeler leur vie sans Avraham.

Dagan et sa sœur venaient à peine de revenir au kibboutz, début octobre, dans le quartier des jeunes où ils vivaient chacun dans leur petit appartement, lorsque le groupe terroriste palestinien du Hamas a attaqué.

Ils se sont cachés ensemble dans le mamad – abri anti-atomique – de Dagan, tandis que leur mère était seule dans celui de la maison familiale.

« Ils n’ont jamais réussi à nous approcher, parce que mon père et le reste de l’unité d’intervention les en ont empêchés », a déclaré Fleischer. « Ce n’est qu’une des façons pour moi de m’en souvenir. »

À côté de Dagan était assise Mina Cohen, 68 ans, une écharpe fleurie enroulée autour de ses épaules, tandis que la fille de Nwaozuzu, Avi Turner, 21 ans, tatouait une couronne fleurie sur la face interne du bras droit de Mina, près de son poignet.

« Je n’avais pas réalisé jusqu’à ce que tout cela se produise que j’étais vraiment la reine du foyer, que c’était moi qui devais faire en sorte que les choses se passent », a déclaré Mina.

L’époux de Mina, Baruch Cohen, 72 ans, est souvent considéré comme le sauveur du kibboutz Magen. Chef de la sécurité du kibboutz, vétéran de la Guerre de Yom Kippour, Baruch aurait été implacable dans l’entraînement de l’équipe, insistant sur l’entretien régulier des armes et sur les exercices en cas d’attaque.

Mina Cohen, du kibboutz Magen, tatouée lors d’un événement organisé par Artists 4 Israel, au Jardin botanique de Jérusalem, le 7 juillet 2024. (Crédit  : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Selon plusieurs informations, l’un des résidents du kibboutz, membre de l’équipe d’intervention, se trouvait sur une colline surplombant la plaine en direction de Gaza lorsque le barrage de roquettes a commencé le 7 octobre, et a vu les terroristes du Hamas s’approcher en motos et  camionnettes vers la clôture du kibboutz, en file indienne.

Il a appelé des renforts et, bien qu’ils aient réussi à repousser l’assaut sur la clôture du kibboutz, les terroristes continuaient à arriver.

C’est alors que Baruch a sauté dans sa camionnette et s’est dirigé à toute vitesse vers la clôture. Les tireurs du Hamas l’ont arrêté avec un RPG (lance-roquettes individuels) , qui a percuté la voiture, le blessant grièvement.

Baruch, Avraham et un autre membre du kibboutz ont été emmenés d’urgence chez un médecin du kibboutz, puis transportés par hélicoptère à l’hôpital. Avraham est décédé, et les deux autres ont survécu.

Aujourd’hui, a raconté Mina, son mari se remet de la perte de sa jambe gauche à l’hôpital Lowenstein, un centre de rééducation situé à Raanana, tandis qu’elle vit dans un hôtel voisin.

« Je pense qu’il est la personne la plus âgée à avoir été blessée au combat », a-t-elle déclaré. « Il est tout simplement incroyable. »

Mina a passé les derniers mois à gérer la bureaucratie engendrée par leur évacuation du kibboutz et par les graves blessures de son époux. Elle est habituée à la paperasserie en tant qu’ancienne responsable de l’intégration au kibboutz, où elle a fait venir une vingtaine de familles au cours des dernières années dans cette communauté de 400 personnes.

Elles reviendront à Magen, a déclaré Mina, qui a grandi à Tel Aviv mais qui vit au kibboutz depuis 40 ans, où elle a élevé sa famille.

« Où irions-nous ? Nous devons être là. Ce pays ne peut pas contenir tout le monde à Tel Aviv », a-t-elle poursuivi en observant la couronne qui se révélait sur son bras tout en souriant.

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