Gadi Eizenkot sous le feu des critiques après avoir rencontré Ehud Barak
Rechercher

Gadi Eizenkot sous le feu des critiques après avoir rencontré Ehud Barak

L'armée a assuré qu'ils ont abordé des questions de sécurité ; le lendemain, l'ex-Premier ministre a mis en garde contre l'insubordination au sein de l'armée

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Gadi Eisenkot lors d'un toast en compagnie de  Gantz, Ehud Barak, et Yair Naveh, qu'il avait remplacé en tant que vice-chef d'état-major en 2015 (Crédit : porte-parole de l'armée israélienne/ Flash 90)
Gadi Eisenkot lors d'un toast en compagnie de Gantz, Ehud Barak, et Yair Naveh, qu'il avait remplacé en tant que vice-chef d'état-major en 2015 (Crédit : porte-parole de l'armée israélienne/ Flash 90)

Le chef d’état-major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot a essuyé les critiques de la droite et de la gauche mardi, après sa rencontre avec l’ex-Premier ministre Ehud Barak, fervent détracteur du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Mercredi dernier, Eizenkot a rencontré Barak à son domicile de Tel Aviv, situé à moins d’un kilomètre du bureau du chef d’état-major, dans les locaux du ministre de la Défense, selon un reportage de Hadashot.

Le reportage a fait remarquer que cette rencontre a lieu la veille d’une mise en garde de Barak sur les politiques actuelles de Netanyahu, qui, dit-il, visent à détruire la possibilité d’une solution à deux États, et causerait une insubordination massive au sein de l’armée.

« Le gouvernement le plus à droite de l’Histoire va déclencher l’opposition civile et la désobéissance des ordres des officiers de l’armée israélienne », a déclaré Barak au festival Banana annuel, dans la vallée du Jourdain.

L’ancien Premier ministre Ehud Barak lors d’une conférence de presse organisée par le Parti travailliste israélien, à Tel Aviv, le 29 janvier 2017. (Crédit : Flash90)

L’armée a rejeté les tentatives d’associer cette rencontre au discours de Barak, ainsi que les insinuations que la rencontre entre le chef d’état-major et Barak, qui était lui-même chef d’état-major et ministre de la Défense pendant 6 ans, était de nature inconvenante.

« Cette rencontre était une des nombreuses rencontres de routine organisées par le chef d’état-major depuis son entrée en fonction, avec d’ancien chefs d’état-major et officiers réservistes, sur toute une variété de sujets liés à l’armée et à la sécurité », a déclaré le porte-parole de l’armée israélienne, en réponse au reportage.

Barak a déclaré que cette rencontre n’a porté « que sur des questions de sécurité », et qu’elle n’avait « absolument rien à voir » avec son discours au Banana Festival sur Twitter. Il a ajouté à sa publication une vidéo d’un discours de 2016, dans lequel il tient des propos similaires sur l’insubordination.

Et pourtant, les commentateurs de l’ensemble de l’échiquier politique ont accusé Eizenkot de patauger dans un marécage partisan en rencontrant Barak, qui, selon certains, tente de revenir en politique.

La Vingtième chaîne, parfois décrite comme la Fox News israélienne, a diffusé une séquence dans son émission nocturne lundi soir, qui appelle à la démission d’Eizenkot.

« Il n’y a aucune raison qui justifie qu’il monte chez lui », a déclaré l’analyste politique Itamar Fleishman, suggérant qu’Eizenkot complotait avec Barak pour faire tomber le Premier ministre. « Je ne comprends pas comment Eizenkot est toujours chef d’état-major après cette rencontre. »

Dans l’éditorial d’Haaretz, Amos Harel a déclaré que les détails de cette rencontre « mettent mal à l’aise ».

Tout en remettant en cause ce qui établissent un lieu entre la rencontre et le discours du lendemain, Harel écrit qu’il « aurait été mieux qu’un proche le mette en garde plus tôt », qualifiant cette rencontre d’ « erreur politique ».

Les politiques ont évité de s’exprimer sur cette rencontre. Le bureau du Premier ministre et le porte-parole du Likud ont refusé de répondre au Times of Israel à ce sujet.

Le chef du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, cependant, a écrit sur Twitter « le cabinet de sécurité accorde toute sa confiance au chef d’état-major Eizenkot », ajoutant que les entretiens avec les experts de la sécurité sont « importants et sont les bienvenus ».

Le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot, au centre, visite la division de Gaza avec le colonel Yaakov “Yaki” Dolef et le chef du Commandement du Sud, le général Eyal Zamir, dans le sud d’Israël, le 30 août 2016. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Au fil de l’année écoulée, Barak s’est révélé être un détracteur virulent de Netanyahu, avec ses tirades lancées contre le Premier ministre et la coalition au pouvoir sur Twitter, à la radio et à la télévision.

Au début du mois, il a condamné très fermement les politiques de Netanyahu dans un éditorial acerbe paru dans le New York Times, arguant que le gouvernement actuel mettait en danger le projet sioniste dans son ensemble en prenant la direction de l’annexion de la Cisjordanie, « écartant toute séparation permanente avec les Palestiniens ».

Barak a également accusé le gouvernement Netanyahu de faire preuve d’un manque de respect généralisé pour l’état de droit, et a affirmé qu’il a « déclaré la guerre » aux tribunaux, aux médias, à la société civile, et au code éthique de l’armée israélienne.

« Après toutes les grandes réalisations d’Israël durant ses sept décennies d’existence en tant qu’État, notre pays voit maintenant son avenir, son identité et sa sécurité sévèrement menacés par les caprices et les illusions du gouvernement ultra-nationaliste du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré Barak. Durant plus de trois ans au pouvoir, ce gouvernement a été irrationnel, à la limite du messianisme. La direction qu’il prend est maintenant de plus en plus claire [et consiste en] l’annexion rampante de la Cisjordanie. »

Barak a été le chef d’état-major le plus longtemps en poste, et le soldat le plus décoré du pays avant de devenir Premier ministre en 1999, remportant les élections face à Netanyahu.

Après sa défaite face à Ariel Sharon en 2001, il s’est momentanément retiré de la vie politique, mais est revenu au sein du parti travailliste en 2005. Il a été ministre de la Défense de 2007 à 2013, les quatre dernières années, sous Netanyahu.

En 2011, il a quitté le parti travailliste avec quatre autres députés, pour former le parti de l’Indépendance (qui aura une durée de vie assez courte), pour rester dans la coalition de Netanyahu, malgré l’opposition du parti travailliste. Le parti a été dissous en 2013, quand Barak a quitté la vie politique.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...