Discours de Netanyahu : Riche en inexactitudes… et pas que sur l’Afghanistan
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Discours de Netanyahu : Riche en inexactitudes… et pas que sur l’Afghanistan

Netanyahu a dit que Gantz honore les terroristes du Hamas, est pour l'accord nucléaire iranien et contre la construction d'une barrière avec l'Égypte, ce que Gantz nie en bloc

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Lors du lancement officiel de la campagne électorale de son parti, le Likud, lundi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a inscrit l’Afghanistan parmi les pays qu’il a visités.

L’Afghanistan n’a pas de relations diplomatiques avec Israël et est en fait très hostile à l’État juif, de sorte que les propos du Premier ministre, qui a dit avoir visité le pays, ont fait sourciller les gens. Netanyahu a-t-il dévoilé une nouvelle sensationnelle au passage ?

« Je voulais dire l’Azerbaïdjan », a précisé Netanyahu sur Twitter quelques minutes après avoir quitté la tribune. « Mais qui sait, peut-être au cours de mon prochain mandat », a-t-il ajouté avec un smiley.

Mais ce n’était pas la seule inexactitude de son discours de près d’une heure lors de l’événement à Kfar Maccabiah à Ramat Gan. Surtout lorsqu’il s’en est pris à ses opposants politiques, il a fait plusieurs autres affirmations qui étaient soit à moitié vraies, soit grossièrement trompeuses ou non prouvées.

Voici un aperçu de huit affirmations clés que Netanyahu a faites dans son discours :

1. Netanyahu a affirmé : Israël est classé 8e pays le plus puissant du monde.

C’est tout à fait exact. Netanyahu faisait référence au classement du US News & World Report’s 2019 Best Countries rankings, qui a été publié plus tôt lundi. Cette étude a été menée par des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie à partir d’une enquête menée auprès de plus de 20 000 personnes dans le monde.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Israël, comme l’année dernière, s’est classé huitième dans la catégorie « puissance », derrière les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et le Japon.

« En dépit de sa taille relativement modeste, le pays a joué un rôle important dans les affaires mondiales », a déclaré le magazine. (Netanyahu a choisi de ne pas dire que, dans le classement général des meilleurs pays du monde, Israël est arrivé 29e.)

2. Netanyahu a affirmé : Sous sa direction, Israël assiste à un épanouissement sans précédent des relations diplomatiques.

Il est vrai que le « tsunami diplomatique » que certains à gauche avaient prédit en l’absence de progrès dans le processus de paix avec les Palestiniens ne s’est pas matérialisé. Il est également vrai que Netanyahu a développé de bonnes relations personnelles avec les dirigeants des grandes puissances comme les Etats-Unis, la Russie, l’Inde et le Brésil, et que Jérusalem se fait de nouveaux amis dans les Etats musulmans d’Afrique et dans le monde arabe.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est accueilli par le sultan Qaboos bin Said à Oman, le 26 octobre 2018 (Crédit : autorisation)

Dans le même temps, il convient de noter que la politique étrangère israélienne a encore bien des défis à relever. Le ministère des Affaires étrangères est profondément sous-financé, les relations de Jérusalem avec l’Union européenne sont à un niveau historiquement bas, l’agression régionale de l’Iran ne montre aucun signe de ralentissement, tandis que le conflit israélo-palestinien reste le plafond de verre de la pleine normalisation avec les pays du Golfe. De plus, Israël perd le soutien des éléments progressistes du parti démocrate américain, tandis que le mouvement mondial de boycott anti-israélien continue de gagner du terrain.

3. Netanyahu a affirmé : Les médias et la gauche sont unis dans un effort concerté pour faire tomber mon gouvernement.

Sachant qu’il ne peut pas être battu dans les urnes, les journalistes et les politiciens de gauche ont recours à une campagne « inéquitable » sans précédent pour le chasser, ainsi que le gouvernement de droite, a dit M. Netanyahu.

Il s’agit d’une affirmation pernicieuse mais non fondée que le Premier ministre a répétée au fur et à mesure que les enquêtes de corruption contre lui s’accéléraient.

Roni Alsheikh, alors chef de la police, et Avichai Mandelblit, procureur général, le 29 novembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Aussi consterné que puisse être Netanyahu au sujet de ses problèmes juridiques – en particulier après que le procureur général Avichai Mandelblit a annoncé jeudi son intention d’inculper le Premier ministre dans trois affaires de corruption, en attendant une audience – les processus qui ont abouti à ces affaires étaient entièrement légaux et légitimes.

Ses attaques incessantes contre les médias semblent viser à renverser un élément crucial d’une démocratie saine. Israël a une presse libre et dynamique. Il est vrai que Netanyahu fait l’objet de nombreuses critiques de la part de certains des plus grands journalistes israéliens. Dans le même temps, le quotidien le plus largement diffusé dans le pays, Israel Hayom, est constamment élogieux à l’égard du Premier ministre, de même que les éditorialistes d’autres journaux importants.

4. Netanyahu a affirmé : Ses rivaux cherchent à former un gouvernement avec les partis arabes, ne veulent pas siéger avec le Likud.

Benny Gantz et Yair Lapid, les chefs du parti Kakhol lavan, sont des gauchistes qui cachent leur vraie position parce qu’ils savent que le public est de droite, a dit Netanyahu. Le parti rival envisage de s’appuyer sur une coalition électorale avec les partis arabes, a-t-il affirmé, car sans les députés arabes, il serait mathématiquement impossible pour Gantz de construire une coalition gouvernementale. « C’est Bibi ou Tibi », a dit le Premier ministre, en référence au vieux routier arabe, le député Ahmad Tibi.

En fait, Kakhol lavan nie tout projet de coopération avec les partis arabes dans le futur processus de formation de coalitions, s’engageant à ne s’aligner que sur les partis sionistes, ce qui exclurait les listes arabes.

Netanyahu a également affirmé que Kakhol lavan ne voulait pas faire partie d’un gouvernement Likud. « Gantz a dit qu’il ne voulait pas siéger avec nous au gouvernement », a dit M. Netanyahu.

En fait, les dirigeants de Kakhol lavan ont déclaré qu’ils formeraient une coalition avec le Likud, mais seulement si Netanyahu ne dirige plus le parti. « Nous ne formerons pas un gouvernement avec les partis arabes, nous contacterons le Likud – le Likud post-Netanyahu, j’entends – pour former un gouvernement d’unité nationale en cette période de division et de dissensions », a déclaré M. Lapid la semaine dernière, tout en affirmant que  » Netanyahu ne restera pas si il perd ».

« Nous appellerons à un gouvernement d’unité avec tous les partis, y compris le Likud, qui se joindra à nous, et tous ceux qui sont sionistes et raisonnables », avait déclaré Gantz lundi dernier.

Jeudi dernier, après l’annonce de la mise en accusation par le procureur général, Gantz a appelé Netanyahu à démissionner et à mener ses batailles juridiques en tant que simple citoyen. S’il parvenait à se blanchir, a dit M. Gantz, Netanyahu pourrait revenir à la vie publique la tête haute.

Les membres du parti Kakhol lavan (de gauche à droite) Gabi Ashkenazi, Yair Lapid, Benny Gantz et Moshe Yaalon lors d’une conférence de presse sur le plateau du Golan, le 4 mars 2019. (Judah Ari Gross/Times of Israel)

5. Netanyahu a affirmé : Ceux de Kakhol lavan sont en faveur du démantèlement des implantations ; lui s’y oppose.

M. Lapid a parlé de la nécessité d’expulser des dizaines de milliers de résidents d’implantations, et M. Gantz a appelé à un autre désengagement de type Gaza, a déclaré le Premier ministre.

« D’autres déracinements, d’autres expulsions, d’autres fractures dans le peuple, je ne laisserai pas cela se produire », a-t-il juré, ajoutant qu’il avait résisté à des pressions incroyables à cet égard de l’administration Obama.

Lapid est en fait en faveur d’une « séparation » d’avec les Palestiniens et d’une solution à deux États, qui laisserait les principaux blocs d’implantation à l’intérieur d’Israël. Il n’est pas connu pour avoir appelé à des expulsions massives de résidents d’implantations israéliennes.

Dans une interview accordée le mois dernier, Gantz a dit qu’Israël doit tirer les leçons du désengagement de Gaza en 2005 et les « mettre en œuvre ailleurs ». Mais son parti a déclaré plus tard qu’il parlait d’empêcher « un fossé entre Israéliens et de maintenir des protections non négociables en matière de sécurité dans toute initiative future ».

Gantz ne démantèlera pas unilatéralement les implantations israéliennes, a déclaré le parti.

Par ailleurs, il convient de mentionner que c’est le Likud qui a voté et effectué le désengagement. Netanyahu lui-même en 2004-05 a levé la main à trois reprises en faveur du projet.

Il est vrai que depuis qu’il est devenu Premier ministre en 2009, Netanyahu s’est opposé à l’expulsion des résidents d’implantations de leurs foyers dans tout futur accord de paix. Au cours des efforts de paix de l’administration américaine en 2014, Netanyahu aurait exigé que les résidents des implantations de Cisjordanie soient autorisés à rester dans leurs foyers même si leurs régions tombaient sous la souveraineté palestinienne.

6. Netanyahu a affirmé : Lapid et Gantz ont soutenu le dangereux accord nucléaire iranien ; lui l’a combattu et a contribué à le faire annuler.

La première affirmation dénature les faits. M. Lapid s’est opposé à l’accord de 2015, mais après sa signature, il a fait valoir qu’il n’était pas sage de contrarier l’administration américaine, qui s’était fait le champion de cet accord.

De même, Gantz n’était pas enthousiaste au sujet de l’accord, mais après être devenu un fait accompli, il s’est refusé à en faire un sujet « hystérique ».

Benny Gantz, ancien chef d’état-major de Tsahal, prend la parole au Washington Institute, le 25 septembre 2015. (Capture d’écran du Washington Institute)

« Je suis d’accord qu’un meilleur accord aurait pu être trouvé », a-t-il déclaré en 2015, peu après avoir quitté son poste de chef d’état-major de Tsahal. « Mais je vois aussi le verre à moitié plein », a-t-il ajouté, notant que l’accord éloigne l’Iran d’une capacité nucléaire « pendant les dix, quinze années à venir ».

Il est vrai que Netanyahu s’est farouchement battu contre l’accord, mettant en péril les relations israéliennes avec l’administration Obama et travaillant avec succès pour persuader le président américain Donald Trump de se retirer l’année dernière.

7. Netanyahu a affirmé : Gantz, en tant que chef d’état-major adjoint, s’est opposé à la construction de la clôture de la frontière avec l’Égypte

Kakhol lavan nie catégoriquement cette accusation. Interrogé sur la position de Gantz à ce sujet, un porte-parole du parti a déclaré qu’il avait participé à d’innombrables délibérations sur les questions de défense, mais qu’il ne voulait pas discuter dans les médias du contenu des discussions confidentielles.

Avner Itai dirige le Requiem de Mozart à la frontière de Gaza, le 4 juin 2015. (Autorisation / Noam Ekhaus)

8. Netanyahu a affirmé : M. Gantz a assisté à une cérémonie en l’honneur de 1 000 terroristes du Hamas tués à Gaza.

« Je n’aurais pas eu l’idée d’aller à un tel événement. Mais Benny Gantz y est allé. Cela en dit long sur son état d’esprit », a déclaré le Premier ministre. Il faisait référence à un concert de juin 2015 intitulé « Du deuil à l’espoir », dédié à la mémoire des victimes palestiniennes et israéliennes de l’opération Bordure protectrice, que Gantz avait supervisé en tant que chef d’état-major de Tsahal l’année précédente.

Il est vrai que Gantz était assis au premier rang, mais il est malhonnête de qualifier l’événement de commémoration pour les terroristes. Il s’agissait plutôt d’un effort pour pleurer les victimes innocentes de la guerre dans l’espoir de rapprocher les Israéliens et les Gazaouis vers une coexistence pacifique.

« Cet événement n’avait aucun lien avec le Hamas ; il s’agissait d’envoyer un message d’espoir et de paix », a déclaré lundi soir un porte-parole de Kakhol lavan.

Israël reconnaît que plus de 2 000 Palestiniens ont été tués pendant le conflit, dont au moins 936 « activistes » et 761 civils.

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