Francophones et candidats à la Knesset, pour quoi faire ?
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Francophones et candidats à la Knesset, pour quoi faire ?

Ils sont français d’origine et israéliens depuis des années et défendent, devant un public francophone, leur programme pour l’alyah et l’intégration des Olim

Vue de la Knesset lors d'un vote sur un projet de loi visant à dissoudre le Parlement, le 29 mai 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Vue de la Knesset lors d'un vote sur un projet de loi visant à dissoudre le Parlement, le 29 mai 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Ils sont français d’origine et israéliens depuis des années. Ils sont engagés en politique et même candidats à la Knesset. Pas toujours en position éligible, mais ils croient en un certain nombre d’idées. Celles du parti qu’ils défendent auprès des électeurs, et en particulier vis-à-vis des centaines de milliers de francophones titulaires du droit de vote en Israël. Bien qu’ils aient peu de chance de se faire élire, au vu de leur positionnement sur leur formation, ils multiplient les interventions en français sur les réseaux sociaux et les réunions dans les villes où les Israéliens venus de l’Hexagone sont nombreux : à Jérusalem, à Tel-Aviv, à Ashdod, à Netanya, à Raanana…

Devant ce public, ils développent en particulier leur programme pour l’alyah et l’intégration des olim. C’est un peu leur spécialité, et c’est aussi pour cela qu’ils sont présentés par leur parti.

Au vu des listes, on constate que les francophones sont présents sur celles de droite. Ce qui ne veut pas dire que les partis du centre ou de gauche se désintéressent de ces questions. Mais cela ne se traduit pas dans le choix de leurs candidats.

Katty Rojtman, responsable venue de Belgique de la section francophone de Kakhol lavan et porte-parole de ce parti, justifie ce point de
vue : « Nous considérons que les problèmes des olim sont ceux de tous les Israéliens, en particulier en ce qui concerne l’emploi et le logement ». Ce qui ne veut pas dire que son parti n’ait pas élaboré de programme spécifique pour les olim.

Katty Rojtman responsable francophone de Kakhol lavan. (Crédit : Facebook)

« Pour tous les nouveaux immigrants, quel que soit leur pays d’origine », insiste-t-elle, nous voulons renforcer l’enseignement de l’hébreu, clef de voûte de l’intégration dans la société israélienne, et d’abord sur le marché de l’emploi ». Elle préconise un apprentissage de la langue dès la constitution du dossier d’alyah, avant l’arrivée dans le pays : « Israël, champion de l’économie numérique pourrait mettre en place un enseignement en ligne performant ».

La question de la reconnaissance des diplômes a fait, selon elle, l’objet d’un traitement au cas par cas qui explique largement les retards et les lacunes. Elle propose donc une remise à plat de toutes les procédures qui n’ont pas encore abouti devant une commission ayant pouvoir décisionnel.
Il s’agirait de mettre fin au désordre ambiant et d’appliquer sur ce sujet important un principe simple : à niveau de formation égal, reconnaissance égale des compétences.

Marco Sarrabia, membre du comité directeur du Parti travailliste. (Crédit : Facebook)

Marco Sarrabia, membre du comité directeur du Parti travailliste (Avoda) rappelle qu’à la 20e place de la liste commune Gesher-Avoda figure Enrique Cymerman, journaliste d’origine portugaise parlant un excellent français.

Concernant l’alyah, le Parti travailliste insiste sur la nécessité de l’encourager en coordonnant les actions de l’Agence juive et celles des organisations de la diaspora comme les mouvements de jeunesse. A noter qu’aux yeux des travaillistes, la France doit faire partie des pays prioritaires en raison des dangers qui seraient encourus par les Juifs sur place.

Le Parti travailliste voudrait qu’une fois arrivés en Israël, les olim soient mieux traités, avec une meilleure coordination des actions de tous les ministères concernés (Intégration, Travail, Education …). Avec une approche plus politique, les partis de droite font figurer l’alyah parmi leurs objectifs stratégiques.

Pour renforcer la part des Juifs dans la population du pays selon les dirigeants du Likud et d’Yisrael Beytenu. Pour le nouveau parti Yamina, il s’agit aussi de peupler les territoires de l’autre côté de la Ligne verte.

Le leader de HaYamin HaHadash Naftali Bennett, à gauche, Yomtob Kalfon et Ayelet Shaked, à droite, lors d’une conférence de presse, le 19 février 2019 (Crédit : Porte-parole de HaYamin HaHadash)

Dans une vidéo enregistrée avec le candidat francophone Yomtob Kalfon, placé en 17ème position sur la liste [il était 8e au sein de Hayamin HaHadash], Naftali Bennett se pose en champion de l’alyah de France et déclare qu’il est possible de faire venir dans les prochaines années 100 000 Juifs en raison de la situation d’insécurité qui serait la leur dans l’Hexagone. [Ils avaient prévu 200 000 lorsqu’il était ministre des Affaires de la Diaspora] Nul doute que pour ces deux partisans des implantations et de l’annexion de la Judée-Samarie, cette arrivée massive conforterait leur projet d’installer 500 000 Juifs en Samarie. Ce qui, à leurs yeux, résoudrait à la fois la question de la présence juive dans cette région et celle de la crise du logement en offrant des possibilités d’achat ou de location à des prix très abordables, non loin du centre du pays.

Oliver Rafowicz (Crédit : Facebook

Olivier Rafowicz, candidat à la 16ème place sur la liste de Yisrael Beytenu, partage la même vision, mais pour lui, elle n’est pas exclusive d’un soutien à une meilleure intégration des olim dans tout le pays avec un effort particulier sur l’enseignement de l’hébreu avant l’alyah, la reconnaissance des diplômes et le soutien des retraités modestes.

A ceux critiquant la gestion du ministère de l’Intégration par son parti qui aurait favorisé les russophones au détriment des immigrants venus d’autres pays, il répond que c’est tout simplement la traduction d’une situation arithmétique : les russophones sont plus d’un million. En une trentaine d’années, leur arrivée massive a conduit à multiplier les structures d’accueil, et cet effort a été couronné de succès au vu de leur apport au développement du pays.

Il note que son parti, en le désignant, a souligné son intérêt pour l’alyah française, à la différence du Likud, qui en parle beaucoup, mais, une fois de plus, n’a pas placé de nouvel immigrant francophone sur sa liste.

Benjamin Lachkar, éternel candidat à la candidature n’a en effet pas été retenu par le parti au pouvoir. Il a néanmoins été nommé directeur de la campagne francophone de son parti en compagnie d’Hélène Mazouz, et multiplie les réunions électorales destinées aux francophones. D’autres candidats francophones figurent sur les listes de Shas (Yossi Taïeb en 12ème position) et d’Otzma Yehudit (Meïr Benayoun en 11ème position).

On trouve même une candidate francophone, Ilana Dambash, l’une des quatre épouses d’un mari en prison sur la liste d’un parti défendant la polygamie (Kama, pour « Droits individuels avancés » … qui signifie aussi en hébreu « plusieurs », cela ne s’invente pas !). Nul doute que les programmes concernant l’intégration de ces candidats intéresseront les électeurs francophones.

D’autant qu’il existe un relatif consensus sur les mesures à prendre comme le renforcement de l’enseignement de l’hébreu et la reconnaissance des diplômes. Mais on aura noté que les partis de la gauche et du centre ont une conception classique de l’alyah – une démarche personnelle des Juifs de diaspora – tandis que les partis de droite en font un objectif au service du nationalisme juif. Sur ce thème, les francophones, comme les autres Israéliens, se détermineront principalement en fonction de leur sensibilité politique. Une autre façon de s’intégrer.

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