Campagne électorale du Likud : Netanyahu affirme que son poste est en danger
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Campagne électorale du Likud : Netanyahu affirme que son poste est en danger

Sans évoquer Mandelblit, le Premier ministre clame que Gantz et Lapid reviendront sur ses réalisations ; pour Kakhol lavan, il tente de détourner l'attention après ses inculpations

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a lancé la campagne électorale du Likud lundi soir, présentant le prochain scrutin national comme un choix entre son propre bilan de Premier ministre « miracle » qui a apporté une prospérité inouïe à Israël et « de dangereux et irresponsables de gauche » qui menacent de le détruire.

Son discours n’a fait aucune allusion quelconque au procureur général Avichai Mandelblit ou aux déboires juridiques qui l’ont poursuivi tout au long de la campagne, et qu’il a dénoncés comme étant un complot de la gauche et des médias. La semaine dernière, le procureur a déclaré qu’il porterait plainte contre Netanyahu dans trois affaires de corruption, ce qui a entraîné une chute du Likud dans les sondages.

S’exprimant pendant une quarantaine de minutes, Netanyahu a axé ses attaques sur le parti centriste Kakhol lavan, qui menace sa tentative de rester au pouvoir, s’abstenant de toute attaque dirigée contre ses rivaux à droite. Il a également et longuement serré la main de Gideon Saar, un rival, dans un élan apparent d’apaisement des relations tendues avec l’ancien ministre.

Se tenant seul sur scène en tant que seul chef de son parti et même du pays, Netanyahu, le Likud talonnant actuellement le parti Kakhol lavan dans les sondages, a admis que la victoire du 9 avril ne serait pas facile, mais a répété à plusieurs reprises que « nous devons gagner » afin de préserver la sécurité et la prospérité d’Israël.

« Je dois vous le dire, ce n’est pas gagné, ce n’est pas dans la poche, ce ne sera pas simple. Ce sera une bataille difficile », a-t-il déclaré à la foule de quelque 300 militants du Likud, rassemblée dans la salle Kfar Maccabiah à Ramat Gan.

« Nous devons gagner à cause de notre trajectoire. Nous devons gagner à cause de nos convictions. Nous devons gagner en raison des grandes réalisations qui ont permis à Israël d’atteindre une situation sans précédent dans son histoire », a déclaré M. Netanyahu, qui est Premier ministre depuis 2009, sous les acclamations de son auditoire, avant de dresser la liste des exploits accomplis par son gouvernement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Les progrès réalisés au cours de ses dix années au pouvoir, a averti Netanyahu, pourraient être « inversés » par les dirigeants de Kakhol lavan, Benny Gantz et Yair Lapid, dont le Premier ministre s’est moqué en parlant de leur inexpérience et qu’il a accusés d’être des charlatans qui prétendent ne pas être « de gauche ».

Soit Israël est dirigé par un « nouveau et faible parti de gauche », soutenu par les membres arabes de la Knesset, qui, selon lui, cherchent à détruire Israël, soit l’électorat peut choisir « un gouvernement fort et de droite sous ma direction », a-t-il dit, dans un message similaire aux précédentes critiques adressées à ses rivaux.

« Lapid et Gantz essaient de dissimuler et de faire croire qu’ils ne sont pas de gauche », a t-il ajouté.

Exhortant les électeurs à soutenir le Likud, parce qu’il s’agit du seul parti capable de barrer la route à un gouvernement de gauche, il a contesté les capacités de Gantz et de Lapid, a violemment attaqué leurs politiques et a fustigé leurs positions prétendues.

Il a cité les Premiers ministres travaillistes Yitzhak Rabin et Ehud Barak comme exemples d’anciens généraux de gauche, « se faisant passer pour des gens de droite et parlant d’unité », dont le leadership a été désastreux pour Israël. « Cela est arrivé deux fois », a-t-il dit. « En 1992, nous avons eu Rabin et Oslo [les accords avec l’OLP], et en 1999, Barak, « l’Intifada, l’explosion des bus, et plus de 1 000 morts ».

Comme Rabin et Barak, Benny Gantz est un ancien chef d’état-major de Tsahal, et le parti en compte deux autres dans ses rangs – Gabi Ashkenazi et Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense du Likud.

Évoquant sa propre expérience diplomatique, le Premier ministre a déclaré qu’il avait personnellement résisté pendant huit ans aux pressions exercées par l’ancien président américain Barack Obama pour faire des concessions aux Palestiniens.

Gantz et Lapid, en revanche, « n’auraient pas tenu 15 minutes », a-t-il affirmé.

Benny Gantz et Yair Lapid de la toute nouvelle alliance Kakhol lavan lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 21 février 2019. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Il a indiqué que Lapid et Gantz avaient soutenu l’accord nucléaire P5+1 avec l’Iran – Gantz n’est pas connu pour l’avoir fait, et Lapid ne l’a pas fait – alors qu’il s’y était opposé et le nouveau président américain aussi. Il a également affirmé que Gantz s’était opposé à l’amélioration de la clôture de sécurité d’Israël à la frontière égyptienne – une affirmation rejetée par Kakhol lavan. Sans cette barrière, Israël aurait été « submergé de migrants clandestins venus d’Afrique », a dit M. Netanyahu.

En réponse à ce discours, le parti Kakhol lavan a déclaré que Netanyahu « répandait des mensonges et des provocations » afin de « détourner la conversation des enquêtes et des accusations auxquelles il est désormais confronté ».

« Netanyahu sait qu’il sera jugé dans un an. Il sait que son temps est révolu. Au lieu de s’inquiéter de la détérioration du système de santé, des longues files d’attente aux urgences, du coût de la vie, il ne s’inquiète que pour lui-même », a déclaré le parti dans un communiqué. « Israël attend désespérément une direction morale et responsable qui se souciera de la vie quotidienne de ses citoyens, et non de discours de haine ».

La dirigeante de l’opposition, la députée Shelly Yachimovitch (Parti travailliste) a également fustigé le discours, affirmant que Netanyahu avait « pulvérisé les records de division [de la population] et [créé] des clivages, ainsi que d’être narcissique, détaché et inconscient ».

En plus d’avoir attaqué le parti Kakhol lavan à plusieurs reprises pendant plus de 40 minutes sur sa politique de sécurité, Netanyahu a également critiqué sa politique économique « de gauche » et placé le dirigeant de l’union travailliste Avi Nissenkorn en tête de liste.

Il a déclaré que son gouvernement « continuera à réduire les impôts » et à travailler pour une économie de libre marché.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Tout en remerciant plusieurs de ses ministres du Likud pour leur contribution, Netanyahu s’est tenu seul sur scène, bien que devant les photos des 40 meilleurs candidats composant la liste du parti.

Les 30 meilleurs candidats de la liste électorale du Likud sont traditionnellement présents sur scène aux côtés de Netanyahu lors du lancement des campagnes électorales, mais l’événement de lundi soir a quelque peu écarté des projecteurs la liste de candidats. Selon une source du Likud, Netanyahu n’a pas invité ses compagnons candidats à se joindre à lui pour éviter une apparition publique avec l’ancien ministre Gideon Saar, qui revient en politique après un hiatus de quatre ans, et dont Netanyahu a prétendu qu’il avait cherché à l’évincer.

Les deux hommes se sont néanmoins serré la main alors que Netanyahu se dirigeait vers la scène.

« Allez, il est temps de travailler ensemble », a dit Netanyahu à Saar, selon son bureau.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serre la main de Gideon Saar (de dos) lors du lancement de la campagne électorale du Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Jack GUEZ / AFP)

Dans la période précédant les primaires du parti le mois dernier, Netanyahu a publiquement affirmé que Saar planifiait un putsch interne pour destituer le Premier ministre. Arrivé finalement quatrième aux primaires, Saar sera cinquième sur la liste, derrière le Premier ministre qui prend automatiquement la première place.

Comme Netanyahu le fait depuis des années, il a accusé les médias de tenter de l’évincer du pouvoir, sans toutefois mentionner directement les accusations pénales auxquelles il pourrait faire face dans trois enquêtes à son encontre.

Le discours a été prononcé quatre jours après que le procureur général a annoncé son intention d’engager des poursuites pénales contre Netanyahu.

« Je n’ai jamais vu ce genre de ralliement de la gauche et des médias », a-t-il déclaré, alors que la foule scandait « ils ont peur », en reprenant un slogan qu’il avait utilisé pour critiquer les médias dans sa campagne de réélection de 1999 infructueuse. « Ils savent que pour empêcher notre victoire, ils ne peuvent pas se battre dans un match équitable ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Dans la seule référence à ses problèmes juridiques, Netanyahu a dit que les médias et la gauche « essaient de me mettre hors compétition pour que le Likud puisse perdre le pouvoir. Mais comme vous l’avez vu, il n’y avait rien de nouveau dans les fausses accusations portées contre moi ».

Mandelblit a annoncé jeudi que M. Netanyahu allait être inculpé dans trois affaires distinctes contre lui, y compris pour corruption dans le cadre de la vaste enquête sur la corruption de l’entreprise Bezeq, en attendant une audience.

C’est la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice apprend qu’il fait face à des accusations criminelles, semant une profonde incertitude sur la campagne pour la réélection de Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l’époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’annonce de l’intention de Mandelblit d’inculper le Premier ministre, lequel a longtemps soutenu que la décision devait être reportée après les élections afin de ne pas affecter l’opinion publique, place la situation juridique de Netanyahu au centre et en première ligne dans cette campagne.

De nombreux sondages publiés au cours du week-end indiquent que le Likud pourrait être incapable de former une coalition de droite après les élections du 9 avril, perdant plusieurs sièges à la suite de l’annonce de sa mise en examen provisoire.

Un sondage a montré que Gantz devançait de justesse Netanyahu sur la question de l’aptitude au poste de Premier ministre, la première fois qu’un tel résultat est observé depuis l’entrée en politique de l’ancien général.

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