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Herzog veut expurger la campagne de « l’extrémisme » et de la « violence »

Le président, « préoccupé et inquiet », appelle à la modération alors que se multiplient altercations entre militants et récriminations politiques, sur fond d’extrême polarisation

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le président Isaac Herzog lors de Selichot à sa résidence officielle, à Jérusalem, le 28 septembre 2022 (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)
Le président Isaac Herzog lors de Selichot à sa résidence officielle, à Jérusalem, le 28 septembre 2022 (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Le président Isaac Herzog a condamné, mercredi, les manifestations d’extrémisme politique et les violences a l’œuvre dans l’ensemble du spectre politique israélien, appelant dirigeants et électeurs à rechercher l’apaisement, au risque d’une terrible escalade à l’approche des élections de novembre.

Rejetant les violences verbales au même titre que les altercations physiques, le président a imploré les Israéliens et leurs dirigeants de « ne pas laisser les voix de l’extrémisme et de la violence nous conduire vers un abîme de haine » et déclaré que « nous ne devons pas considérer ceux qui pensent différemment de nous comme des ennemis ».

« Je suis préoccupé et inquiet. Les incidents violents de ces derniers jours et semaines m’empêchent de dormir », a ajouté Herzog lors des Selichot organisées à sa résidence officielle de Jérusalem. Les Selichot sont des prières pénitentielles dites avant Yom Kippour, le jour de l’expiation.

Dernièrement, un militant salarié du Likud a frappé un ancien militaire qui manifestait contre le dirigeant du Likud, Benjamin Netanyahu, et le maire de Ramat Gan a, pour sa part, refusé de retirer une affiche électorale provocatrice qui demandait, en guise de prière pour le Nouvel An juif,
d’« expulser nos ennemis », en référence à trois députés arabes.

Les propos de Herzog relèvent à la fois de la politique et de la religion.

À 34 jours seulement du cinquième scrutin national en moins de quatre ans, Israël entre bientôt dans les jours les plus sombres du calendrier juif. Les dix jours entre le début de l’année juive – Rosh HaShana – et Yom Kippour, mardi prochain, sont considérés comme des jours de réflexion spirituelle et de repentance.

Mercredi était également le jour du jeûne de Gedaliah, qui commémore l’assassinat politique du gouverneur juif de la Judée biblique.

Herzog n’a pas hésité à établir un parallèle entre les deux époques, expliquant que les regains de violence verbale « ne restaient jamais en l’état » et que les insultes étaient promptes à se transformer « en poings fermés, agressions, effusions de sang ».

Rami Ben Yehuda, militant du Likud, frappe le colonel à la retraite, Rami Matan, sur un pont près de Jérusalem, le 24 septembre 2022. (Capture d’écran : Twitter, utilisé conformément à l’article 27a de la Loi sur le droit d’auteur)

« Je ne peux pas m’empêcher de me demander : quelle est la suite ? Des coups de couteaux? Des armes à feu ? Des morts ? » a questionné Herzog, rappelant « nous avons déjà vécu tout cela ».

Allusion claire à l’un des cas les plus dramatiques de violence politique en Israël, lorsque le Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, a été assassiné par l’extrémiste juif Yigal Amir, en 1995.

Menaces politiques et polarisation étaient à leur paroxysme avant l’assassinat de Rabin, lorsque gauche et droite se disputaient la forme de l’État, à l’ombre des accords d’Oslo et d’une autonomie palestinienne accrue.

« Avant d’envoyer un nouveau message violent, avant de déverser votre haine sur Twitter, avant de vous battre, d’agresser, de frapper – arrêtez ! Ne venez pas plus tard demander pardon ou présenter des excuses – arrêtez maintenant », a imploré le président.

Herzog a invité politiciens et électeurs de tous bords à se comporter avec « modération et responsabilité », dans cette période préélectorale tendue.

Le président ne s’était, avant mercredi, jamais exprimé aussi fortement sur la question des élections.

Herzog et Rabin ont en commun d’avoir dirigé Avoda, mais la fonction présidentielle qu’assume Herzog l’autorise seulement, sur le plan politique, à demander au chef du parti vainqueur de former un gouvernement à l’issue des élections.

Le leader du parti Otzma Yehudit et le député Itamar Ben Gvir s’adressant aux étudiants du lycée Blich, à Ramat Gan, le 20 septembre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Néanmoins, Herzog se serait entretenu avec des députés, ces dernières semaines, pour exprimer sa détermination à aider à former un gouvernement d’unité à l’automne.

Le climat actuel ne joue pas en sa faveur. Parmi les « violences
verbales » évoquées par Herzog on compte « des accusations de trahison, des comparaisons avec les nazis, des menaces et des malédictions, á la fois dans la sphère publique et sur les réseaux sociaux ».

Les partis de droite ont déclaré que certains Arabes et leurs politiciens étaient « déloyaux », le chef d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a comparé Netanyahu au propagandiste nazi Joseph Goebbels, une émission humoristique populaire a comparé le politicien d’extrême droite Itamar Ben Gvir à Adolf Hitler, le dirigeant travailliste Merav Michaeli a déclaré que Ben Gvir « détruisait » le pays. Il n’est rien de dire que la boue et les accusations se sont déversées, sans épargner aucun parti.

L’unité est un thème cher à la présidence d’Herzog, qui a souligné que les fractures politiques devaient être apaisées, dans la mesure où « nous sommes tous ici ensemble, et [que] personne ne va aller ailleurs ».

« Prouvons que nous sommes capables de prendre des décisions importantes sans mettre à bas notre maison commune. Rappelons-nous que nous avons un pays dans lequel nous continuerons à vivre, ensemble, le lendemain des élections », a conclu le président.

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