Erdan veut une enquête sur le scandale des textos et la révision des jugements
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Erdan veut une enquête sur le scandale des textos et la révision des jugements

L'enquêteur et la magistrate incriminés ont été écartés du dossier. Les détentions antérieures seront réexaminées ; Pour Amsalem c'est la preuve d'un putsch contre Netanyahu

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité publique, le 31 décembre 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Gilad Erdan, ministre de la Sécurité publique, le 31 décembre 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure a appelé lundi à l’ouverture d’une enquête judiciaire suite à la révélation des textos échangés entre un enquêteur et la magistrate en charge de l’enquête de corruption ouverte dans l’affaire Bezeq, qui semblent indiquer que tous deux se sont coordonnés sur les placements en détention provisoire avant même que les audiences n’aient eu lieu.

« Quand vous voyez une juge coordonner ses jugements avec les enquêteurs, c’est vraiment choquant et c’est aussi, à mon avis, un délit pénal », a dit Erdan à la radio militaire au cours d’une interview.

« Il faut réfléchir à l’ouverture d’une enquête criminelle », a-t-il ajouté. « C’est un incident grave et il est très clair que leurs carrières à tous les deux sont terminées. Qui pourra les croire dorénavant ? », s’est-il interrogé.

Dans un « chat » sur l’application de messagerie instantanée WhatsApp, l’enquêteur de l’Autorité des titres israélienne Eran Shacham-Shavit a affirmé dimanche à la juge Ronit Poznansky-Katz que les responsables en charge de l’affaire comptaient libérer certains suspects détenus dans le cadre de l’enquête et maintenir d’autres en détention pendant quelques jours de plus.

L’enquêteur de l’Autorité des Titres israélienne Eran Shacham-Shavit (Capture d’écran : YouTube)

« Tentez d’avoir l’air surprise » dans le tribunal, écrit-il.

« Je prends mon air surpris », répond-elle.

Dans une autre discussion, Shacham-Shavit écrit que, concernant les suspectes « Stella [Handler] et Iris [Elovitch, l’épouse de Shaul] nous demanderons demain quelques jours de plus ».

« Continuez à tout me révéler mais il faudra que j’ai l’air vraiment, vraiment surprise », répond encore la juge en plaisantant apparemment.

La magistrate Ronit Poznansky-Katz. (Crédit : Judiciary of Israel)

La conversation a eu lieu avant les audiences concernant les détentions préventives des suspects, pendant lesquelles ces derniers peuvent présenter leurs arguments avant que le juge ne prenne une décision sur leur sort.

L’Affaire 4 000 porte sur des soupçons que l’actionnaire principal du géant des télécommunications Bezeq, Shaul Elovitch, aurait donné l’ordre au site d’information Walla, qui lui appartient, d’assurer une couverture positive des actions du Premier ministre et de sa famille en échange de l’avancement par Netanyahu de régulations à son profit.

Esther Hayut, juge de la Cour suprême, à Jérusalem, le 2 janvier 2017. (Crédit : Flash90)

Suite à la publication de la discussion, la présidente de la Cour suprême Esther Hayut et la ministre de la Justice Ayelet Shaked ont ordonné l’ouverture d’une enquête sur Poznansky-Katz.

Dans un courrier rendu public lundi, Hayut a noté que l’incident « marque une matinée difficile pour nous tous », ajoutant qu’elle a ordonné une enquête sur les textos qui devra être menée à bien sans délai. Elle a vivement recommandé à ses collègues d’effectuer leur travail de manière professionnelle et de faire de leur mieux pour « préserver la confiance de l’opinion publique dans notre système judiciaire ».

Pour sa part, Poznansky-Katz a été écartée des audiences prévues dans le dossier lundi, le président de la cour des magistrats ajoutant que la juge a été placée immédiatement en congé et qu’elle ne prendra plus part aux délibérations jusqu’au terme d’une enquête.

Shacham-Shavit a été lui aussi écarté du dossier et mis en congé. L’Autorité des titres israélienne a juré d’enquêter sur ses agissements.

Shaul, Iris et Or Elovitch, Handler, Hefetz et Eli Kamir devaient paraître devant un tribunal lundi matin pour faire appel de leur détention provisoire devant le juge remplaçant de la cour de Tel Aviv.

Erdan, a déclaré toutefois que tous les jugements prononcés antérieurement dans le cadre de l’Affaire 4 000 « devront dorénavant être réexaminés ».

Le député et chef de la coalition David Amsalem a expliqué lundi au micro de la radio militaire que cet incident était la preuve de la manière « obsessionnelle » dont les autorités judiciaires poursuivent Netanyahu.

« Ce n’est pas un problème nouveau et il ne va pas disparaître avec ce juge », a-t-il déclaré. « Au cours des deux dernières années, la police s’est engagée dans une chasse obsessionnelle, même malade, au Premier ministre avec pour objectif de le destituer. Voyez maintenant ce qui arrive ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député David Amsalem durant une rencontre de faction du parti du Likud à la Knesset, le 8 janvier 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les messages qui ont fuité ont été largement condamnés par tout le spectre politique.

L’enquête de l’Affaire 4 000 a connu la semaine dernière des rebondissements suite à l’arrestation d’un certain nombre de conseillers de haut-rang de Netanyahu et de cadres de Bezeq.

Shlomo Filber, le directeur-général du ministère des Communications qui a été suspendu, confident de Netanyahu de longue date, a signé mardi dernier un accord pour devenir témoin de l’accusation. Il pourrait incriminer le Premier ministre dans le dossier. Filber a vu sa détention provisoire prolongée mercredi de 15 jours et il devrait rester dans un lieu tenu secret pendant ces deux semaines alors que la police continuera à l’interroger.

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