Harcelée par des activistes radicaux, Lucy Aharish répond à Benjamin Netanyahu
Qualifiant "d'impardonnable" ce que son fils de 5 ans a vécu, la journaliste arabe israélienne accuse le Premier ministre d'être responsable des provocations répétées contre les critiques du gouvernement
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Au lendemain de l’arrivée d’une quinzaine de radicaux devant le pas de sa porte, la journaliste arabe israélienne Lucy Aharish a estimé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu en était responsable et que ses « sbires » finiraient un jour par se retourner contre lui.
« Il admettra sans doute, sous la pression, que ce n’est pas sa façon d’agir. Mais c’est précisément sa façon d’agir », a déclaré Aharish dimanche lors d’une allocution diffusée pendant son émission sur la Treizième chaîne.
« Le balcon de Kikar HaZion, c’est ici et maintenant », a-t-elle poursuivi, faisant référence au discours prononcé par Netanyahu, alors chef de l’opposition, lors d’un rassemblement de droite contre les Accords d’Oslo, à Jérusalem en 1995, un mois avant qu’un terroriste juif n’assassine le Premier ministre Yitzhak Rabin pour avoir œuvré en faveur de la paix avec les Palestiniens.
Les détracteurs de Netanyahu l’accusent souvent d’avoir toléré les appels au meurtre de Rabin lors de ce rassemblement.
« C’est encore vous », a ajouté Aharish.
« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui ne voit pas, n’entend pas, ne sait pas ce qui se passe sous son nez, ne sait pas ce qu’il a lui-même provoqué par ses actes, ses paroles et son silence. »
« Vous, monsieur, êtes coupable. Et tant que vous n’aurez pas rappelé vos sbires – et ils sont nombreux – vous serez le chef de cette meute » a déclaré Aharish.
« Un jour, ces sbires viendront frapper à votre porte. Qui sait quand ils se retourneront contre vous ? »
Aharish affirme que l’idéologie de droite défendue par ces voyous est une honte pour les prédécesseurs de Netanyahu à la tête du parti Likud, ainsi que pour Zeev Jabotinsky, le précurseur du parti avant la création de l’État.
Elle a notamment fait remarquer que si l’ancien Premier ministre du Likud, Yitzhak Shamir, boycottait les discours de Meïr Kahane à la Knesset, le gouvernement Netanyahu compte parmi ses membres des disciples de ce rabbin raciste dont le parti, Kach, a été interdit en 1985 en vertu d’une loi interdisant à toute personne incitant au racisme de se présenter à des élections.
« Voici votre droite, Netanyahu : violente, censurée, intimidante et incitant à la haine. La droite qui a embrassé l’héritage de Kahane et lui a donné le gouvernement. »
Samedi soir, un groupe d’hommes mené par l’activiste radical Mordechaï David – qui a harcelé à maintes reprises les détracteurs du gouvernement et qui a été salué par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, – est entré dans l’immeuble d’Aharish, à Tel Aviv, muni d’un mégaphone, et l’a harcelée devant sa porte.
David et un autre membre du groupe, identifié par Haaretz comme étant le militant du Likud Rami Ben-Yehuda, ont été arrêtés pour intrusion et trouble à l’ordre public, puis relâchés et interdits d’approcher le domicile d’Aharish ou de la contacter pendant quatorze jours.
Aharish a expliqué dimanche sur la Treizième chaîne qu’une foule s’était rassemblée devant la porte de son appartement au moment où son époux, le comédien et chanteur Tsahi Halevi mettait leur fils Adam, 5 ans, au lit. Selon ses dires, ce groupe scandait notamment « Bibi est roi ».
« Tsahi et moi avons sursauté quand Adam nous a demandé : ‘Pourquoi les gens crient-ils devant la porte ?’ », a raconté Aharish.
« Nous lui avons répondu que quelqu’un avait été blessé en bas et que maman et papa essayaient de l’aider. »
« Puis il m’a vue m’effondrer et m’a dit : ‘Ne pleure pas, maman. Tout va bien, je suis là’ », a-t-elle ajouté.
« Mon enfant de 5 ans doit-il calmer sa mère ? », s’est exclamée Aharish.
« Il n’y a pas de pardon pour ce que mon enfant a vécu hier. »
Elle a juré de poursuivre « chacun » des individus qui se sont présentés à son domicile.
Ce n’était pas la première fois que sa famille était harcelée dans son quartier, a-t-elle ajouté.
Elle a raconté qu’il y a une semaine, alors que Halevi se trouvait au supermarché avec leur fils, deux personnes se sont approchées et lui ont demandé s’il « ne comprenait pas que la droite était la seule solution », avant d’ajouter : « Nous ne comprenons pas comment vous pouvez vivre dans ce quartier. »
Aharish a qualifié son mari de « héros d’Israël » qui n’a jamais manqué un seul jour de service de réserve depuis qu’elle le connaît, et qui s’est précipité vers la région frontalière de Gaza pour combattre les terroristes du Hamas, quelques minutes à peine après le début du pogrom le 7 octobre 2023. Il est en effet largement reconnu pour avoir sauvé la vie de dizaines de personnes.
En raison de sa position très en vue, Aharish a reçu de multiples appels à l’aide de la part de personnes piégées lors de l’assaut barbare et sanglant, et aurait aidé à diriger les forces pour les atteindre et les secourir.
Aharish a précisé que personne de la coalition Netanyahu ne l’avait appelée depuis l’incident de samedi.
Si quelque chose lui arrive, à elle, à sa famille ou à d’autres journalistes, a-t-elle ajouté, « le sang sera sur les mains de ceux qui sont restés silencieux, sur les mains de ceux qui se trouvent à nouveau sur ce balcon ».
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