Jérusalem : Il y a 2 600 ans, ce rieur bedonnant repoussait les mauvais esprits
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Jérusalem : Il y a 2 600 ans, ce rieur bedonnant repoussait les mauvais esprits

Un fragment sans précédent d'un "récipient Bes" de la période perse a été découvert dans une fosse à ordures lors de fouilles au parking Givati de la Cité de David

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Ce fragment d'un Bes Vessel de l'époque perse (4ème-5ème siècle avant l'ère commune) a été découvert dans une grande fosse à ordure lors des fouilles du parc de stationnement Givati dans la cité de Davis à Jérusalem (Crédit : Eliyahu Yanai, Cité de David)
Ce fragment d'un Bes Vessel de l'époque perse (4ème-5ème siècle avant l'ère commune) a été découvert dans une grande fosse à ordure lors des fouilles du parc de stationnement Givati dans la cité de Davis à Jérusalem (Crédit : Eliyahu Yanai, Cité de David)

Avec ses yeux globuleux et sa bouche protubérante, une déité naine et barbue appelée Bes décorait un grand nombre des résidences du Proche-Orient – rejetant les mauvais esprits par le rire. Un fragment sans précédent d’un « récipient-Bes » en argile et datant de la période perse a été récemment découvert lors des fouilles dans une fosse à ordures, au cours de travaux d’excavations conduits sur le parc de stationnement Givati, dans le parc national de la Cité de David.

Selon un communiqué de presse de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), Bes est une importation de la mythologie grecque et il était considéré comme « le protecteur des foyers, en particulier des mères, des mères qui accouchaient et de leurs enfants ». En raison de son association avec des activités positives telles que la danse et la musique, il a été « le temps passant, considéré comme le défenseur de tout ce qui était bien et bon ».

L’un des exemples les plus célèbres est une statue d’environ 1 mètre 50 – datant de l’an 332 à l’an 30 avant l’ère commune – qui avait été découverte dans l’oasis de Bahariya, dans le désert, à un peu moins de 200 kilomètres à l’ouest du Nil. Les lieux hébergeaient un temple entier consacré au dieu. Corpulent et nu – il ne portait qu’une ceinture et une cape en peau de lion sur le dos – rappelant une sorte de Bouddha rieur.

En Egypte également, Bes se trouvait sur un appui-tête de 17 centimètres, datant de l’an 1330 avant l’ère commune, qui avait été découvert dans le tombeau de Toutankhamon.

Selon l’archéologue Zahi Hawass qui avait écrit un article sur les trésors du musée du Caire, « l’image de Bes devait le protéger dans son sommeil tout en éloignant tous les esprits mauvais qui erraient aux alentours ».

Ce fragment d’un Bes Vessel de l’époque perse (4ème-5ème siècle avant l’ère commune) a été découvert dans une grande fosse à ordure lors des fouilles du parc de stationnement Givati dans la cité de Davis à Jérusalem (Crédit : Eliyahu Yanai, Cité de David)

Sur deux grosses pithoi – ou jarres de stockage – découvertes dans le désert du Sinaï, une inscription célèbre datant de l’an 800 avant l’ère commune parle de Yahvé (Dieu d’Israël) et de son Asherah (une déesse). Ces mots paléo-hébreux figurent à côté de représentations d’animaux et de déités, et notamment de Bes, notre nain rieur.

Selon un article de 2012 paru dans Biblical Archaeology Review, « une inscription au-dessus des têtes des représentations de Bes mentionne en partie : « Je t’ai recommandé à YHWH [Yahvé] de Shomron [Samarie] et à son asherah« . (Les spécialistes sont divisés concernant un réel lien entre l’inscription et les représentations de Bes).

La statue en pierre du Dieu égyptien Bes découverte à Tel Beit Shemesh. (Autorisation : Autorité israélienne des antiquités, photographie : Tal Rogovsky)

Ce qui paraît être certain, c’est l’intention dans l’utilisation de Bes : « Ce personnage grotesque veut apparemment évoquer la joie et le rire et repousser les mauvais esprits », dit le communiqué de presse de l’Autorité israélienne des Antiquités.

Des amulettes, des statues, des décorations et ces « récipients Bes » ont été découverts sur toute la Terre sainte où la déité est représentée sous différentes formes – notamment sous celle d’un nain court et trapu, comme c’est le cas dans la nouvelle exposition présentée au Musée des terres de la bible, qui en expose une représentation en pierre inhabituellement large – ou même un bouffon plus fin arborant un chapeau. Le culte de Bes avait été adopté par de nombreuses populations, des Egyptiens en passant par les Phéniciens jusqu’aux Perses – et même dans une implantation juive du 7e siècle.

Ce fragment de poterie marque la première fois qu’un « récipient Bes » est découvert à Jérusalem ou sur les hauts plateaux de la Judée. Trouvé lors de fouilles menées conjointement par l’Autorité israélienne des antiquités et l’université de Tel Aviv, il remonte à la période perse (4e et 5e siècles avant l’ère commune).

« Des poteries de cette période avaient été exposées dans le passé à la cité de David mais c’est la première fois qu’un tel récipient est trouvé dans des fouilles archéologiques à Jérusalem ou où que ce soit ailleurs dans les hauts-plateaux de Judée », ont commenté le professeur Yuval Gadot de l’université de Tel Aviv et le docteur Yiftah Shalev de l’Autorité israélienne des Antiquités.

Voilà qui ne prête pas à rire.

Ce fragment d’un Bes Vessel de l’époque perse (4ème-5ème siècle avant l’ère commune) a été découvert dans une grande fosse à ordure lors des fouilles du parc de stationnement Givati dans la cité de Davis à Jérusalem (Crédit : Eliyahu Yanai, Cité de David)
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