Et maintenant ? Toutes les options possibles pour une future coalition
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Et maintenant ? Toutes les options possibles pour une future coalition

Gouvernement d'unité ? Liberman plus la droite religieuse ? Gantz soutenu par les partis arabes ? Après ces résultats, quelqu'un devra faire des compromis pour éviter un 3e scrutin

Montage de personnalités politiques israéliennes avant les élections du 17 septembre (Crédit : Flash90)
Montage de personnalités politiques israéliennes avant les élections du 17 septembre (Crédit : Flash90)

Bien que les résultats définitifs des élections de mardi ne soient pas encore disponibles, on en sait assez pour dire qu’aucun candidat ou parti ne dispose d’une voie claire pour former une coalition majoritaire reposant sur 61 des 120 députés de la Knesset.

D’après les résultats officiels mercredi après-midi, tirés du décompte de
90 % des suffrages environ, la prochaine Knesset ressemblera à cela : L’alliance centriste Kakhol lavan dispose de 32 sièges, juste devant le Likud de Benjamin Netanyahu avec 31 sièges. Viennent ensuite la Liste arabe unie rassemblant les parties à majorité arabe avec 13 sièges, puis le Shas ultra-orthodoxe et la droite laïque incarnée par Yisrael Beytenu avec neuf sièges chacun, suivis de Yahadout HaTorah avec huit sièges. Les trois autres formations à entrer à la Knesset sont : Yamina qui occupera sept sièges, le Parti travailliste-Gesher six et le Camp démocratique cinq.

Le bloc de droite religieux dispose ainsi d’un total de 55 sièges, le centre-gauche de 56, plaçant ainsi Avigdor Liberman en position de faiseur de rois avec les 9 sièges de son parti Yisrael Beytenu.

Si l’on suppose que le décompte final ne sera pas très différent, à quoi pourrait rassembler la prochaine coalition ? Voici les options possibles.

Un gouvernement d’unité

Une coalition comprenant à la fois le Likud et Kakhol lavan a été vivement préconisée par Liberman et Kakhol lavan pendant la campagne, et demeure ce qui est le plus probable à la suite de l’élection.

Toutefois, un tel gouvernement pourrait prendre de nombreuses formes, et il laisse ouverte la question la plus importante de savoir qui serait Premier ministre. Cela fera l’objet de négociations de coalition qui prendront des semaines, sinon plus.

Un gouvernement d’unité pourrait voir Netanyahu continuer comme Premier ministre ou Gantz prendre ce rôle, mais le résultat le plus probable serait une sorte de rotation par laquelle l’un d’eux serait Premier ministre pendant les deux premières années, puis passer à l’autre. Dans ce cas, la question demeure de savoir qui sera le premier.

Montage/de gauche à droite : le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz,, le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, et le Premier ministre et chef du Likud, Benjamin Netanyahu. (Crédit : Yonatan Sindel, Noam Revkin Fenton/Flash90)

Un gouvernement d’unité pourrait aussi inclure le Likud sans Netanyahu, comme cela a été revendiqué par Kakhol lavan. Le Premier ministre fait face à des accusations de corruption dans trois affaires, dont une pour pots-de-vin, dans l’attente d’une audience, qui doit se tenir les 2 et 3 octobre, ce qui amène le parti centriste à déclarer qu’il ne fera pas partie d’une coalition avec lui. Le Likud, cependant, a jusqu’à présent fermement soutenu son président de longue date, et Kakhol lavan pourrait devoir faire des compromis à ce sujet.

Cependant, si le Likud finit par destituer Netanyahu, une toute nouvelle question se pose : Qui prendra les rênes du parti, dont la direction est monopolisée par un homme depuis plus d’une décennie ? Il pourrait s’agir du président de la Knesset, Yuli Edelstein, du ministre des Affaires étrangères, Yisrael Katz, du ministre de la Sécurité publique, Gilad Erdan, du rival interne de Netanyahu, Gideon Saar, ou d’un autre.

Une autre question est de savoir si le gouvernement d’unité inclura Yisrael Beytenu. A eux deux, le Likud et Kakhol lavan ont suffisamment de sièges à la Knesset pour former une coalition, ce qui rend le parti de Liberman inutile, bien que les politiciens préfèrent généralement élargir leur coalition le plus possible. Liberman a dit qu’il serait d’accord avec un gouvernement d’unité même s’il en est exclu.

D’autres partis pourraient aussi potentiellement se joindre à un gouvernement d’unité, bien que cela puisse soulever des objections au sein du Likud ou de Kakhol lavan. Les partis ultra-orthodoxes pourraient s’y joindre malgré la présence de leur ennemi juré Yair Lapid, le numéro 2 de Kakhol lavan, avec qui Yahadout HaTorah a juré de ne pas siéger au gouvernement.

Naftali Bennett et Ayelet Shaked lors d’une conférence de presse à Ramat Gan, le 21 juillet 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

L’alliance Yamina s’étant immédiatement scindée en trois factions distinctes après la fermeture des bureaux de vote mardi soir, le parti HaYamin HaHadash d’Ayelet Shaked et Naftali Bennett pourrait potentiellement se joindre sans remettre en cause Kakhol lavan, qui a promis une coalition sans « extrémistes et messianistes » – une possible référence non à HaYamin HaHadash mais aux composantes de Yamina plus radicales de l’Union Nationale, menée par Bezalel Smotrich et Rafi Peretz de HaBayit HaYehudi.

Le Likud, pour sa part, ne serait probablement pas satisfait des efforts déployés pour que le parti de gauche Camp démocratique rejoigne un gouvernement d’unité.

Gouvernement de droite avec Liberman

La coalition qui a gouverné Israël jusqu’à la chute de Yisrael Beytenu en novembre 2018 comprenait tous les partis de droite et religieux. Cependant, après que Liberman eut refusé toutes les offres de Netanyahu de former à nouveau un tel gouvernement au lendemain des élections d’avril, déclenchant le vote de mardi, il est extrêmement improbable qu’il accepte maintenant de renouveler ces partenariats.

Il y a peu de chances, cependant, que les partis ultra-orthodoxes renâclent à aller dans l’opposition et optent plutôt pour un compromis avec Liberman sur la demande de ce dernier d’adopter sans modification une loi régissant le projet militaire pour les étudiants Haredi de yeshiva, ce qui, jusqu’à présent, n’a pas été un bon point de départ pour eux.

La question de savoir si cette concession satisferait Liberman est loin d’être certaine. Mercredi, il a une fois de plus insisté sur le fait qu’un gouvernement d’unité reste la seule option envisageable.

Un gouvernement religieux de droite plus les Travaillistes

Le président de l’alliance Parti travailliste-Gesher, Amir Peretz, dépose son bulletin de vote accompagné de son épouse, le 17 septembre 2019. (Crédit : autorisation du Parti travailliste-Gesher)

Au cours de la campagne, il y a eu des rumeurs têtues selon lesquelles Amir Peretz, président de l’alliance entre les Travaillistes et le Gesher d’Orly Levy-Abekasis, pourrait faire entrer ce parti dans un gouvernement Netanyahu, de droite. Les Travaillistes sont entrés dans un tel gouvernement en 2009, mais il se peut que ce soit un suicide électoral cette fois-ci après que Peretz a répété à plusieurs reprises que cela ne devait en aucun cas arriver, allant jusqu’à se débarrasser de sa moustache après 47 ans pour faire passer son message.

En effet, si le Likud a tendu la main à Peretz après l’annonce des résultats des élections de mardi, ce dernier a – clairement – indiqué qu’il n’était pas intéressé à rejoindre une coalition dirigée par Netanyahu.

Un tel gouvernement aurait également une majorité très mince à la Knesset et serait donc très instable.

Un gouvernement de centre-gauche

Le Likud a averti dans sa campagne que Liberman et Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, avaient tous deux parlé de recommander Gantz comme Premier ministre. Cependant, un gouvernement qui inclut les deux partis, qui se méprisent mutuellement, semble impossible. Liberman a déclaré qu’il ne se joindrait pas à une coalition – « même dans un univers parallèle » – avec les partis arabes, et la plupart des factions de la Liste arabe unie ont réagi avec indignation aux commentaires d’Odeh sur une éventuelle coopération politique avec Kakhol lavan.

Gantz a la possibilité de former un gouvernement minoritaire avec le soutien extérieur des partis arabes – une voie préconisée par Ehud Barak du Camp démocratique mercredi – mais aucun des partis serait enchanté par cet arrangement et le gouvernement qui s’en suivrait serait en terrain extrêmement fragile.

Aryeh Deri, chef du parti Shas, et ministre de l’Intérieur, (à droite), avec Yaakov Litzman, vice-ministre de la Santé du parti Yahadout HaTorah, lors d’une réunion conjointe de parti à la Knesset, à Jérusalem, le 19 juin 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Une autre option pourrait être que les partis ultra-orthodoxes rejoignent les partis Kakhol lavan, Travailliste-Gesher et le Camp démocratique. Des gouvernements de centre-gauche similaires avec les partis Haredi existaient en Israël il y a plusieurs décennies, mais le Shas et Yahadout HaTorah sont devenus ces dernières décennies des partisans automatiques du Likud. Et Yahadout HaTorah a déjà déclaré mercredi qu’elle est aux côtés du Likud « jusqu’au bout ».

Un autre problème, c’est qu’en l’état actuel des choses, ces partis semblent former une majorité très étroite – et non une solution pour former une coalition stable.

(Encore) une autre élection

Dans le scénario peu probable que l’impasse se poursuive et produise une troisième élection nationale en moins d’un an – une option dont personne ne veut – elle prolongera la période pendant laquelle le leadership national est pratiquement en attente, coûtera des milliards de shekels supplémentaires et minera encore l’intérêt public dans un processus qui est susceptible de produire à nouveau un résultat peu décisif. Qu’est-ce qu’il disait Einstein déjà sur la folie ?

Un grand nombre de partis, ainsi que le président Reuven Rivlin, ont promis de tout faire pour éviter de nouvelles élections, et Liberman s’est juré de refuser d’adopter toute proposition de ce genre nécessitée pour une majorité parlementaire.

Ce qui nous ramène au point de départ : La seule façon d’obtenir un gouvernement majoritaire stable serait qu’au moins un ou plusieurs partis fassent des compromis (c’est l’essence de la politique, non ?) sur au moins certaines de leurs promesses et de leurs impératifs électoraux.

La question est de savoir qui sera le premier à céder.

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