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Interview

Dubaï-Jérusalem, en passant par Ryad, un trajet improbable de 38 heures en voiture

Bruce Gurfein, homme d'affaires juif américain, a fait l’aller-retour en voiture en 3 semaines afin de promouvoir des partenariats dans les domaines du FoodTech et du DesertTech

Bruce Gurfein et Joe Koen (à gauche) entrent en Israël au poste frontière d'Aqaba en Jordanie, le 12 août 2022. (Crédit : Autorisation)
Bruce Gurfein et Joe Koen (à gauche) entrent en Israël au poste frontière d'Aqaba en Jordanie, le 12 août 2022. (Crédit : Autorisation)

Il y a une semaine, l’homme d’affaires juif américain Bruce Gurfein a quitté son domicile à Dubaï pour un long voyage en voiture.

Dans son 4×4 et avec un de ses employés à ses côtés, Gurfein a roulé en direction de l’ouest sur l’autoroute émiratie E11, les rives du golfe Persique à sa droite. Après une dizaine d’heures et quelque 1 000 kilomètres, Gurfein a atteint sa première destination : Ryad, la capitale de l’Arabie saoudite.

Le voyage de Gurfein est considéré comme le tout premier voyage terrestre des Émirats arabes unis vers Israël, en passant par l’Arabie saoudite et la Jordanie. Il s’est embarqué dans cette aventure pour promouvoir son accélérateur régional dans le domaine des technologies alimentaires et du désert.

Arrivé en Israël vendredi, Gurfein est entré à Jérusalem après avoir passé 38 heures sur la route, parcourant plus de 3 580 kilomètres et s’arrêtant dans les principales villes des pays qu’il a traversés.

Le nouvel accélérateur d’entreprises de Gurfein s’appelle Future Gigs. Son idée est de mettre en relation les sociétés et les hommes d’affaires de la région dans les domaines des technologies alimentaires et de l’agriculture dans le désert, ainsi que d’amener les entreprises israéliennes à faire des affaires en Arabie saoudite.

« Ce voyage est un moyen de faire prendre conscience qu’il n’y a toujours pas de paix entre tous les pays, mais que le moyen de ramener la paix passe par de bonnes relations commerciales entre les nations », a déclaré Gurfein au Times of Israel lors d’une interview téléphonique, alors qu’il se trouvait vendredi dernier à Djeddah, en Arabie saoudite.

« De bonnes relations commerciales : C’est ce qu’ils ont réussi à faire entre les Émirats et Bahreïn et Israël, et c’est aussi la raison pour laquelle les accords d’Abraham sont une paix chaleureuse par rapport à la paix froide entre Israël et la Jordanie et l’Égypte », a-t-il déclaré.

Né aux États-Unis, Gurfein vit aux Émirats arabes unis depuis 1997. Juif pratiquant qui porte la kippa, il s’emploie à établir des contacts avec des sociétés israéliennes aux Émirats. Selon lui, il y a déjà des firmes israéliennes qui opéreraient déjà en Arabie saoudite, malgré l’absence de liens officiels entre Jérusalem et Ryad.

« Les sociétés israéliennes n’opèrent pas sous un nom et une identité israéliens », explique-t-il. « Il y a une technologie israélienne, qui passe par une autre société enregistrée ailleurs, et ensuite, lors du transfert de technologie, la source de la provenance du produit disparaît, à la différence de la vente de produits physiques. »

À la question de savoir s’il pouvait identifier des entreprises déjà actives en Arabie saoudite, Gurfein a répondu qu’il ne pouvait pas entrer dans les détails, « mais je vais vous donner deux exemples. Une des sociétés israéliennes que nous avons aidée à travailler en Arabie saoudite s’occupe de technologie dans le domaine de la culture des agrumes. Une autre société technologique s’occupe de la filtration de l’eau ».

Gurfein a envoyé une photo de lui-même et de son passager-employé, Joe Koen, debout dans une plantation d’agrumes dans la région de Djeddah. Koen est originaire de Grèce et vit également à Dubaï.

Bruce Gurfein (à gauche) et Joe Koen posent pour une photo à Djeddah, en Arabie saoudite, le 9 août 2022. (Crédit : Autorisation)

« De Ryad, nous sommes allés à Djeddah, puis à Al-‘Ula – qui est le centre agricole de l’Arabie saoudite », nous a confié Bruce Gurfein. « Ensuite, Tabuk, Neom [la ville intelligente futuriste] et de là, nous sommes [passés] en Jordanie via Aqaba. »

Les deux hommes passent maintenant la semaine à Jérusalem, où ils rencontreront des responsables d’entreprises technologiques à Jérusalem et à Beer Sheva, ainsi que des experts en agriculture du désert.

« De là, nous retournerons en Arabie saoudite, en passant par les territoires de l’Autorité palestinienne et la Jordanie », a-t-il précisé. « De là nous nous dirigerons vers l’est, où nous traverserons une zone plus septentrionale et voyagerons dans des régions plus proches de l’Irak. Nous allons aussi visiter le Bahreïn avant d’arriver chez nous, aux Émirats arabes unis. En tout, le voyage est planifié pour durer trois semaines. »

En route vers Israël, Gurfein et Koen ont conduit pendant sept ou huit heures par jour. Les températures dans la région au mois d’août sont très élevées, mais il dit y être habitué après 25 ans passés à Dubaï.

« À cette époque de l’année, il y a moins de véhicules sur les routes et, en termes de chaleur, cette semaine, nous avons même été surpris par la pluie et une tempête de sable sur la route entre Ryad et Djeddah », a-t-il déclaré.

À la question de savoir si sa judéité était un problème lors des réunions en Arabie saoudite, Gurfein a répondu que la plupart des Saoudiens « ne font pas de distinction entre un Juif et un Israélien. Pour eux, tout Juif est un sioniste et tout sioniste est un Israélien ».

Mais ce n’était pas un problème. En fait, « ils m’ont accueilli chaleureusement », a-t-il dit.

« L’Arabie saoudite a changé ces dernières années. Ils ont supprimé les sections antisémites des manuels scolaires. Il y a cinq ou six ans, la police religieuse islamique saoudienne appliquait des règles contre les femmes qui marchaient sans foulard, mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Des femmes courent des marathons, conduisent, et plus encore. »

Gurfein dit avoir constaté un « changement significatif » dans le pays, même s’il a ajouté que « en ce qui concerne les relations avec Israël, je pense que cela prendra encore de nombreuses années ».

Il a expliqué que ce n’était « pas parce que les gens sont pleins de haine, mais parce que le processus éducatif est long. Le prince héritier Mohammed bin Salman travaille sur le changement interne, mais Israël n’est pas leur seul intérêt, et le changement viendra s’ils y voient d’autres avantages [non liés à Israël] ».

Gurfein a déclaré que, lors de ses réunions à Ryad la semaine dernière, tout le monde savait qu’il était Juif. Il y a rencontré deux Palestiniens de Gaza qu’il aide à créer une start-up. Il a déclaré que les deux hommes étaient pleinement conscients de ses origines religieuses et de son attitude favorable envers Israël.

Gurfein a décidé de partager les photos de son voyage sur les réseaux sociaux tout au long du trajet, car il pense que beaucoup de gens ne savent pas à quoi ressemble l’Arabie saoudite de l’intérieur. Il a le même objectif concernant son séjour en Israël pour ceux qui connaissent mal l’État juif.

Pour eux, dit-il, « Israël est un endroit où les gens courent avec des armes et tirent sur les Palestiniens, il est donc important pour moi que quiconque suit mon voyage puisse voir aussi Israël ».

Gurfein a déclaré que, « dans 20-30 ans, nous espérons qu’il y aura des chemins de fer d’Israël aux Émirats, via l’Arabie saoudite. Nous sommes en train d’ouvrir les routes avec ce voyage ».

L’homme d’affaires a déclaré qu’à sa connaissance, il était la première personne à effectuer un tel voyage terrestre.

« Lorsque je suis allé chercher un permis de voyage auprès des autorités de Dubaï [pour me rendre en Israël avec le véhicule], les fonctionnaires m’ont dit qu’ils n’avaient jamais donné l’autorisation de faire entrer un véhicule en Israël », a-t-il déclaré.

« Pour moi, c’est comme conduire de New York au Canada ou d’Allemagne en Grèce. J’ai dû payer une assurance pour conduire la voiture en Arabie saoudite. »

Il a ajouté que les fonctionnaires israéliens l’avaient également aidé à autoriser à faire entrer la voiture venant d’Arabie saoudite et de Jordanie dans le pays.

« J’ai visité Israël à de nombreuses reprises », a-t-il ajouté. « J’ai des relations chaleureuses avec les hommes d’affaires et avec les Israéliens et j’aime vraiment ce pays. Dans le passé, je devais prendre l’avion pour me rendre en Israël via Chypre ou d’autres endroits. Depuis ces deux dernières années, les vols sont directs, et maintenant c’est 38 heures en voiture. »

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