Israël utilise « l’anxiété collective » pour contrer le coronavirus – Psychologue
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Interview

Israël utilise « l’anxiété collective » pour contrer le coronavirus – Psychologue

Les ordres de "rester à la maison" ou le risque de tomber malade et/ou d'infecter les autres marquent un changement par rapport à l'approche précédente, selon l'expert

Un pompier pulvérise du désinfectant dans une aire de jeux pour enfants de la ville de Modiin le 17 mars 2020, après qu'Israël a interdit aux habitants de quitter leur domicile pour des raisons "non essentielles" et a arrêté les transports publics de nuit, renforçant ainsi des mesures déjà strictes pour lutter contre la propagation du coronavirus. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)
Un pompier pulvérise du désinfectant dans une aire de jeux pour enfants de la ville de Modiin le 17 mars 2020, après qu'Israël a interdit aux habitants de quitter leur domicile pour des raisons "non essentielles" et a arrêté les transports publics de nuit, renforçant ainsi des mesures déjà strictes pour lutter contre la propagation du coronavirus. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Le gouvernement se sert de l’anxiété de la population pour amener le pays à prendre au sérieux la menace du coronavirus, a déclaré un éminent psychologue.

Le professeur de l’Université hébraïque de Jérusalem Jonathan Huppert a déclaré au Times of Israel que générer de l’anxiété semble « faire partie du but » des mesures annoncées mardi, qui disent aux Israéliens de rester chez eux autant que possible.

Les restrictions ont été imposées après que les autorités ont exprimé leur mécontentement de voir que les gens ne prenaient pas les restrictions existantes suffisamment au sérieux.

Lundi, le directeur général du ministère de la Santé, Moshe Bar Siman Tov, a averti que les personnes qui ont participé aux rassemblements privaient le pays de la possibilité d’arrêter le virus tout en continuant à supporter le fardeau économique du confinement. Ensuite, le président Reuven Rivlin a adressé un blâme aux personnes qui ne s’étaient pas isolées, en déclarant « Les restrictions ne sont pas synonymes de vacances. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en conférence de presse sur le coronavirus, le 17 mars 2020. « Restez chez vous ! », enjoint le texte affiché sur l’écran. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Au moment où les nouvelles restrictions ont été annoncées, Bar Siman Tov a lancé l’un de ses plus sévères avertissements sur la transmission à ce jour. « Partout où vous vous rendez, il peut y avoir une personne malade qui peut vous contaminer », a-t-il déclaré. « Vous pouvez être vous-même malade sans le savoir, et infecter d’autres personnes ».

Plus tard, mardi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que trop d’Israéliens ne saisissaient pas la gravité de la crise : « Ce n’est pas un jeu d’enfant, ce ne sont pas les vacances d’été, c’est une question de vie ou de mort », a-t-il déclaré.

Jonathan Huppert, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem. (Autorisation)

Selon M. Huppert, l’anxiété, largement considérée comme un effet secondaire indésirable des restrictions, peut être un outil de lutte contre la propagation du virus. Il a déclaré : « Si le gouvernement estime que nous ne sommes pas assez anxieux, il peut estimer qu’il doit augmenter le niveau afin de rendre les gens plus anxieux ».

Spécialiste de l’anxiété et membre du conseil d’administration du Journal of Anxiety Disorders, M. Huppert a déclaré que cela peut susciter un engagement accru pour arrêter la transmission du coronavirus. Mais il a averti que le gouvernement pourrait finir par éroder la confiance du public s’il suit les traces de l’Italie et envoie la police patrouiller dans les rues pour faire respecter les restrictions et garder les gens chez eux.

Il a suggéré qu’un tel scénario en Israël « augmenterait la crainte générale des gens quant à l’éventualité de pertes massives en vies humaines et les amènerait à s’attendre à une sorte de situation catastrophique ». Au lieu de faire confiance aux règles du gouvernement, « ironiquement, cela donnerait aux gens le sentiment que le gouvernement ne les protège pas, ce qui conduit à long terme à un sentiment que le monde n’est pas sûr ».

En pleine pandémie de coronavirus, les Israéliens envahissent les plages de Tel Aviv, le 17 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Selon M. Huppert, les dernières restrictions marquent un changement par rapport à l’approche précédente du gouvernement, qui jouait sur le sens de l’altruisme et de la responsabilité communautaire des gens, et visait un facteur de bien-être psychologique.

Il a déclaré que la position du gouvernement avant mardi était basée sur la logique selon laquelle « plus les restrictions donnent aux citoyens le sentiment qu’ils choisissent de protéger les autres dans la société – plutôt que le sentiment qu’ils n’ont pas le choix – plus les gens se sentiront mieux psychologiquement ».

Les psychologues sont largement convaincus que tout développement qui rend la menace plus tangible incitera les membres du public à agir plus prudemment pour prévenir la propagation du coronavirus.

Professeur Eli Somer, Université de Haïfa. (Autorisation)

Personne n’est mort du virus en Israël à la date de mercredi, mais Eli Somer, professeur émérite de psychologie à l’école de travail social de l’université de Haïfa, a déclaré que le premier décès déclencherait immédiatement un meilleur respect des précautions.

Il a déclaré : « Je peux dire avec une certaine confiance qu’une telle évolution peut diminuer le déni de la gravité de la menace et contribuerait donc à un meilleur respect des consignes d’hygiène et de distanciation sociale ».

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