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Élections : Shaked et Hendel se séparent après un court partenariat politique

Les leaders du parti HaRouah HaTzionit sont en désaccord sur leur volonté d'adhérer à un gouvernement étroit dirigé par Netanyahu à l'issue du scrutin de novembre

Ayelet Shaked tenant une conférence de presse avec Yoaz Hendel pour annoncer le lancement de leur parti Esprit sioniste, à Kfar Maccabiah, à Ramat Gan, le 27 juillet 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Ayelet Shaked tenant une conférence de presse avec Yoaz Hendel pour annoncer le lancement de leur parti Esprit sioniste, à Kfar Maccabiah, à Ramat Gan, le 27 juillet 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le partenariat politique entre la leader du parti HaRouah HaTzionit, Ayelet Shaked, et Yoaz Hendel a touché à sa fin dans la journée de dimanche, les deux politiciens se mettant en cause mutuellement et revendiquant la fonction de leader de la formation qui ne devrait pas intégrer la prochaine Knesset.

L’implosion de ce parti se revendiquant de la droite modérée survient un mois et demi après l’alliance qui avait été conclue entre Shaked et Hendel, cinq jours seulement avant la date-limite de la soumission des listes électorales en amont des élections du mois de novembre et quelques heures après leur démenti véhément de désaccords significatifs qui auraient subsisté entre eux.

Le désaccord crucial entre Shaked, actuelle ministre de l’Intérieur, et Hendel, ministre des Communications, porte sur l’une des questions les plus au cœur du vote qui aura lieu cet automne – le soutien potentiel qui pourrait être apporté à la formation d’un gouvernement étroit de droite qui serait placé sous l’autorité du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu, une personnalité à la fois populaire et clivante.

Suite au dernier scrutin, le parti de Shaked, Yamina, avait refusé de s’engager à soutenir Netanyahu ou à appuyer un gouvernement alternatif, ce qui avait permis au chef de la formation, Naftali Bennett, de transformer sa position d’arbitre en un accord fructueux qui avait fait de lui le Premier ministre d’Israël pendant un an – et ce, alors même qu’il était à la tête de l’une des factions les plus modestes de la Knesset.

Bennett a décidé de faire une pause dans sa carrière politique.

Si Shaked et Hendel ont tenu un rôle déterminant dans la formation du gouvernement très hétéroclite qui aura permis d’écarter Netanyahu du pouvoir après douze années consécutives, Shaked désire aujourd’hui rejoindre un gouvernement étroit qui pourrait être formé par Benjamin Netanyahu – il comprendrait alors le député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir – tandis que Hendel et le parlementaire Zvi Hauser s’opposent à une telle initiative, affirmant qu’ils ne soutiendront qu’un large gouvernement d’unité.

Dimanche en tout début de matinée, les médias israéliens ont annoncé que Hendel avait écrit à ses activistes, dans un groupe fermé WhatsApp, qu’à l’issue de deux rencontres avec Shaked pendant le week-end, il avait tiré la conclusion qu’il « ne pouvait pas accepter la possibilité que HaRouah HaTzionit offre à Netanyahu un gouvernement étroit sur un plateau d’argent » et que Shaked « n’était pas d’accord » avec lui « sur ce point ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), avec sa ministre de la Justice, Ayelet Shaked, à la Knesset, le 21 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Hendel a écrit qu’il avait l’intention « de diriger HaRouah HaTzionit en tant que seul parti représentant la droite normale », un défi apparent lancé à Shaked à la tête de la formation. Il a indiqué qu’il n’était pas sûr que Shaked se présenterait aux élections et que si elle devait le faire, elle tenterait de se rapprocher de HaBayit HaYehudi, qui devrait également échouer à franchir le seuil de représentation électorale à la Knesset.

Dans un post qui a été ultérieurement publié sur Facebook, Hendel a répété qu’il prendrait la tête de HaRouah HaTzionit lors du scrutin, disant qu’il y avait « un fossé qui ne peut pas être comblé » avec Shaked.

« A mes yeux, un gouvernement étroit de Bibi [Netanyahu] et de Ben Gvir, ou du centre-gauche et de la Liste arabe unie, seraient une catastrophe », a-t-il écrit.

Des informations ont largement fait état, ces derniers jours, de négociations entre Shaked et HaBayit HaYehudi, qui souhaite également intégrer un gouvernement étroit de Netanyahu.

La ministre de l’Intérieur a nié ces informations et Hendel a aussi démenti avoir des désaccord majeurs avec Shaked dans un entretien accordé à la Douzième chaîne, samedi soir.

Peu après la reprise dans les médias des propos tenus par Hendel sur la rupture de l’alliance, le bureau de Shaked a émis un communiqué établissant que c’était elle qui avait décidé de la fin du partenariat, accusant Hendel de lui avoir demandé d’attendre pour en faire l’annonce officielle – exploitant cette attente pour faire fuiter en premier l’information auprès du grand public.

Ayelet Shaked (Yamina) et Yoaz Hendel (Derech Eretz) fusionnent leurs partis pour former le parti Esprit sioniste, 27 juillet 2022 (Crédit : Ariel Zandberg)

« Après de nombreuses conversations, Shaked a décidé de se séparer de Yoaz Hendel et de Zvi Hauser et elle en a informé Hendel samedi soir », a établi le communiqué diffusé en son nom.

« Elle a néanmoins accédé à sa demande de reporter l’annonce conjointe de cette séparation à dimanche après-midi, alors qu’il atterrira à New York. Hendel a choisi, d’une manière peu digne et peu noble, de violer cet accord et d’agir sans respect des deux parties concernées », a continué le communiqué.

Confirmant qu’elle souhaitait intégrer un éventuel gouvernement étroit placé sous l’autorité de Netanyahu, Shaked a déclaré que « Hendel et Hauser ont établi clairement que si un gouvernement d’unité n’était pas formé, alors ils préféreraient entraîner le pays vers un nouveau scrutin plutôt que de former un gouvernement de droite. Une idée qui est inconcevable ».

Les députés Kakhol lavan Yoaz Hendel (à gauche) et Zvi Hauser le 29 avril 2019, avant l’ouverture de la session de la Knesset après les élections. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Shaked a toutefois laissé entendre qu’elle resterait à la tête de HaRouah HaTzioni et qu’elle présenterait sa liste électorale dans les prochains jours.

« Shaked n’est pas prête à entraîner l’État d’Israël vers un nouveau cycle électoral et si elle devait échouer à mettre en place un gouvernement d’unité, elle se battra pour établir un gouvernement de droite équilibré dans lequel HaRouah HaTzioni jouera un rôle responsable », a noté le communiqué.

Shaked devrait rencontrer dimanche l’ancien député de Yamina Abir Kara, qui a lancé sa propre faction la semaine dernière, et l’ex-parlementaire de Yamina Nir Orbach, qui avait quitté la coalition et ainsi aidé à renverser le gouvernement.

Nir Orbach à gauche, Ayelet Shaked au centre, et Abir Kara à droite (Crédit: Flash90)

Le dernier sondage électoral qui a été publié samedi a montré qu’alors qu’il ne restait que 52 jours avant le prochain scrutin israélien, Netanyahu restait juste en dessous de la majorité dont il a besoin pour retourner au pouvoir, ce qui indique que l’impasse politique persiste dans le pays.

De son côté, HaRouah HaTzioni chute encore dans les enquêtes d’opinion en recueillant 1,1 % des intentions de vote, bien en-dessous des 3,25 % des voix nécessaires pour intégrer le parlement israélien.

Les sondages israéliens commandités par les chaînes de télévision sont souvent bien trop petits pour prédire les résultats des votes de manière exacte, avec des marges d’erreur importantes, mais ils permettent d’offrir une vue d’ensemble de l’opinion publique et ils influencent souvent les manœuvres des politiciens.

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