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Heurts entre les manifestants et la police après des manifestations consacrées aux femmes otages

Deux manifestations ont eu lieu à courte distance l'une de l'autre samedi soir à Tel Aviv à l'occasion de la Journée internationale des droits des Femmes ; les manifestants anti-gouvernement ont affronté la police

La police utilise des canons à eau contre les manifestants bloquant l'autoroute Ayalon à Tel Aviv, le 9 mars 2024. (Crédit : Adar Eyal/Israeli Pro-Democracy Protest Movement)
La police utilise des canons à eau contre les manifestants bloquant l'autoroute Ayalon à Tel Aviv, le 9 mars 2024. (Crédit : Adar Eyal/Israeli Pro-Democracy Protest Movement)

Les opposants au gouvernement, qui s’étaient rassemblés à Tel Aviv, ont renversé les barrières de la police et bloqué les principales artères de circulation, samedi soir, tout en appelant à des élections immédiates en Israël. La police a utilisé la force pour les disperser.

Ces affrontements ont suivi deux manifestations distinctes qui ont chacune attiré des milliers de personnes, à un bloc d’immeubles seulement l’une de l’autre.

Elles avaient été organisées aux abords du siège de Tsahal, la Kirya, à Tel Aviv. Un mouvement de protestation des opposants au gouvernement se tenait ainsi rue Kaplan – la rue où ont lieu les manifestations dénonçant le projet de refonte radicale du système judiciaire qui était avancé par le gouvernement, l’année dernière. L’autre regroupement massif, à étroite proximité, était consacré aux otages kidnappés par le Hamas, le 7 octobre, et était organisé sur la place qui se trouve devant le musée d’art de Tel Aviv, où se réunissent les familles des captifs et leurs soutiens depuis 22 semaines. Cet espace est aujourd’hui connu sous le nom de Place des Otages.

Pendant plusieurs mois, la guerre et le traumatisme entraîné par l’attaque du Hamas ont poussé à la marge les divisions politiques qui, selon de nombreuses personnes, ont menacé de déchirer la société israélienne pendant toute l’année 2023. Le projet de réforme du système de la justice du gouvernement, cette année-là, a entraîné un mouvement de protestation tempêtueux dans tout le pays. Ces clivages ont toutefois fait leur réapparition dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre et elles culminent dorénavant pendant ces manifestations qui revendiquent leur caractère politique, le samedi soir.

À la fin du rassemblement anti-gouvernement, des centaines de personnes sont passées outre les barrières installées par la police, rue Begin, et ont marché vers le nord avec à la main des torches et des drapeaux israéliens. Ils ont bloqué la route et, en criant, avec des sifflets et des cornes de brume, ils ont réclamé des élections immédiates.

Des dizaines de protestataires ont aussi bloqué l’autoroute Ayalon, à proximité, avant d’être dispersés par les policiers qui ont utilisé des canons à eau. Plusieurs manifestants ont été arrêtés, notamment un homme soupçonné d’avoir lancé une torche en direction des agents.

Avant les blocages de route et les affrontements avec la police, la manifestation anti-gouvernementale a été marquée par l’intervention de participants qui ont mis l’accent sur le sujet des femmes, dans le sillage de la Journée internationale des droits des femmes qui avait lieu la veille.

La police utilise des canons à eau contre les manifestants bloquant l’autoroute Ayalon à Tel Aviv, le 9 mars 2024. (Crédit : Adar Eyal/Israeli Pro-Democracy Protest Movement)

Gal Alkalai, réserviste des forces spéciales qui, en 2018, est devenue la première femme à être diplômée de l’un des programmes d’élite de recherche et de secours de l’armée, a indiqué dans son discours que « les pays qui échouent dans la manière dont ils traitent les femmes sont eux-mêmes destinés à être en échec ». Alkalai faisait là référence à la réduction des fonds versés par le gouvernement au Forum Michal Sela, qui combat les violences conjugales. La conduite des femmes soldats, le 7 octobre et pendant la guerre, « a prouvé une bonne fois pour toutes » que les femmes peuvent occuper n’importe quelle fonction au sein de Tsahal, a-t-elle dit.

Les femmes ont également occupé une place prépondérante au rassemblement organisé Place des Otages – les organisateurs de la manifestation, le Forum des Familles d’otages et de portés-disparus, affirment que leur regroupement est non-partisan et qu’il se consacre uniquement au rapatriement des 134 captifs actuellement retenus à Gaza. Les proches des 19 femmes qui n’ont pas encore été libérées par le Hamas ont pris la parole devant l’assistance.

À la demande de la maîtresse de cérémonie de la manifestation, l’actrice Yael Abecassis, des milliers de femmes, se tenant la main, ont prié pour le retour des captives et des 115 autres otages. « Peut-être que c’est étrange et peut-être que c’est trop intime, mais prenons-nous la main et envoyons ainsi de la force à nos sœurs à Gaza », a déclaré Abecassis.

Agam Goldstein, 17 ans, détenue pendant plus de 50 jours avant de recouvrer la liberté lors d’un échange de prisonniers qui a eu lieu à l’occasion d’une trêve survenue à la fin du mois de novembre, a critiqué – ce qui est rare – le mouvement de protestation des opposants au gouvernement qui, depuis plusieurs semaines, est organisé en même temps que celui qui est dédié aux otages.

Agam Goldstein-Almog, otage remise en liberté, s’exprime dans un documentaire consacré aux abus sexuels commis par le Hamas. (Capture d’écran/utilisé conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

« Je ne prévoyais pas de dire ça mais alors que j’étais en train d’arriver ici, j’ai vu l’autre manifestation et je me suis sentie triste », a expliqué Goldstein. « Pas parce que je suis contre. Je pense seulement que ce n’est pas le moment. Les otages sont notre priorité absolue et c’est un sujet qui nous unit tous. »

De nombreux participants du rassemblement pour les otages ont aussi pris part ensuite, malgré tout, au regroupement qui se tenait à proximité. Les organisateurs des manifestations pour les otages disent que ces dernières – où des critiques dures du gouvernement peuvent être énoncées par les intervenants – sont non-partisanes. Avec les paroles de Goldstein, il semble que ce soit la première fois qu’une personnalité amenée à prendre la parole sur la Place des Otages émette une critique sur le mouvement de protestation organisé à quelques centaines de mètres de distance.

Goldstein s’est adressée au Hamas en arabe, disant que « s’il vous reste ne serait-ce qu’une once d’humanité, libérez les otages ». Elle a ajouté, en hébreu : « On m’a enseigné que l’islam croit à la nécessité d’apporter du bien dans le monde et qu’il s’oppose aux mauvaises actions. Il y a, dans le Coran, des versets imposant aux hommes de traiter décemment les femmes et il y a aussi des versets commandant de faire preuve de respect à l’égard des otages. »

Shiri Bibas (au centre) et ses fils Ariel, 4 ans, et Kfir, dix mois, enlevés par des terroristes du Hamas, au kibboutz Nir Oz, le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

Ofri Levy a fondu en larmes pendant son discours en se souvenant comment sa belle-sœur, Shiri Bibas, « a défendu ses fils de son propre corps » face aux terroristes du Hamas qui ont enlevé les deux jeunes garçons et leurs parents, le 7 octobre.

« Shiri, ma chérie, ton rire unique nous manque, t’asseoir avec toi en regardant les enfants chahuter nous manque », a dit Levy lors de la manifestation organisée sur la Place des Otages. La famille Bibas — Ariel, quatre ans, et son frère Kfir, un an, Shiri et son époux Yarden – a été kidnappée au kibboutz Nir Oz. Cet enlèvement, qui a été filmé, et l’image de Shiri serrant ses deux enfants, entourés par les terroristes, sont devenus emblématiques de la tragédie des otages.

Shira Albag, la mère de Liri Albag, qui a eu 19 ans en captivité, le mois dernier, a indiqué que le Shabbat « n’est plus le Shabbat » sans les rires et sans les petits plats préparés par sa fille.

Simona Steinbrecher (au centre), avec d’autres proches d’otages sur la scène du rassemblement hebdomadaire de la Place des Otages de Tel Aviv, le 9 mars 2024. (Crédit : The Hostages and Missing Families Forum)

Simona Steinbrecher, dont la fille Doron, 30 ans, a été enlevée par le Hamas au kibboutz Kfar Aza, a noté que sa fille « a de jolis yeux qui sourient, elle a les cheveux blonds, elle a un amour infini pour les personnes comme pour les animaux… Elle mérite également cette Journée des droits des femmes ».

Dénoncer le silence

Des mouvements de protestation de taille plus modeste ont attiré des milliers de participants supplémentaires dans tout le pays.

Des centaines de personnes sont allées à une manifestation à Jérusalem, qui était organisée devant la résidence du Premier ministre. Les intervenants ont critiqué à la fois le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu et les organisations internationales qui, selon eux, détournent toutes le regard face au drame vécu par les otages.

Gail Shoresh, ancienne responsable au sein du Mossad, s’est présentée à la tribune de Jérusalem sous une bannière à l’effigie des 19 femmes encore retenues en captivité à Gaza. Prenant la parole devant les centaines de personnes présentes, elle a fustigé « le silence des organisations internationales de défense des droits des femmes et des droits humains en général ». Elle a vivement recommandé aux dirigeantes et aux décisionnaires de sexe féminin, dans le monde entier, « de dénoncer le terrorisme sexuel du Hamas » et d’utiliser « tous les moyens de pression politiques, économiques et juridiques à leur disposition pour permettre à tous les otages de revenir à la maison et de poursuivre tous les terroristes devant la justice ».

L’ex-responsable du Mossad Gail Shoresh s’adresse aux soutiens des otages lors d’une manifestation à Jérusalem, le 9 mars 2024. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Lors de ce mouvement de protestation à Jérusalem, des critiques du gouvernement sur des questions sans lien avec les captifs et avec la guerre à Gaza ont aussi été émises.

Évoquant la décision prise, cette année, par le ministre de l’Éducation Yoav Kisch de limiter la remise du Prix d’Israël, l’universitaire Haim Weiss l’a accusé « d’aliéner le milieu académique israélien » et de « porter atteinte à son pouvoir et à son statut au sein d’Israël et dans le monde ».

Kisch a décidé de réduire le Prix d’Israël à deux catégories liées à la guerre pour cette édition 2024. Les prix seront décernés dans deux nouvelles catégories créées spécialement pour marquer le conflit : « La responsabilité sociétale » pour les efforts civils et les initiatives de bénévolat, et « L’héroïsme citoyen » pour les actes de bravoure de civils pour venir en aide à autrui en situation de crise. L’une des catégories traditionnelles, le Prix de l’Entrepreneuriat, devait être remis à Eyal Waldman, fondateur du réseau informatique M Danellanox et critique fervent du gouvernement Netanyahu. Sa fille, Danielle, a été tuée lors du massacre perpétré par les terroristes du Hamas qui ont franchi la frontière, le 7 octobre, une attaque qui a fait 1 200 morts du côté israélien.

Vingt jours plus tard, Israël a lancé une offensive terrestre qui est encore en cours contre le groupe terroriste au pouvoir dans la bande de Gaza, et qui aurait entraîné la mort de plus de 30 000 Palestiniens, selon des statistiques du Hamas qui ne peuvent être vérifiées. L’État juif a noté avoir tué 13 000 terroristes environ dans le cadre de ces combats.

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