D’Ukraine et d’Israël vers les Etats-Unis, le périple mondial de la rougeole
Rechercher

D’Ukraine et d’Israël vers les Etats-Unis, le périple mondial de la rougeole

Une épidémiologiste du département d'Etat américain a expliqué qu'après analyse de l'ADN, il s'avère que "tous viennent de la souche ukrainienne" rapportée du pèlerinage à Ouman

Un panneau mettant en garde contre les symptômes de la rougeole dans le quartier ultra-orthodoxe de Williamsburg, à New York, le 10 avril 2019. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)
Un panneau mettant en garde contre les symptômes de la rougeole dans le quartier ultra-orthodoxe de Williamsburg, à New York, le 10 avril 2019. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

L’origine de l’épidémie de rougeole aux Etats-Unis n’est pas mystérieuse: le virus est arrivé par avion, transporté par quelques voyageurs qui l’ont attrapé en Israël et en Ukraine et transmis dans leurs communautés, où beaucoup sont non ou sous-vaccinés.

Sur 555 cas américains recensés depuis le 1er janvier, la plupart viennent de deux régions: New York et un petit comté près de Portland dans le coin nord-ouest des Etats-Unis, dans l’Etat de Washington.

A New York, c’est la communauté juive orthodoxe de Brooklyn qui a d’abord été touchée, via Israël.

Des voyageurs sont revenus d’Israël tout l’automne avec le virus et l’ont répandu dans les écoles, les synagogues et la communauté, chez les enfants non-vaccinés ou ceux qui n’avaient pas reçu leur rappel du vaccin, recommandé entre 4 et 6 ans. Les raisons sont diverses, de la difficulté de suivre le calendrier vaccinal à la méfiance anti-vaccins.

En plus de Brooklyn, la communauté orthodoxe du comté de Rockland, en amont de l’Hudson, a également été touchée : près de 200 malades, là encore contaminés par des voyageurs de retour d’Israël.

Un seul homme est à l’origine du transfert de l’épidémie à 1 000 km de là. Revenu d’Israël en novembre, il s’est rendu en voiture de Brooklyn à Detroit, malade sans savoir de quoi, créant un nouveau foyer de 39 malades lors de visites dans les maisons, les synagogues et les commerces cacher de cette ville du Michigan, un itinéraire retracé dans le Washington Post mardi.

Pour le comté de Clark, dans l’Etat de Washington, l’origine est ukrainienne et la cible la communauté russophone et ukrainienne.

Un premier enfant a ramené la rougeole d’Ukraine en décembre, et comme une étincelle dans une botte de foin, le virus s’est vite répandu, touchant 74 personnes, surtout des enfants, via les écoles, des supermarchés ou un bowling.

« Cet enfant vivait dans une poche d’enfants qui n’étaient pas vaccinés par choix, c’est comme cela que cela a commencé », explique à l’AFP Scott Lindquist, épidémiologiste de l’Etat. « Nous avons analysé l’ADN » des virus, dit-il. « Ils viennent tous de la souche ukrainienne ».

Une théorie lie même les deux souches : la virulente épidémie ukrainienne aurait alimenté celle, plus modérée, d’Israël, à partir de septembre 2018, a avancé Patrick O’Connor, de l’Organisation mondiale de la santé, au New York Times.

Des Juifs ultra-orthodoxes se rendent à Ouman, en Ukraine, à l’occasion de Rosh HaShana, depuis l’aéroport de Ben Gurion, le 5 septembre 2018. (Crédit : Avi Dishi/Flash90)

Une théorie assigne même un rôle d’accélérateur au grand pèlerinage hassidique de Roch Hachana en septembre à Uman en Ukraine, qui aurait fait exploser le nombre de cas en Israël… et indirectement contribué à l’épidémie américaine.

Poches sous-vaccinées

« Tous les cas de rougeole aux Etats-Unis viennent d’autres pays », dit à l’AFP Nancy Messonnier, responsable de la réponse aux épidémies aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), le bras armé sanitaire du gouvernement fédéral.

Le nombre de cas américains est faible, comparé à d’autres pays d’Afrique et d’Europe, qui connaissent une réelle flambée, avec des dizaines de milliers de malades. L’Ukraine compte déjà plus de 30 000 malades et 11 morts depuis janvier.

Si aucun Américain n’est mort de la rougeole récemment, les autorités s’alarment de la tendance: à ce rythme, 2019 sera la pire année depuis 2000, quand la rougeole a été déclarée éliminée aux Etats-Unis.

Une infirmière prépare le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole au département de la Santé du comté de Rockland, à Haverstraw, dans le comté de Rockland County, à New York. Illustration. (Crédit : Johannes Eisele/AFP)

Ces dernières années, la maladie hautement contagieuse s’est propagée dans des communautés relativement fermées, des « poches » où le taux de vaccination était inférieur à la très bonne moyenne nationale de plus de 90 %: les Amish de l’Ohio en 2014, les Somaliens du Minnesota en 2017, les russophones de Washington et les juifs orthodoxes de New York.

Nancy Messonnier estime que les trois quarts des malades depuis cinq ans appartenaient à des communautés aux liens resserrés. Selon elle, tout le défi consiste à trouver « le bon messager » pour inciter les parents à vacciner leurs enfants.

Dans le Clark County, les autorités locales ont exclu 849 élèves non-vaccinés des 15 écoles où des enfants avaient eu la rougeole. « Nous n’avons plus eu de cas depuis près de 42 jours », dit Scott Lindquist, qui va bientôt déclarer la fin de l’épidémie et a constaté un effet inattendu du tapage: le nombre de vaccinations a plus que doublé d’un an sur l’autre.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...