Coronavirus : Israël interdit l’entrée des Français non-résidents
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Coronavirus : Israël interdit l’entrée des Français non-résidents

Ces mesures de restriction interviennent un mois avant Pessah, quand de nombreuses familles se réunissent pour passer les fêtes ensemble

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) évalue la situation avec le ministre de la Santé Yaakov Litzman concernant l'épidémie de coronavirus COVID-19 au ministère de la Santé à Tel Aviv, le 23 février 2020. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) évalue la situation avec le ministre de la Santé Yaakov Litzman concernant l'épidémie de coronavirus COVID-19 au ministère de la Santé à Tel Aviv, le 23 février 2020. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait une déclaration mercredi à la presse sur les mesures mises en œuvre par Israël afin de lutter contre la propagation du coronavirus. Le dirigeant a appelé les Israéliens à s’abstenir totalement de se serrer la main.

Il a déclaré que le monde est en pleine pandémie – « c’est la vérité et il faut le dire ».

Il a également ajouté l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et la France – mais pas les États-Unis – à la liste des pays desquels les Israéliens doivent se mettre en quarantaine après leur retour.

« On va demander [à compter de ce mercredi 4 mars] à toutes les personnes qui arrivent de France, d’Allemagne, de Suisse, d’Espagne et d’Autriche, et aux Israéliens qui viennent de là-bas d’entrer en isolement », a déclaré M. Netanyahu lors d’une conférence de presse au ministère de la Santé à Jérusalem.

Les Français et les ressortissants de ces autres pays européens ne pourront ainsi plus entrer sur le territoire israélien à compter du 6 mars, à 8h du matin heure israélienne, à moins qu’ils y disposent d’un lieu permanent de résidence – dans lequel ils pourront se placer en quarantaine afin d’éviter la propagation du coronavirus.

Le ministère de l’Intérieur a de son côté précisé que les « touristes en provenance de France, Espagne, Autriche, Allemagne et Suisse ne pourront plus entrer en Israël à partir de vendredi à 8h du matin ».

« Les personnes arrivant avant cette date ne seront pas refoulées », assure-t-il dans un communiqué. Et « les Israéliens et touristes qui auront été en transit dans un aéroport d’un de ces pays ne subiront aucune restriction à leur arrivée ».

« Les personnes n’ayant pas la nationalité israélienne, ayant séjourné en France [et dans les autres pays européens listés], ne seront pas autorisées à pénétrer sur le territoire israélien sauf à pouvoir attester et prouver d’une capacité de respecter les conditions d’isolement requis de 14 jours. À défaut, ils seront dans l’obligation de retourner à leur point de départ », a précisé dans un communiqué émis ce mercredi soir l’ambassade d’Israël en France, qui a ajouté « comprendre et regretter sincèrement la gêne importante occasionnée par ces mesures » et « compter sur la compréhension de tous ».

« Nous sommes dans une meilleure situation que d’autres pays car depuis le début j’ai donné des instructions pour agir au maximum et pas au minimum. Nous avons pris des mesures strictes, très strictes, pour ralentir la propagation de la maladie en Israël », a déclaré M. Netanyahu. « Contrairement à d’autres pays, nous avons aussi opté pour une politique d’isolement et de tests approfondis », a ajouté le Premier ministre.

Des restrictions avaient déjà été imposées à l’Italie, plus important foyer de l’épidémie en Europe, et à de nombreux pays asiatiques, poussant les autorités israéliennes à renvoyer chez eux de nombreux voyageurs à leur arrivée à l’aéroport international Ben Gurion de Tel Aviv et à annuler des liaisons aériennes.

Avec l’Italie et l’Allemagne, la France est l’un des principaux foyers du nouveau coronavirus en Europe.

Environ 150 000 Français sont établis en Israël, dont une grande partie ont la double nationalité.

Ces mesures de restriction interviennent un mois avant Pessah, la Pâque juive, qui démarrera cette année le 8 avril. Tous les ans, des dizaines de milliers de Juifs du monde entier, notamment de France, viennent en Israël à l’occasion de ces fêtes.

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« Nous suivons ce qui se passe aux Etats-Unis », a indiqué mercredi Moshé Bar Siman Tov, directeur du ministère de la Santé, soulignant que l’étendue de l’épidémie n’était pas encore connue dans ce pays, grand allié de l’Etat hébreu.

Le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, a par ailleurs déclaré mercredi que les rassemblements de plus de 5 000 personnes ne seront plus autorisés en raison du coronavirus.

« Nous n’autoriserons aucune conférence internationale en Israël », a ajouté M. Litzman, s’adressant aux journalistes après la déclaration de Netanyahu. « C’est une affaire internationale. Il y a des pays qui y travaillent et prennent diverses mesures, et il y a des pays qui n’ont pas encore intériorisé la gravité de la situation. »

La municipalité de Jérusalem a fait savoir qu’elle examinait la dernière directive du ministère de la Santé dans la perspective du marathon international qu’elle doit accueillir dans le courant du mois, et qu’elle déterminerait si et comment elle procéderait pour l’événement.

Le marathon est prévu pour le 20 mars, avec des dizaines de milliers de personnes qui devraient y participer, dont quelque 5 000 coureurs venus de l’étranger. « La municipalité de Jérusalem annonce qu’elle examine en profondeur les directives du ministère de la Santé et qu’elle publiera prochainement les conséquences qu’elle aura sur le marathon », a déclaré un porte-parole du marathon.

Une série de grandes manifestations ont été annulées après que le ministère de la Santé a interdit les rassemblements de plus de 5 000 personnes afin de ralentir la propagation du coronavirus.

Parmi les concerts, citons ceux des chanteurs Ishay Ribo et Nathan Goshen à la Menora Mivtachim Arena de Tel Aviv ce jeudi, un match de quart de finale de la coupe nationale de football entre le Maccabi Haifa et l’Hapoel Beer Sheva à Haifa ce mercredi soir, et une course à pied à Rishon Lezion.

La parade « Adloyada » de Pourim à Holon, qui devait avoir lieu la semaine prochaine, est également annulée.

En outre, les touristes qui sont allés en Iran, en Irak, en Syrie ou au Liban dans les 14 jours précédant leur arrivée en Israël ne seront pas autorisés à entrer.

Une autre restriction est l’interdiction de participation à des rassemblements de plus de 100 personnes pour les personnes qui sont revenues de l’étranger au cours des 14 derniers jours.

Le ministère de la Santé a annoncé plusieurs autres recommandations mercredi, notamment : une recommandation générale au public de maintenir des pratiques d’hygiène rigoureuses ; une recommandation à la commission de la fonction publique d’empêcher tous les membres de la fonction publique de voyager à l’étranger ; une recommandation aux personnes de plus de 60 ans et aux personnes souffrant de maladies chroniques (y compris les troubles immunitaires, le diabète, les maladies cardiaques et autres) d’éviter les foules et les rencontres avec des personnes qui ont récemment été à l’étranger ou qui présentent des symptômes de la maladie.

Suite à la recommendation à la commission de la fonction publique, l’armée a annoncé qu’une visite de travail prévue aux États-Unis la semaine prochaine par le lieutenant-général de l’armée, Aviv Kohavi, était reportée. L’armée a indiqué que la décision avait été prise en consultation avec le ministère de la Santé, et n’a pas précisé de nouvelle date de visite.

Israël avait déjà pris d’importantes initiatives pour empêcher le développement de l’épidémie, interdisant l’entrée aux ressortissants étrangers s’étant trouvés en Chine, à Hong Kong, à Macao, en Thaïlande, à Singapour, en Corée du sud, au Japon et en Italie dans les 14 jours précédant leur arrivée. Tous les Israéliens s’étant rendus dans ces régions du monde ont également l’obligation de se placer en quarantaine pendant 14 jours.

Le nouveau coronavirus a émergé en Chine au mois de décembre et, depuis, plus de 80 000 personnes ont été contaminées. Il a causé la mort de plus de 3 200 personnes, en majorité en Chine. L’État juif a confirmé 15 cas d’infection et des milliers de personnes en auto-quarantaine. Aucun décès n’est à déplorer dans le pays à ce jour. L’apparition du coronavirus a coûté à ce jour un milliard de shekels à l’économie israélienne, a indiqué lundi le ministère des Finances.

La France compte désormais 285 cas de coronavirus, parmi lesquels quatre personnes sont décédées, et se prépare à l’intensification inéluctable de l’épidémie.

Pour faire face à la situation, le président Emmanuel Macron a annoncé mardi dans un tweet que l’Etat français réquisitionnait « tous les stocks et la production de masques de protection » pour les distribuer aux soignants et aux personnes atteintes du coronavirus.

La situation a connu une brusque accélération en une semaine, puisqu’il n’y avait que 12 cas recensés depuis fin janvier au matin du mardi 25 février, et 100 samedi 29 février au soir.

Depuis ce week-end, des mesures plus contraignantes ont été prises pour empêcher une propagation plus large encore. Elles correspondent au passage en phase 2 (sur 3) de la lutte contre l’épidémie.

« Le stade 3, c’est le stade de l’épidémie, c’est le stade au cours duquel vous faites le constat que le virus circule et qu’il est transmissible sur l’ensemble du territoire », a expliqué le ministre de la Santé Olivier Véran mardi sur BFMTV.

Il ne s’agit alors plus de freiner la propagation du virus comme au stade 2, où la France se trouve depuis samedi, mais d’en atténuer les effets.

Suspension de transports en commun, restriction des rassemblements, fermetures d’écoles : un passage au stade 3 de l’épidémie provoquée par le nouveau coronavirus entraînerait des mesures qui auraient un impact important sur la vie quotidienne des Français.

En cas de passage au stade 3, « les activités collectives sont fortement impactées », souligne le gouvernement sur le site gouvernement.fr.

Pour se préparer à cette éventualité, les autorités s’appuient sur un Plan de prévention et de lutte rédigé en 2011 en cas de pandémie grippale.

« Il peut servir de base de réflexion », précise-t-on au ministère de la Santé, même s’il y a des différences entre la grippe et le Covid-19 (à commencer par l’absence de vaccin pour le deuxième).

Ce plan prévoit entre autres une « suspension éventuelle de certains transports en commun », des « fermetures des crèches et établissements d’enseignement » (à l’échelle territoriale, voire nationale) et la « restriction des grands rassemblements et des activités collectives ».

« Il ne s’agit pas d’arrêter le pays », a assuré lundi la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne. « Différents scénarios sont envisagés » dans l’hypothèse d’un passage au stade 3, mais « il n’est pas question d’arrêter de faire rouler les trains ».

« Ces mesures pourraient être prises au fur et à mesure, en fonction de la situation, avec une hétérogénéité sur le territoire », commente-t-on au ministère de la Santé.

Les endroits de France les plus touchés, l’Oise et le Morbihan, sont d’ailleurs déjà concernés par l’annulation de rassemblements ou par des fermetures d’écoles.

A contrario, au stade 3, certaines de ces restrictions pourraient être allégées s’il s’avère que le virus circule vraiment partout, ce qui les rendrait alors inutiles.

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