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Il y a 80 ans, 11 résistants du groupe Elie étaient fusillés au Mont-Valérien

Vendredi, un hommage leur a été rendu à Brest. Les membres du groupe Elie sont considérés comme les premiers Résistants

Le mémorial et le fort du Mont Valérien
( Crédit : Remi Jouan, CC-BY-SA-2.5 )
Le mémorial et le fort du Mont Valérien ( Crédit : Remi Jouan, CC-BY-SA-2.5 )

Leur combat commence à l’automne 1940. Louis-Jean Elie, 35 ans, garagiste brestois, sympathisant du Parti social Français du colonel de La Rocque, refuse la capitulation et décide de recruter des amis, des connaissances, ceux qui partagent sa révolte contre l’occupant.

« C’est une genèse particulière. D’abord parce qu’ils sont les premiers, et puis parce que ce groupe n’est pas monté par un émissaire venu de Londres, comme c’était fréquent. Ici, ce sont des gars du coin, des copains de boulot, des copains de quartier, » explique Gildas Priol, qui anime le site Mémoires des Résistants et FFI du Pays de Brest, cité par le site France 3 Bretagne.

« Ils sont issus pour l’essentiel des réseaux d’une droite nationale, catholique, sociale et populaire », relève l’historien François Prigent, qui a notamment co-dirigé « La Bretagne en portrait(s) de groupe ».

Louis-Jean Elie fédère et parvient à réunir 70 personnes, dont beaucoup habitent le quartier Saint Martin de Brest, environ. Déçus par le maréchal Pétain, et alors que juin 40, Brest et son arsenal sont aux mains des Allemands et de la Kriegsmarine, ces hommes et ces femmes prennent les armes pour résister à l’occupation allemande. Chacun met à profit ses qualités respectives, comme par exemple Georges Bernard, journaliste à Ouest-éclair, surnommé « le rédacteur » ou Robert Busillet qui travaillait dans un studio de photographie.

« A l’automne, le groupe va commencer par récupérer des armes, et puis aider des prisonniers de guerre détenus, dans des camps de travail à s’enfuir. Louis-Jean Elie prône une lutte franche et directe, » confie Gildas Priol, toujours cité par France 3 Bretagne.

« En janvier 1941, il participe à l’exécution de deux Allemands dans la rue Kerfautras. Suit en février l’attaque d’une batterie DCA. En mars, la tentative d’évasion de 9 personnes à la prison de Pontaniou, » ajoute Priol.

Le groupe, qui s’est illustré pendant six mois, a notamment aidé des parachutistes anglais, organisé une opération pour libérer des prisonniers de Pontaniou et attaqué la batterie DCA allemande de la rue Carnot.

« Leurs opérations se soldaient bien souvent par des échecs », poursuit Gildas Priol, mais ils faisaient avec les moyens du bord. Ils n’étaient pas des agents secrets, juste des Brestois qui refusaient l’occupation. On leur attribue aussi parfois un coup d’éclat, en avril 41. L’incendie de l’Hôtel continental, un QG allemand. Mais là-dessus, les versions diffèrent, et je suis très prudent. »

C’est lors d’une de ces opérations, le 28 avril 1941, précise le Maîtron, dictionnaire biographique des Fusillés, que se joua le destin du groupe, lors d’une bagarre dans un café de la rue Louis-Blanc avec plusieurs soldats allemands.

« Si tous parvinrent à s’échapper, la Gestapo, par l’arrestation d’un suspect, mit ensuite la main sur une liste de noms dont plusieurs des membres du groupe Élie, qui furent arrêtés les uns après les autres dont Louis-Jean Élie le 15 mai 1941 à son domicile vers 13h30. Torturé lors de ses interrogatoires, il eut les deux jambes brisées, » indique Le Maîtron.

En mai 1941, le groupe est démantelé. 38 membres sont arrêtés par l’Aussenkommando puis détenus à la prison du Bouguen. Louis Élie et ses camarades de Résistance sont transférés à la prison de Fresnes. Après des mois d’attente et de torture, accusés de « menées gaullistes », d’aide à l’ennemi et d’espionnage, onze d’entre eux seront condamnés à mort.

Emmenés au Mont Valérien à Suresnes, ils sont exécutés dans l’après-midi du 10 décembre 1941. Depuis, ils ont reçu la croix de guerre 1939/1945 et la médaille de la Résistance à titre posthume. En 1945, une rue brestoise a été rebaptisée en leur mémoire. Il s’agit de la rue des Onze martyrs.

Une vingtaine d’autres membres du groupe ont été déportés. Cinq n’en sont pas revenus. Vendredi, une cérémonie leur a rendu hommage à Brest.

Des graffitis contre le pass sanitaire sur le mémorial de la Seconde Guerre mondiale du Mont Valérien à Suresnes, près de Paris, le 13 décembre 2021. (Capture d’écran : Twitter)

Le Mont Valérien, monument inauguré en 1960 à la mémoire des résistants et des combattants français de la Seconde Guerre mondiale et où le dernier compagnon de la Libération Hubert Germain a récemment été inhumé, a été vandalisé dans la nuit de dimanche à lundi par une imposante inscription « Anti Pass », avec les deux « s » dessinés pour ressembler au sigle nazi « SS », ont annoncé les autorités.

Le président français ainsi que des ministres ont fustigé cette « souillure ».

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