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Drones : L’expertise ukrainienne recherchée dans la « guerre de pauvres »

Conçu par l'Iran, testé et perfectionné par la Russie sur le terrain en Ukraine, le drone Shahed est aujourd'hui utilisé par Téhéran contre Israël et les Occidentaux au Moyen-Orient

Un drone Shahed 136 (Geranium-2), de conception iranienne et utilisé par l’armée russe, survolant Kiev lors d’une attaque par drones et missiles menée par la Russie dans le cadre de l’invasion de l’Ukraine, le 27 décembre 2025. (Crédit : Sergei Supinsky/AFP)
Un drone Shahed 136 (Geranium-2), de conception iranienne et utilisé par l’armée russe, survolant Kiev lors d’une attaque par drones et missiles menée par la Russie dans le cadre de l’invasion de l’Ukraine, le 27 décembre 2025. (Crédit : Sergei Supinsky/AFP)

Technologiquement en retard sur l’Occident, mais contraints d’innover pour contrer les drones russes, les Ukrainiens sont désormais sollicités par les grandes puissances, à court de solutions au Moyen-Orient pour contrer les drones Shahed (« témoin » en arabe) iraniens, longtemps dédaignés comme des armes de « guerre des pauvres ».

« Il y a six mois, nous l’avons proposé à Washington, mais ils ont refusé à l’époque. Aujourd’hui, ils reviennent vers nous en disant : ‘OK, donnez-nous vos technologies anti-Shahed’ », raconte à l’AFP Oleksandre Iourtchak, directeur de l’Association ukrainienne de l’automatisation industrielle.

Il fait partie d’une délégation ukrainienne qui a été reçue cette semaine par l’AFP au salon JEC World consacré aux composites, à Villepinte, au nord de Paris. Cette délégation est venue nouer des partenariats afin d’allier l’agilité et l’expérience de combat ukrainiennes aux matériaux et technologies occidentaux.

En Europe, même état d’esprit : « Les Ukrainiens se battent avec de petits drones, nous misons sur des technologies très sophistiquées dans lesquelles nous avons investi pendant des années », ajoute Iourtchak.

La guerre au Moyen-Orient montre néanmoins « qu’il ne s’agit pas d’une guerre de pauvres, mais d’un changement d’approche » dans un conflit moderne, alors que les Occidentaux « n’ont pas revu leurs doctrines ni leurs tactiques », relève-t-il.

« À coûts équivalents »

Illustration : Un policier inspectant l’épave d’un drone dans le centre-ville de Dubaï, le 12 mars 2026. (Crédit: AFP)

« Israël a manifesté de l’intérêt depuis une semaine. Les États du Golfe et l’Arabie saoudite sont en train de courir après de possibles contrats avec l’Ukraine », assure Emmanuel Lowe, ambassadeur international du cluster ukrainien des technologies à double usage.

Pourquoi, après quatre ans de guerre en Ukraine, au cours de laquelle les drones ont causé 70 % des pertes sur le front, les bases américaines et européennes au Moyen-Orient ne sont-elles toujours pas protégées contre les Shahed, qui ont déjà coûté la vie à un militaire français ?

« Cela ne leur faisait pas mal et ce n’était pas leur priorité », résume Iouri, un ingénieur concepteur de drones ukrainien qui ne donne pas son nom de famille pour des raisons de sécurité et ne révèle pas les entreprises pour lesquelles il travaille, invoquant des clauses de confidentialité.

Les Shahed, envoyés par essaims, sont « terriblement efficaces » et il faut disposer de « moyens à coûts équivalents » pour les neutraliser, a souligné cette semaine le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace française, lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense.

Conçu par l’Iran, testé et perfectionné par la Russie sur le terrain en Ukraine, ce drone est aujourd’hui utilisé par Téhéran contre Israël et les Occidentaux au Moyen-Orient.

« Il fait l’objet d’une amélioration continue » et « les modes d’action pour le contrer évoluent très vite », rappelle le général en évoquant le filet antidrones, le brouillage et les drones intercepteurs, la tactique la plus utilisée en Ukraine.

« Le drone intercepteur, dont le coût est similaire à celui du drone ennemi, est une invention de la guerre russo-ukrainienne », explique Evguen Rokytsky, responsable de l’Association ukrainienne des clusters d’innovation et spatiaux, pour ne pas abattre un drone qui coûte 50 000 euros par un missile à plusieurs millions.

Le brouillage a toutefois ses limites : couvrir un large spectre peut endommager les systèmes alliés.

Les dégâts causés par une frappe de drone qui aurait visé l’ambassade américaine dans la « Zone verte » fortifiée de Bagdad, le 14 mars 2026. Crédit : Murtadha Ridha/AFP)

« Dans ce combat, celui qui réussit à changer rapidement de fréquence, à couvrir un spectre plus large et à gérer l’alimentation électrique prend l’avantage […] Les Ukrainiens savent le faire, mais les Russes sont meilleurs », estime-t-il.

90 % de composants chinois

« En France, on produit 10 000 drones par an. L’année dernière, on a recensé 4,5 millions de drones uniquement côté ukrainien, un chiffre plus que doublé avec les Russes. Quantitativement, l’expérience est très largement supérieure », souligne Lowe.

« On le voit sur les tests des Français, des Anglais, etc. Ils viennent en Ukraine, pensant avoir le drone qui va tout battre. Et ils repartent, car plus de la moitié est déjà obsolète », poursuit-il.

C’est « l’expérience imposée aux Ukrainiens pour atteindre un résultat avec un minimum de ressources » qui pourrait intéresser les Occidentaux, ainsi que la possibilité de tester leurs caméras, antennes ou convertisseurs de fréquences dans des conditions réelles, estime Iouri.

En contrepartie, les Ukrainiens, qui refusent d’être un terrain d’essai gratuit, souhaitent avoir accès aux technologies et aux matériaux modernes, alors que 90 % des composants des drones fabriqués aujourd’hui sont d’origine chinoise.

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