Israël en guerre - Jour 259

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Élus arabes et universitaires dénoncent la loi prévoyant le renvoi des professeurs antisionistes

L'Association des doyens d'université dénonce une campagne contre l'enseignement supérieur "digne de McCarthy"

Des manifestants protestant contre la guerre à Gaza, à l'Université hébraïque de Jérusalem, le 28 mai 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des manifestants protestant contre la guerre à Gaza, à l'Université hébraïque de Jérusalem, le 28 mai 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un projet de loi qui exigerait des institutions d’enseignement supérieur qu’ils licencient les professeurs et autres maîtres de conférence antisionistes suscite l’indignation des députés arabes et du milieu académique israélien, les critiques dénonçant une mesure de répression contre la liberté d’expression en période de guerre.

S’il est adopté, ce texte législatif, qui a été présenté lundi à la Knesset par le président de la coalition du Likud, Ofir Katz, obligerait les universités à renvoyer sans indemnisation tout enseignant niant le droit à l’existence d’Israël en tant que nation juive souveraine, qui inciterait au terrorisme, ou qui exprimerait son soutien à une organisation terroriste ou au combat armé contre l’État d’Israël.

« L’État d’Israël s’enorgueillit d’une liberté d’expression très vaste qui permet à une large diversité d’opinions de se faire entendre, quelles que soient les tribunes offertes pour les exprimer. Toutefois, les journées de guerre que nous vivons aujourd’hui nous contraignent à… équilibrer la liberté d’expression en ce qui concerne les principes fondamentaux d’un État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique », dit la note qui accompagne le texte.

« Il semble que cet équilibre soit souvent violé par les personnels et par les professeurs qui travaillent dans les établissements d’enseignement supérieur et qui expriment – en paroles et dans leurs actes – un soutien et une identification aux actes de terrorisme », continue la note d’explication, qui affirme que « pour préserver l’identité de l’État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique », l’enseignement supérieur doit être « libéré des déclarations et des actions qui soutiennent le terrorisme sous toutes ses formes et il doit être libéré de celles qui nient l’existence de l’État d’Israël ».

Ce projet de loi a été écrit en coopération avec l’Union nationale des étudiants israéliens (NUIS) dont le président, Elchanan Felhimer, a appelé les députés à lui apporter leur soutien.

« Oui à la liberté d’expression mais pour les incitations au terrorisme – c’est un non sans ambiguïté », a-t-il dit.

Le chef de la coalition, le député Ofir Katz, dirigeant une audience de la commission parlementaire de la Knesset, le 5 février 2023. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Prenant la parole durant la réunion de faction hebdomadaire du parti arabe radical Taal à la Knesset, le leader de ce dernier, Ahmad Tibi, a condamné « une campagne fasciste, une campagne d’incitation à la haine qui a été lancée par l’Union nationale des étudiants à l’encontre des professeurs et des employés du milieu universitaire qui ont une opinion différente sur la guerre ».

« C’est une exploitation cynique des fonds qui sont alloués aux étudiants », a-t-il ajouté, saluant l’Association des doyens d’université qui a dénoncé la législation et qui s’est insurgée contre une campagne d’affichage en soutien au projet de loi qui a été lancée par la NUIS.

Estimant que le texte proposé entrait « dans le cadre d’une campagne d’incitation à la haine et d’une campagne de diffamation du monde universitaire dignes de McCarthy », l’Association des doyens a averti que, s’il devait être adopté, il entraînerait « un climat de délation et de peur sur les campus. »

« Ce projet de loi portera de graves atteintes au milieu académique et à la liberté d’expression et il aidera nos ennemis, par le biais de l’organisation BDS, à élargir le boycott universitaire d’Israël », a mis en garde l’Association qui a exhorté les députés à ne pas voter en sa faveur et à « prévenir de graves dégâts qui seront essuyés par les universités et par la démocratie israéliennes ».

Le député Ahmad Tibi pendant une réunion de la Commission intérieure de la Knesset à Jérusalem, le 30 janvier 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

De son côté, Katz a affirmé que la législation était rendue nécessaire par l’inaction des établissements d’enseignement supérieur face aux propos qui ont pu être tenus par les professeurs – comme cela avait été le cas d’Anat Matar, qui avait déclaré que Walid Daqqa, qui était emprisonné en Israël pour terrorisme, était un ami « cher et bien-aimé » et « une source éternelle d’inspiration » après sa mort d’un cancer en cellule.

Katz a également mentionné la professeure Nadera Shalhoub-Kevorkian, enseignante à l’université Hébraïque, qui a accusé Israël de génocide à Gaza, qui a estimé « qu’il était temps d’abandonner le sionisme » et qui a nié les attaques sexuelles qui avaient été commises par les terroristes du Hamas pendant l’attaque du 7 octobre, dans le sud de l’État juif.

Shalhoub-Kevorkian fait l’objet d’une enquête pour incitation et elle a été suspendue de l’université suite à ses déclarations.

« Nous ne permettrons pas au terrorisme de s’emparer du milieu académique au sein de l’État d’Israël au titre de ‘la liberté d’expression’. Nous n’autoriserons pas les paroles soutenant le terrorisme ou les activités terroristes à l’encontre d’Israël », a asséné Katz. « Il est temps de combattre le terrorisme dans le milieu universitaire et je suis, pour ma part, déterminé à le faire ».

Faisant la promotion du texte, la NUIS a lancé une campagne dans la journée de dimanche, accrochant des panneaux sur l’autoroute Ayalon, à l’entrée de Tel Aviv, sur lesquels figurent les propos tenus par Matar et par Shalhoub-Kevorkian.

Depuis le début de la guerre, les parlementaires ont proposé un certain nombre de mesures visant à mieux contrôler le système de l’éducation et à restreindre la liberté d’expression – ce qui a amené l’Association de défense des droits civils en Israël (ACRI) à estimer, au mois de mars, que « la tendance visant à réduire au silence, à porter atteinte aux médias et aux journalistes et l’intention de réduire au silence les citoyens qui critiquent le régime s’intensifient actuellement ».

Parmi les législations actuellement présentées devant la Knesset, un texte coparrainé par le député d’Otzma Yehudit Zvika Fogel et par le parlementaire du Likud, Amit Halevi, qui permettrait au ministère de l’Éducation de renvoyer un professeur et de couper le budget d’un établissement d’enseignement supérieur s’il a été « prouvé de façon satisfaisante » que l’enseignant s’est publiquement identifié à une organisation terroriste, qu’il a fait l’éloge du terrorisme ou qu’il a appelé au terrorisme de manière active.

Citant « des décennies d’incitations… dans les écoles et dans les mosquées » dans les années qui avaient précédé le massacre commis par le Hamas, le 7 octobre – cet assaut sanglant avait déclenché la guerre à Gaza – le député Tzvi Sukkot, du parti d’extrême-droite Hatzionout HaDatit, avait fait la promotion, au début de l’année, d’un texte de loi visant à lutter contre les incitations au terrorisme. Son objectif était de d’obtenir la suppression d’une exigence qui figure actuellement dans la loi et qui nécessite d’apporter la preuve du fait qu’une déclaration mise en cause pourrait probablement déboucher sur un passage à l’acte terroriste.

Anat Matar, maître de conférences au département de philosophie de l’Université de Tel Aviv. (Crédit : Capture d’écran Facebook)

Les parlementaires travaillent également sur un projet de loi qui ferait de tout négationnisme, minimisation ou célébration du 7 octobre un crime pénalement répréhensible, ce qui a entraîné les inquiétudes de certains défenseurs des droits de l’Homme, alarmés par l’impact potentiel d’une telle mesure sur la liberté d’expression.

Au mois d’avril, la Knesset a adopté la loi dite « Al-Jazeera », qui a accordé au gouvernement le pouvoir temporaire d’empêcher des médias d’information étrangers de travailler en Israël si les services de sécurité estiment qu’ils pourraient porter atteinte à la sécurité nationale.

Ainsi, au début du mois dernier, la police a saisi tout le matériel qui se trouvait dans les bureaux de la chaîne Al-Jazeera à Jérusalem, et la diffusion de la chaîne qatarie a été interrompue dans le pays. Le 21 mai, Israël a confisqué les équipements qui étaient utilisés par l’agence Associated Press pour diffuser, en direct, des images de la bande de Gaza, affirmant que l’AP contrevenait à la loi dans la mesure où Al-Jazeera, qui est l’une de ses clientes, utilisait les vidéos dans ses propres reportages.

Dans un communiqué qui saluait la restitution à l’AP du matériel saisi par Israël, le lendemain, l’Association de la presse étrangère, qui représente les médias internationaux au sein de l’État juif, a fait savoir qu’elle « continuait à s’inquiéter de ce que la nouvelle loi sur les médias étrangers, qui a interdit les opérations d’Al-Jazeera, ce mois-ci, ne laisse la porte ouverte à d’autres abus ».

« Nous exhortons le gouvernement à abolir cette loi et à trouver un meilleur moyen d’équilibrer les préoccupations d’ordre sécuritaire et l’idéal démocratique de la liberté de la presse », a ajouté le groupe.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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