Israël renforce ses restrictions sur le mariage
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Israël renforce ses restrictions sur le mariage

La Knesset maintient la peine de 2 ans de prison pour les couples qui n'ont pas choisi un rabbin approuvé pour leur mariage

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Un mariage juif réformateur à Tel Aviv, non-reconnu par le Grand Rabbinat (Crédit : Serge Attal/Flash90)
Un mariage juif réformateur à Tel Aviv, non-reconnu par le Grand Rabbinat (Crédit : Serge Attal/Flash90)

Il y a des criminels qui siègent à la Knesset israélienne : les législateurs qui ont célébré des mariages en dehors de l’autorité religieuse de l’État ou qui ont personnellement été mariés dans de telles cérémonies.

L’Etat juif est l’un des seuls endroits au monde où il est illégal – avec une peine potentielle d’emprisonnement de deux ans – pour les couples juifs de se marier comme ils le souhaitent.

Cela a été confirmé mercredi lors d’un vote pour modifier la loi. Cette proposition visait à décriminaliser les mariages célébrés en dehors des auspices du rabbinat israélien a été rejeté lors d’un vote 32 voix contre 25 à la Knesset.

Traitant la loi existante de « scandaleuse », la députée Yesh Atid, Aliza Lavie, qui a proposé l’amendement, a déclaré qu’elle « ouvre une porte pour que demain l’Etat puisse emprisonner toute personne qui ne va pas au mikvé [bain rituel], ou dont leurs fils n’ont pas été soumis à la brit milah [circoncision] ».

La loi proposée par Lavie aurait maintenu l’aspect criminel des mariages célébrés sans enregistrer le mariage. Cependant, au lieu d’une peine d’emprisonnement, les couples – et ceux qui célèbrent ses mariages – feraient face à une amende.

C’est la deuxième fois que Lavie propose cette loi à la Knesset. Elle a expliqué au Times of Israel, jeudi, qu’avant sa nouvelle tentative de faire passer la proposition mercredi, Lavie avait demandé à l’ancien ministre-adjoint des Affaires religieuses, Eli Ben-Dahan, (HaBayit HaYehudi) quel serait le montant d’une amende appropriée. Selon Lavie, il lui a répondu que 500 000 shekels était un montant approprié – une somme qui est manifestement disproportionnée.

La députée Aliza Lavie (Yesh Atid) (Crédit : Facebook)
La députée Aliza Lavie (Yesh Atid) (Crédit : Facebook)

Lavie a rédigé l’amendement de la loi aux côtés des groupes Itim et Mavoi Satum. Ces deux groupes aident les personnes à naviguer dans l’establishment religieux israélien.

« C’est triste que la politique des petits partis empêche à la justice d’être servie. La Knesset a parrainé la législation anti-religieuse », a déclaré Seth Farber, le chef d’Itim.

Bien que l’interdiction des mariages célébrés en dehors du rabbinat découle de la loi ottomane, la criminalisation de l’acte n’a été introduite qu’il y a deux ans comme un ajout de dernière minute à la loi Tzohar. La très controversée loi Tzohar, qui est entrée en vigueur en janvier 2014, permet aux couples de choisir le rabbinat dans la ville qu’ils veulent pour enregistrer leur mariage. Cette stipulation vise essentiellement à créer un marché concurrentiel et est un moyen d’éviter la stricte bureaucratie religieuse.

Mais certains couples créent un marché encore plus large dans la mesure où ils contournent complètement l’establishment religieux d’Etat et, au lieu de quitter le pays pour se marier à l’étranger, célèbrent leurs propres mariages religieux privés en Israël.

Il y a un nombre croissant de juifs orthodoxes modernes qui trouvent des rabbins au sein de leurs communautés prêts à célébrer des cérémonies halashiques selon la loi juive – avec la condition que les couples signent des accords prénuptiaux et obtiennent la bonne ordonnance religieuse de divorce, ou le guet, s’ils décident de se séparer dans le futur.

Un porte-parole de l’institut de veille de l’Etat et religieux Hiddush : Pour la liberté religieuse et l’égalité a déclaré que l’ONG n’a pas le chiffre exact mais qu’elle estime qu’il y a quelque 2 ou 3 % de la population israélienne qui tombre dans cette catégorie.

De même, selon le dirigeant de Hiddush, Rabbi Uri Regev, « tous les sondages montrent régulièrement que les deux tiers de la population israélienne soutient la liberté de mariage et prend en charge la suppression du monopole orthodoxe de l’Etat ».

Dans le projet de liberté global pour le mariage de 2013, Hiddush a classé Israël sur un pied d’égalité avec l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Arabie Saoudite et le reste des Etats islamiques fondamentalistes. C’était la seule démocratie occidentale dans le monde à être classée de la sorte, en raison de ses restrictions sur le mariage.

Le rabbin Chuck Davidson, l'un des rares rabbins orthodoxes célébrant publiquement des mariages non approuvés par la Halacha. (Crédit : autorisation)
Le rabbin Chuck Davidson, l’un des rares rabbins orthodoxes célébrant publiquement des mariages non approuvés par la Halacha. (Crédit : autorisation)

Uri Regev est un rabbin orthodoxe qui, sur une base hebdomadaire, célèbre ces mariages « illégaux », qui sont menées conformément à la loi juive. Davidson a précisé que la plupart de ses couples sont laïcs et a déclaré au Times of Israel jeudi que cet effort est probablement la seule façon d’obtenir un changement réel dans la société israélienne.

Davidson a ajouté qu’il n’avait pas été surpris que la loi de Lavie n’ait pas été adoptée mercredi.

« C’est une autre tentative qui a échoué pour résoudre les problèmes de religion et de l’Etat par le biais de la Knesset et / ou la Cour suprême. La seule façon de résoudre ces casse-têtes est grâce aux efforts de base et à la désobéissance civile de masse », a déclaré Davidson. « L’ensemble de l’establishment rabbinique est paralysé ».

Ce qui est ironique est que ceux qui tentent de contourner l’establishment en se mariant par d’autres moyens peuvent se retrouver emmêlés dans une bureaucratie religieuse encore plus compliqués si un jour ils se séparent de leurs conjoints.

Selon une enquête récente de Hiddush, 64 % des Juifs israéliens ne sont pas conscients que les milliers de couples juifs qui se marient dans des cérémonies civiles à l’étranger sont obligés par la loi israélienne de divorcer devant les tribunaux rabbiniques orthodoxes israéliens.

« Ce niveau énorme d’ignorance peut expliquer en partie pourquoi la bataille pour la liberté du mariage et du divorce, soutenue par la majorité des Juifs israéliens, n’est pas plus affirmée. Il est clair que cela aide les politiciens israéliens, de droite et de gauche, à former des coalitions gouvernementales d’Israël, en vendant les droits fondamentaux civils du mariage et la liberté de divorce de la populations aux partis politiques ultra-orthodoxes », a déclaré Regev.

En effet, selon Lavie, plusieurs députés l’ont approché avant le vote de mercredi pour exprimer leur soutien personnel. Cependant, quand le moment est venu de pousser le bouton, ils ont été forcés de voter selon les ordres de faction – contre sa proposition de loi.

Pour beaucoup des militants pour la liberté de religion, la réalité politique d’aujourd’hui se rapproche de l’absurde.

« Si se marier halachiquement devenait un acte criminel dans un autre pays, nous aurions considéré cela comme de l’antisémitisme. Mais ici, en Israël, où le pouvoir absolu est absolument corrompu, des centaines – voire des milliers – de jeunes couples sont obligés d’enfreindre la loi afin de pratiquer le judaïsme », a dénoncé Farber d’Itim.

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