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En Iran, la télévision d’Etat piratée avec une image du guide suprême en feu

"Le sang de nos jeunes dégouline de tes doigts", indique un message apparu à l'écran lors de la diffusion samedi soir du journal de la télévision d'Etat

Une capture d'écran montre un message anti-régime qu'un groupe de pirates a inséré dans une émission de la télévision d'État iranienne, le 8 octobre 2022. (Crédit : Capture d'écran, utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Une capture d'écran montre un message anti-régime qu'un groupe de pirates a inséré dans une émission de la télévision d'État iranienne, le 8 octobre 2022. (Crédit : Capture d'écran, utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Un groupe soutenant la contestation en Iran, déclenchée par la mort de Mahsa Amini, a réussi à pirater une chaîne de la télévision d’Etat en diffusant en plein journal télévisé une image du guide suprême Ali Khamenei entouré de flammes.

L’Iran est secoué par des protestations depuis la mort le 16 septembre de cette jeune femme kurde iranienne de 22 ans, décédée trois jours après son arrestation par la police des moeurs à Téhéran pour avoir selon celle-ci enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, prévoyant notamment le port du voile.

L’ONG Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo a fait état d’au moins 95 morts dans la répression des manifestations depuis le 16 septembre. Selon un dernier bilan iranien donné fin septembre, environ 60 personnes ont été tuées dont une dizaine de policiers.

« Le sang de nos jeunes dégouline de tes doigts », indique un message apparu à l’écran lors de la diffusion samedi soir du journal de la télévision d’Etat. Il accompagne une photo manipulée d’Ali Khamenei, le corps entouré de flammes et la tête dans un viseur.

« Il est temps de ranger tes meubles (…) et de te trouver un autre endroit pour y installer ta famille à l’extérieur de l’Iran », peut-on lire sur un autre message accompagnant la photo.

La cyberattaque, qui a duré quelques secondes, a été revendiquée par un groupe se faisant appeler Edalat-e Ali (La justice d’Ali) qui appuie le mouvement de contestation, le plus important en Iran depuis les manifestations contre la hausse des prix l’essence en 2019.

Plusieurs médias en persan basés à l’étranger ont partagé une vidéo montrant la cyberattaque. A la fin de la vidéo, on peut voir le présentateur du journal télévisé l’air crispé, ses yeux fixant la caméra.

En Iran, l’agence de presse Tasnim a confirmé que la télévision d’Etat avait « été piratée pendant quelques instants par des agents anti-révolutionnaires ».

Samedi soir, alors que le mouvement entrait dans sa quatrième semaine, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays y compris à Téhéran.

Et les rassemblements de solidarité se sont poursuivis à l’étranger.

Selon l’analyste iranien Omid Memarian, une vidéo a montré des protestataires à Téhéran chantant « Mort au dictateur ».

Ailleurs, des écolières ont scandé « Femme, vie, liberté » à Saqez, ville natale de Mahsa Amini dans la province du Kurdistan (nord-ouest), et marché en agitant leur foulard au-dessus de leur tête, a indiqué l’ONG de défense des droits humains Hengaw, basée en Norvège.

Selon des images en ligne vérifiées par l’AFP, sur une grande banderole placée sur un viaduc de l’autoroute Modares traversant le centre de Téhéran, il est écrit « Nous n’avons plus peur. Nous nous battrons ».

Samedi soir, deux membres des forces de sécurité ont été tués lors des manifestations, l’un à Téhéran « par une foule armée » et l’autre à Sanandaj, la capitale du Kurdistan, selon l’agence officielle Irna.

L’agence a confirmé des protestations dans différentes villes, où des manifestants ont lancé des cocktails Molotov contre des mosquées, des centres de Bassidji, milice paramilitaire, et des bureaux d’imams de la prière.

« A Téhéran, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule », a-t-elle indiqué, ajoutant que les manifestants avaient « scandé des slogans et incendié et endommagé des biens publics, notamment un poste de police et des poubelles ».

« De mes propres yeux »

Vendredi, les autorités iraniennes ont affirmé que Mahsa Amini était décédée des suites d’une maladie et non de « coups ».

Mais le père de la jeune femme, Amjad Amini, qui avait affirmé que sa fille était en parfaite santé avant son arrestation, a rejeté le rapport médical dans une interview à Iran International, une chaîne de télévision en persan basée à Londres. « J’ai vu de mes propres yeux que du sang avait coulé des oreilles et de la nuque de Mahsa », a-t-il dit.

Des militants et des ONG avaient affirmé qu’elle avait souffert d’une blessure à la tête durant sa détention.

L’Iran accuse des pays étrangers d’attiser les manifestations, notamment les Etats-Unis, son ennemi juré.

Par ailleurs, l’IHR, citant l’ONG Baluch Activists Campaign, a donné un nouveau bilan de 90 morts dans la répression de manifestations la semaine dernière à Zahedan dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est), qui ne sont pas liées au décès de Mahsa Amini. Selon des ONG, les manifestations ont été déclenchées après des accusations de viol d’une adolescente par un policier.

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