France : Mounir Mahjoubi, le ministre qui veut purger les réseaux sociaux
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France : Mounir Mahjoubi, le ministre qui veut purger les réseaux sociaux

Pour faire face à la flambée des actes antisémites, le jeune homme politique ambitionne d'extirper la haine qui envenime les réseaux sociaux

Le Secrétaire d'État auprès du ministre de l’Économie, chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi répond à des questions lors d'un entretien au ministère de l’Économie, à Paris, le 21 février 2019. (Crédit : BERTRAND GUAY / AFP)
Le Secrétaire d'État auprès du ministre de l’Économie, chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi répond à des questions lors d'un entretien au ministère de l’Économie, à Paris, le 21 février 2019. (Crédit : BERTRAND GUAY / AFP)

Un ministre français membre de la jeune garde « geek » du président Emmanuel Macron, Mounir Mahjoubi, ambitionne d’extirper la haine qui envenime les réseaux sociaux en pleine recrudescence d’actes antisémites en France.

Cimetières juifs profanés, effigies de victimes de la Shoah recouvertes de croix gammées, agression verbale contre un intellectuel juif : la France connaît « une résurgence de l’antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale », a récemment regretté le président Emmanuel Macron, après la publication de chiffres annonçant une flambée de 74 % des actes antisémites en 2018.

Après une manifestation contre l’antisémitisme qui a rassemblé des milliers de personnes à travers la France, le président avait annoncé le dépôt « en mai » d’une proposition de loi pour juguler racisme et antisémitisme sur le net.

En charge de ce combat, Mounir Mahjoubi, 34 ans, « geek » autodidacte né dans une famille de modestes immigrés marocains, tente de nettoyer les écuries d’Augias. Avec difficulté.

« Je suis très en colère contre eux », lâche-t-il dans un entretien à l’AFP, à propos de la plateforme Twitter, accusée d’ignorer les appels à travailler avec les autorités françaises pour filtrer les messages haineux.

« On va obliger les plate-formes (…) à avoir un dispositif » capable de déceler les contenus haineux avant même leur publication, avait-il récemment assuré sur franceinfo, promettant une « amende très importante » en cas de non-respect.

Mounir Mahjoubi, lui-même victime de messages haineux, notamment après avoir révélé son homosexualité l’an dernier, avait aidé à contrecarrer les tentatives de piratage qui avaient visé la campagne d’Emmanuel Macron pour la présidence en 2017.

Il avait ensuite rejoint le gouvernement, où il tente aujourd’hui de s’imposer comme le trait d’union entre le pouvoir et les « gilets jaunes » qui contestent la politique sociale et fiscale du gouvernement.

« Rien de concret »

« Bonjour, je suis Mounir Mahjoubi, accepteriez-vous qu’on discute… » : le 9 décembre, c’est ainsi qu’il avait fait irruption sur la page Facebook du « gilet jaune » Maxime Nicolle, lançant cette invitation aussi surprise que contestée.

M. Nicolle, qui chantait en faisant la quenelle, est une des figures les plus radicales de ce mouvement, qui s’oppose depuis plus de trois mois à la politique du président Macron. Il a notamment mis en doute le caractère « terroriste » de plusieurs attentats récents en France.

Le ministre et le « gilet jaune » se rencontreront sur un plateau télé, le 26 janvier. Peu avant, M. Mahjoubi avait partagé une journée de la vie de Céline, une « gilet jaune » divorcée dont le métier est d’assister des handicapés.

Le 1er janvier, il avait déjà pris la défense des « gilets jaunes » dans une tribune au quotidien Le Monde, disant « l’impérieuse nécessité d’une plus grande justice sociale et fiscale ».

Le ministre fait également le mea culpa du gouvernement. « On a continué avec notre langage parfois incompréhensible, parfois difficile, parfois même violent symboliquement, à faire que les gens avaient l’impression de se sentir humiliés », reconnaît-il auprès de l’AFP.

Quand il a l’occasion de parler aux « gilets jaunes », il vante les mérites du « grand débat national » lancé en janvier pour recueillir les doléances. Mais il sait que M. Macron ne peut pas se permettre de décevoir. « Si jamais on revient avec rien, qu’est-ce qui va se passer ? On ne peut plus rien faire pendant les deux dernières années du mandat ».

« Faites-nous confiance », assure-t-il. « A la fin du mois de mars, on va faire des propositions », promet celui qui fait campagne pour tenter d’obtenir l’investiture de LREM, le parti présidentiel, en vue de briguer en 2020 la mairie de Paris.

Le dialogue direct qu’il affectionne avec les « gilets jaunes », souvent accusés de violences et d’antisémitisme, fait cependant grincer des dents au sein d’un gouvernement qui prône plutôt la fermeté, sans réellement convaincre les « gilets » eux-mêmes.

« Les discussions avec lui ne donnent rien de concret. Il ne doit pas avoir de poids », a déclaré Maxime Nicolle auprès de franceinfo.

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