Firmes blacklistées par l’ONU: Pompeo dénonce un « parti-pris anti-Israël »
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Firmes blacklistées par l’ONU: Pompeo dénonce un « parti-pris anti-Israël »

Le secrétaire d'Etat s'est dit "scandalisé" par la diffusion de la liste noire des entreprises travaillant avec les implantations, appelant à contrer cette "facilitation" de BDS

La haute-commissaire des droits de l'Homme Michelle Bachelet pendant une réunion avec le ministre de l'Education du Venezuela Aristóbulo Istúriz au ministère des Affaires étrangères de Caracas, le 20 juin 2019 (Crédit : AP Photo/Ariana Cubillos)
La haute-commissaire des droits de l'Homme Michelle Bachelet pendant une réunion avec le ministre de l'Education du Venezuela Aristóbulo Istúriz au ministère des Affaires étrangères de Caracas, le 20 juin 2019 (Crédit : AP Photo/Ariana Cubillos)

Le plus haut diplomate américain a exprimé jeudi son indignation face à la publication par la cheffe du Haut-commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies d’une liste noire des entreprises faisant du commerce avec les implantations israéliennes en Cisjordanie.

La publication de cette liste ne fait que « confirmer le parti-pris anti-israélien acharné qui domine si fortement à l’ONU », a dit Mike Pompeo dans un communiqué diffusé par le Département d’Etat.

« Je suis outré que la Haute-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet, ait publié une liste des sociétés opérant dans les territoires contrôlés par Israël », a ajouté Pompeo. « Cela fait longtemps que les Etats-Unis s’opposent à la création ou à la diffusion de cette base de données, qui avait été commanditée par une commission des droits de l’Homme qui s’était discréditée en 2016 ».

Il a ajouté que les Etats-Unis ne coopéreraient pas à l’initiative prise par l’agence de l’ONU « d’isoler Israël ».

« Les Etats-Unis n’ont jamais fourni – et ils ne fourniront jamais – d’informations au bureau du Haut-commissaire pour aider à mettre en place ces listes et ils expriment leur soutien aux firmes américaines qui y sont référencées. Nous appelons tous les membres de l’ONU à nous rejoindre pour rejeter cette initiative qui facilite la campagne discriminatoire BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) et qui ôte sa légitimité à Israël », a-t-il continué.

« Les tentatives visant à isoler Israël vont à l’encontre de tous nos efforts visant à mettre en place des conditions favorables à des négociations entre les Israéliens et les Palestiniens, susceptibles de mener à une paix totale et durable », a-t-il ajouté.

La Haute-commissaire aux droits de l’Homme des Etats-Unis Michelle Bachelet à l’ouverture de la 40è session du conseil des droits de l’Homme de l’ONU, à Genève, le 25 février 2019 (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

L’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, a également critiqué avec force la diffusion de cette liste, écrivant sur Twitter qu’elle s’apparentait à « une nouvelle tache dans le dossier de parti-pris anti-israélien réfléchi déjà terni des Nations unies. Commissaire Bachelet, si votre objectif est réellement de faire avancer les droits de l’Homme, alors vous avez eu tout faux ! »

La Haute-commissaire des Nations unies avait révélé mercredi de manière inattendue la liste de 112 entreprises faisant du commerce avec les implantations israéliennes.

Quatre-vingt-quatorze des 112 entreprises figurant sur la liste sont israéliennes, comprenant toutes les grandes banques, les sociétés de transport public Egged et Israel Railways Corporation, et les géants des télécommunications Bezeq, HOT et Cellcom. Elle répertorie également des entreprises de taille moyenne telles que la chaîne de restaurants Café Café et Angel Bakeries.

Sur les 18 sociétés étrangères, six sont basées aux États-Unis, quatre aux Pays-Bas, trois au Royaume-Uni, trois en France, une au Luxembourg et une en Thaïlande. Il s’agit de Motorola, Airbnb, Trip Advisor, Expedia et General Mills (USA), Alstom (France) et Greenkote (Royaume-Uni).

Israël avait réagi avec colère à la publication de la liste, dénonçant âprement l’instance de l’ONU chargée de la mettre en place et jurant de protéger les intérêts financiers israéliens.

Pour leur part, les Palestiniens avaient célébré une « victoire pour le droit international ».

The UN Human Rights Council (photo credit: CC-BY US Mission Geneva, Flickr)
Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, à Genève (Crédit : UN/Jean-Marc Ferré)

Au mois de mars 2016, le haut-commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies, basé à Genève, avait adopté une résolution appelant à la création d’une base de données faisant la liste des « activités entraînant des inquiétudes particulières en termes de droits de l’Homme » dans les territoires palestiniens. Ces activités avaient été définies comme la fourniture de matériel et de services soutenant l’expansion des implantations israéliennes – ou aidant à les maintenir.

Les autres activités ayant déterminé le placement de firmes sur la liste avaient compris l’utilisation des ressources naturelles de la Cisjordanie, « en particulier l’eau et les terres », la pollution des villages palestiniens et la « captivité des marchés financiers et économiques palestiniens ainsi que les pratiques désavantageant les entreprises palestiniennes, notamment par le biais de la restriction des déplacements et des contraintes légales et administratives ».

Cela faisait des années que le Royaume-Uni et les Etats-Unis tentaient de bloquer la publication de cette liste noire. De nombreux autres pays étaient également défavorables à sa révélation. La raison pour laquelle elle a été diffusée cette semaine reste indéterminée et les diplomates israéliens avaient fait savoir, mercredi, qu’ils n’avaient été avertis de la parution du document qu’une heure auparavant.

Selon les responsables israéliens, Bachelet avait constamment refusé de rencontrer les diplomates israéliens pour évoquer cette liste noire.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a annoncé mercredi la suspension de ses liens avec le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, même si les répercussions pratiques de cette décision restent indéterminées.

Le bureau du commissaire a des représentants en poste en Israël, mais ces derniers ne sont pas connus pour avoir de bonnes relations de travail avec les diplomates israéliens. Mercredi soir, les officiels israéliens ont simplement fait savoir que leurs demandes éventuelles ne recevraient pas de réponse à partir d’aujourd’hui.

Une vue de l’implantation de Maale Adumim en Cisjordanie, 28 janvier 2020. (Menahem Kahana/AFP)

Les Etats-Unis avaient quitté le Conseil au mois de juin 2018, citant sa « partialité chronique à l’égard d’Israël ».

« Nous contesterons cette liste noire de toutes nos forces », a commenté le Premier ministre Benjamin Netanyahu au micro de la radio militaire, mercredi. « Nous obtiendrons la reconnaissance de notre souveraineté sur ces communautés et cela annulera ses effets ».

« Le boycott des entreprises israéliennes ne fait pas avancer la cause de la paix et ne renforce pas la confiance entre les parties. Nous appelons nos amis du monde entier à s’élever contre cette initiative honteuse, qui rappelle des périodes sombres de notre histoire », a déclaré le président Reuven Rivlin, jeudi, lors d’un événement organisé à sa résidence de Jérusalem.

Les entreprises pourront être ôtées de la liste si elles prouvent qu’elle n’apportent plus de soutien matériel aux implantations israéliennes, a fait savoir le bureau de la Haute-commissaire aux droits de l’Homme, mercredi. Elle sera réactualisée tous les ans.

Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères palestinien Riyad al-Malki a salué la diffusion du document.

Le président de l’Autorité palestinienne Riyad al-Maliki s’adresse à l’Assemblée générale avant un vote au siège des Nations unies, le 21 décembre 2017 (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

« La publication de cette liste d’entreprises et de parties travaillant dans les implantations est une victoire pour le droit international », a-t-il dit, une déclaration qui a été publiée sur la page Facebook du ministère. Il a également vivement recommandé aux Etats-membres du Conseil des droits de l’Homme d’étudier la liste et de recommander ou d’ordonner aux firmes citées dedans de mettre un terme à leurs opérations au sein des implantations.

« Je suis conscient de ce que cette question a été et continuera d’être hautement controversée », a-t-il ajouté.

« Toutefois, après un réexamen extensif et méticuleux, nous sommes satisfaits de ce que ce rapport basé sur les faits vienne refléter la grande considération qui a été accordée à cette mission, complexe et sans précédent, et qu’il réponde de manière appropriée à la requête du Haut-commissariat telle qu’elle figurait dans la résolution 31/36 », a commenté Bachelet, se référant à la résolution du conseil qui avait demandé l’élaboration de la liste.

La haute-commissaire des droits de l’Homme Michelle Bachelet pendant une réunion avec le ministre de l’Education du Venezuela Aristóbulo Istúriz au ministère des Affaires étrangères de Caracas, le 20 juin 2019 (Crédit : AP Photo/Ariana Cubillos)

La publication de cette base de données survient seulement trois mois après un jugement de la cour européenne de Justice imposant l’étiquetage des produits israéliens de Cisjordanie.

L’organisation-cadre pro-implantations du conseil de Yesha a émis un communiqué, mercredi, accusant le Conseil des droits de l’Homme d’antisémitisme et recommandant vivement aux citoyens israéliens d’acheter spécialement des produits fabriqués dans les implantations.

Adam Rasgon a contribué à cet article.

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