En désaccord sur la Shoah, Israël et la Pologne critiquent ensemble l’Ukraine
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En désaccord sur la Shoah, Israël et la Pologne critiquent ensemble l’Ukraine

Les ambassadeurs des deux pays dénoncent la glorification des nationalistes ukrainiens pendant la guerre "qui ont encouragé le nettoyage ethnique" des Juifs et des Polonais

Des militants de divers partis nationalistes avec des torches lors d'un rassemblement à Kiev, en Ukraine, le mercredi 1er janvier 2020, en hommage à Stepan Bandera, qui a collaboré avec les nazis et lutté contre le régime soviétique. (Crédit : AP Photo / Efrem Lukatsky)
Des militants de divers partis nationalistes avec des torches lors d'un rassemblement à Kiev, en Ukraine, le mercredi 1er janvier 2020, en hommage à Stepan Bandera, qui a collaboré avec les nazis et lutté contre le régime soviétique. (Crédit : AP Photo / Efrem Lukatsky)

Israël et la Pologne, qui se sont affrontés à plusieurs reprises ces dernières années en raison d’interprétations divergentes de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, se sont associés jeudi pour émettre une rare condamnation commune de l’Ukraine pour ses efforts de réhabilitation des nationalistes qui ont collaboré avec les nazis.

La critique est survenue alors que les Ukrainiens ont marqué la semaine dernière le 111e anniversaire de Stepan Bandera, le chef de guerre de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), une organisation violemment antisémite qui a collaboré avec les nazis. Parmi les historiens de la Shoah, le consensus est que l’OUN et sa ramification militaire, connue sous le nom d’UPA, ont été responsables de la mort de milliers de Juifs et de jusqu’à 100 000 Polonais pendant la guerre (les estimations varient).

Dans une lettre conjointe adressée aux dirigeants municipaux de Lviv et de Kiev, l’ambassadeur israélien Joel Lion et son homologue polonais Bartosz Cichocki ont exprimé leur préoccupation concernant les efforts déployés pour honorer Bandera et Andryi Melnyk, le chef d’une faction concurrente de l’OUN.

A Kiev, mercredi, les responsables locaux ont hissé une banderole géante avec la photo de Bandera au-dessus des locaux de l’administration de la ville, ce qui a provoqué la colère des militants juifs. Cela s’est produit un peu plus d’une semaine après que le conseil de l’oblast de Lviv ait approuvé le financement d’une célébration en 2020 en l’honneur de Melnyk.

« Se souvenant de nos frères et sœurs innocents assassinés dans les territoires occupés de Pologne en 1935-1945, qui constituent maintenant une partie de l’Ukraine, nous, les ambassadeurs de Pologne et d’Israël, pensons que commémorer ces individus est une insulte », ont écrit Lion et Cichocki.

« La glorification de ceux qui ont promu activement le nettoyage ethnique est contre-productive dans la lutte contre l’antisémitisme et la réconciliation de nos peuples », ont-ils poursuivi.

« Ces jours-ci, nos gouvernements déploient tous leurs efforts pour répondre aux nouvelles attaques contre les Juifs dans différents pays et pour empêcher les tentatives de falsification de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale », ont-ils ajouté en faisant apparemment référence aux récentes affirmations russes selon lesquelles la Pologne a précipité le conflit mondial.

C’est la deuxième fois que Lion et Cichocki se mobilisent pour demander un changement dans la politique mémorielle ukrainienne. En juin, les deux hommes ont signé une lettre commune au maire de la ville ukrainienne d’Ivano-Frankisvsk, protestant contre l’inauguration d’un monument en l’honneur de Roman Choukhevitch, un collaborateur des nazis qui a été impliqué dans le meurtre d’innombrables Juifs et Polonais de souche.

Après la révolution de 2014 en Ukraine, le Parlement de l’ancienne république soviétique a adopté une série de projets de loi connus sous le nom de Lois de Décommunisation, qui visent à couper les liens du pays avec son passé russe et soviétique. L’un de ces projets de loi interdisait ce qu’il appelait le « déni public de la légitimité de la lutte pour l’indépendance de l’Ukraine au XXe siècle ».

Concrètement, ces projets de loi ont ouvert la voie à la réhabilitation des figures ultranationalistes ukrainiennes qui avaient collaboré avec les nazis.

Au cours des dernières années, les rues de toute l’Ukraine ont été baptisées du nom de personnalités d’extrême droite et des mesures ont été prises pour réhabiliter leurs images, les présentant comme des combattants pour la démocratie dont les partisans ont sauvé les Juifs des Allemands.

Interrogé concernant cette lettre, l’ambassadeur Lion a déclaré au Times of Israel qu’Israël et la Pologne « ont un intérêt commun à combattre le déni de la Shoah et la réécriture de l’Histoire ».

L’ambassadeur israélien en Ukraine, Joel Lion. (Crédit : Wikimedia Commons/Dovernewyork)

Israël s’est opposé à plusieurs reprises à la Pologne depuis que celle-ci a adopté une loi qui rend illégal le fait de tenir la Pologne pour responsable des crimes nazis en 2018.

Les critiques de la loi, y compris des politiciens israéliens et des historiens éminents de la Shoah, ont averti qu’elle limiterait le débat sur la Shoah et servirait à occulter les actions des Polonais qui ont dénoncé les Juifs aux Allemands ou les ont tués.

Le mois dernier, dans ce qui pourrait marquer le début d’un changement dans l’approche de l’Ukraine par rapport à son passé, le gouvernement a annoncé qu’il nommait Anton Drobovych, un universitaire qui avait auparavant travaillé au Babi Yar Holocaust Memorial Center, à la tête de l’Institut pour la mémoire nationale, l’organe d’Etat principalement responsable de la mise en œuvre de la politique mémorielle.

JTA a contribué à cet article.

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