Eizenkot : les missiles iraniens sont surestimés, mais ils transmettent un message
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Eizenkot : les missiles iraniens sont surestimés, mais ils transmettent un message

A la conférence de Herzliya, le chef d’état-major affirme que le Hamas n’a “pas d’intérêt” à affronter Israël

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Gadi Eizenkot, chef d'état-major de l'armée israélienne, pendant la conférence de Herzliya, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)
Gadi Eizenkot, chef d'état-major de l'armée israélienne, pendant la conférence de Herzliya, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, a minimisé mardi soir l’importance des frappes iraniennes contre l’Etat islamique (EI) en Syrie, expliquant que « la réussite opérationnelle est moindre que ce qui a été rapporté dans les médias », pendant un long discours sur les menaces à la sécurité d’Israël.

Les propos du chef de l’armée semblaient confirmer les déclarations de lundi de sources sécuritaires israéliennes anonymes, selon lesquelles un seul des six ou sept missiles iraniens tirés avait réellement touché sa cible.

Même s’il a minimisé leur efficacité, Eizenkot a reconnu que les missiles « ont transmis un message » au monde sur la capacité de l’Iran à utiliser ses missiles balistiques, ce qu’il n’avait pas fait depuis 1988.

Les frappes étaient une réponse apparente au double attentat terroriste de Téhéran ce mois-ci, qui a tué plus de dix personnes et qui a été revendiqué par l’EI.

Eizenkot a déclaré: « peut-être que les attentats terroristes en Iran sont le prix de son implication en Syrie et de ses actions contre l’Etat islamique. »

Public de la conférence de Herzliya, pendant le discours du chef d'état-major de l'armée israélienne, Gadi Eizenkot, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)
Public de la conférence de Herzliya, pendant le discours du chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)

Le premier général du pays a prononcé son discours pendant la conférence de Herzliya, organisée tous les ans par le Centre interdisciplinaire (IDC) de la ville. Pendant environ 45 minutes, il a abordé de nombreux aspects des menaces majeures affrontées par Israël, des ambitions nucléaires iraniennes aux conflits internes qui menacent le statut de Tsahal, l’armée de défense d’Israël, d’armée du peuple.

Au sujet des frontières israéliennes, le chef de l’armée a noté que même si la situation était tendue dans tout le Moyen Orient, ces dernières années ont été parmi les plus calmes qu’ait connu Israël.

La frontière syrienne est calme depuis 44 ans, depuis la guerre de Kippour de 1973, malgré l’actuelle « réalité chaotique » du pays. La frontière libanaise est calme depuis 11 ans, depuis la deuxième guerre du Liban de 2006 ; et depuis 1967, la frontière de Gaza n’a jamais été aussi calme que l’année dernière, a dit Eizenkot.

Au sujet de la bande de Gaza, le Lieutenant-général a adouci la rhétorique sur la probabilité d’un nouveau conflit entre Israël et le Hamas.

Le manque d’électricité dans le territoire, causé par le refus du Hamas et de l’Autorité palestinienne (AP) de payer la facture, est vu par beaucoup comme un catalyseur potentiel d’une guerre entre le groupe terroriste et l’armée israélienne. Les médias locaux ont indiqué mardi que l’Egypte allait fournir des centaines de tonnes de carburant pour la seule centrale électrique de la bande de Gaza, une mesure qui devrait apaiser la crise en cours dans l’enclave palestinienne.

Une femme palestinienne fait la vaisselle à la lumière de la chandelle dans le camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 12 juin 2017. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Une femme palestinienne fait la vaisselle à la lumière de la chandelle dans le camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 12 juin 2017. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Eizenkot a cependant déclaré qu’il ne « voit pas le Hamas avoir intérêt à une opération offensive » contre Israël, citant le coup sérieux porté au groupe terroriste pendant la guerre de 2014.

Il a cependant prévenu qu’un petit « incident tactique » pouvait potentiellement dégénérer en conflit plus important.

Eizenkot a indiqué que même si avoir de l’électricité dans Gaza « 24 heures sur 24 », mettre ses habitants au travail et leur donner de l’espoir pour le futur était dans l’intérêt d’Israël, il serait absurde qu’Israël paie la facture du Hamas pendant que le groupe terroriste utilise ses vastes ressources pour préparer la guerre contre l’armée israélienne.

Sur le front nord, le chef de l’armée a passé un long moment à détailler la menace posée par le Hezbollah, groupe terroriste libanais.

Un membre du Hezbollah dans un champ proche de Naqura, à la frontière libano-israélienne, le 20 avril 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)
Un membre du Hezbollah dans un champ proche de Naqura, à la frontière libano-israélienne, le 20 avril 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Le Hezbollah, a-t-il dit, possède des « dizaines de milliers » de roquettes à courte et longue portée, des drones, des capacités de chiffrement informatique sophistiquées, ainsi que des capacités de défense avancées, comme le système de défense anti-aérien SA-6.

Les armes iraniennes et syriennes du Hezbollah lui sont données librement, a indiqué Eizenkot, mais son équipement russe est « pris sans permission, sous le nez [des Russes]. »

Israël ne reconnait généralement pas ses opérations militaires à l’étranger, mais Eizenkot a dit au public de la conférence qu’Israël avait travaillé et travaillait « presque quotidiennement », et continuerait à travailler pour empêcher que des armes sophistiquées ne soient transférées au Hezbollah.

Même si le groupe terroriste chiite soutenu par l’Iran représente une menace évidente pour Israël, Eizenkot a souligné que le groupe terroriste était actuellement en grande difficulté financière, notamment en raison de son implication dans la guerre civile syrienne pour Téhéran.

Selon le chef militaire, un tiers des forces de combat du groupe terroriste est actuellement embourbé en Syrie. Le Hezbollah compte quelque 8 000 blessés, et lutte pour les soigner et les rééduquer en raison de ses problèmes financiers.

Portrait de Mustafa Badreddine, commandant du Hezbollah tué dans une attaque en Syrie, vu lors de ses funérailles dans le quartier Ghobeiry du sud de Beyrouth, le 13 mai 2016. (Crédit : Anwar Amro/AFP)
Portrait de Mustafa Badreddine, commandant du Hezbollah tué dans une attaque en Syrie, vu lors de ses funérailles dans le quartier Ghobeiry du sud de Beyrouth, le 13 mai 2016. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

Eizenkot a répété une affirmation déjà faite en début d’année, que l’un des commandants du Hezbollah, Mustafa Amine Badreddine, a été tué par ses propres hommes.

Badreddine a été tué dans une explosion, « quelques instants après avoir rencontré [un responsable du corps des Gardiens de la révolution Qassem] Soleimani. Il a été tué par ses officiers dans un endroit réputé sûr », a affirmé Eizenkot.

Le chef de l’armée a également démenti un récent article selon lequel Israël soutient militairement des groupes rebelles dans le sud de la Syrie, qui se battent dans la guerre civile qui ravage le pays.

« Israël n’est pas impliqué dans les combats, pour l’une ou l’autre partie », a-t-il dit.

Cependant, le Wall Street Journal n’a pas affirmé que l’armée israélienne était directement impliquée dans les combats, mais qu’elle fournissait de l’aide matérielle aux rebelles.

Eizenkot a reconnu qu’Israël fournissait un traitement médical à des milliers de Syriens, dont des centaines d’enfants, et qu’il avait envoyé des « tonnes d’aide humanitaire » dans le pays.

Le Lieutenant-général a indiqué que maintenir la coopération avec d’autres armées était d’une importance extrême pour l’armée israélienne. Ces relations fournissent une aide directe à Israël dans certains cas, et elles servent également une fonction stratégique plus importante en forgeant des relations avec des pays qui ne sont pas encore officiellement des alliés, a-t-il dit.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman avec le chef des forces armées américaines, Joseph Dunford, à Tel Aviv, le 9 mai 2017. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman avec le chef des forces armées américaines, Joseph Dunford, à Tel Aviv, le 9 mai 2017. (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

« La coopération avec l’armée américaine aide le combat de la coalition au Moyen Orient », a dit Eizenkot.

« Cette même coopération peut aussi se voir avec d’autres pays modérés » de la région, a-t-il ajouté, une référence apparente aux pays musulmans majoritairement sunnites avec qui Israël aurait des relations sécuritaires, comme l’Arabie saoudite et d’autres états du Golfe.

Cette coopération est « publique dans certains cas et secrètes dans d’autres », a précisé Eizenkot.

Ce qui lie Israël à ces « pays modérés », c’est une défiance mutuelle face à l’Iran et à l’Etat islamique.

Selon le chef d’Etat-major, l’Iran est toujours intéressé par la « création d’un programme nucléaire, même si l’accord [de 2015 sur le nucléaire] a fait reculer certaines de ses capacités. »

En attendant, l’Iran « équipe des groupes terroristes sponsorisés par l’Etat [iranien] avec des armements sophistiqués », a-t-il dit.

Au sujet des activités terroristes internes à Israël, Eizenkot a également abordé la vague de violence qui balaye Israël depuis septembre 2015. Quelques heures à peine avant le discours du chef d’état-major, un Palestinien a tenté de poignarder des soldats israéliens dans le centre de la Cisjordanie.

La police sur la scène d'une tentative d'attaque au couteau porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mars 2017. Illustration. (Crédit : police israélienne)
La police sur la scène d’une tentative d’attaque au couteau porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mars 2017. Illustration. (Crédit : police israélienne)

L’actuelle vague de terrorisme se caractérise par le fait que la plupart des attaquants n’appartiennent pas à des groupes organisés, mais sont des « loups solitaires ». Ceci a forcé l’armée israélienne à s’adapter, à faire plus d’efforts pour différencier les combattants des civils innocents.

La « réponse pavlovienne » de bouclage des villages après des attentats terroristes et d’empêcher des personnes d’aller au travail « ne marche pas », a-t-il dit.

Eizenkot a également rendu hommage aux services de sécurité palestiniens, affirmant qu’ils « méritent de la reconnaissance » pour leurs efforts à empêcher les attaques terroristes.

Mais, en ce qui concerne le futur, Eizenkot a prédit que les attaques terroristes continueraient d’être une constante de la société israélienne.

« C’est quelque chose que nous allons connaitre pendant les années à venir », a-t-il dit.

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