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Jérusalem : La « Marche du drapeau » stoppée et bloquée par la police

Plusieurs centaines de manifestants se sont retrouvés bloqués à un barrage, dont le député extrémiste Itamar Ben Gvir, qui s'est engagé à ériger un "bureau temporaire" sur place

Le député Itamar Ben Gvir et des militants de droite à une « Marche du drapeau », qui devait rallier la Vieille Ville de Jérusalem, mais qui s’est arrêtée place Tzahal, le 20 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Itamar Ben Gvir et des militants de droite à une « Marche du drapeau », qui devait rallier la Vieille Ville de Jérusalem, mais qui s’est arrêtée place Tzahal, le 20 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La police israélienne est parvenue à contenir plusieurs centaines de manifestants nationalistes qui prévoyaient de mener une « Marche du drapeau » à travers différentes zones sous tension de Jérusalem afin de s’opposer au gouvernement actuel et de réaffirmer la présence juive dans la ville et sur ses lieux saints.

Les tensions à Jérusalem ont culminé au cours de la semaine dernière, et la manifestation aurait pu avoir un impact négatif sur le futur de la coalition fragile au pouvoir en Israël et sur les relations internationales du pays avec les nations musulmanes. Elle aurait également pu aggraver les tensions avec le groupe terroriste du Hamas, qui a déclaré plus tôt dans la journée qu’il gardait son « doigt sur la gâchette » avant la tenue de la marche.

Le député d’extrême droite Itamar Ben Gvir a participé à la marche et, désabusé après avoir été bloqué, a annoncé qu’il installerait un « bureau temporaire » sur la place Tzahal à Jérusalem, à proximité de la Vieille Ville – une démarche à laquelle il est habitué, après avoir fait de même précédemment dans le quartier de Sheikh Jarrah.

Les organisateurs de l’événement avaient initialement prévu d’entrer dans la Vieille Ville par la porte de Damas, directement dans le quartier musulman, et de poursuivre jusqu’au Mur occidental.

En réalisant ce projet, les manifestants se seraient heurtés de front à des foules de fidèles musulmans, réunies dans la Vieille Ville les heures qui ont précédé la rupture du jeûne du Ramadan.

Avec une présence minimale mais croissante, la police israélienne est parvenue à contenir la manifestation en bloquant l’accès de la place Tzahal à la porte de Damas – une bande de route qui sépare les parties ouest et est de Jérusalem.

La police bloque la route afin d’empêcher les manifestants de la « Marche du drapeau » de Jérusalem d’atteindre la porte de Damas, le 20 avril 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Plusieurs policiers présents sur les lieux ont confirmé que les manifestants pouvaient s’ils le souhaitaient franchir la porte de Jaffa, une entrée populaire du quartier juif dans la Vieille Ville, et de là poursuivre jusqu’au Mur occidental, mais qu’il leur serait interdit d’entrer dans le quartier musulman.

Les manifestants ont rejeté cette proposition de compromis, et leur itinéraire de marche a ainsi été écourté. En tout, ils n’ont marché que quelques dizaines de mètres depuis leur point de rassemblement place Safra, jusqu’à la place Tzahal, où ils sont restés rassemblés pendant environ 90 minutes avant que la foule ne se réduise considérablement.

« Nous voulons aller à la porte de Damas, où se trouvent les extrémistes musulmans, et la police ne nous le laisse pas », a déclaré Menashe Issacharof, 18 ans, de Jérusalem.

« La porte de Jaffa est calme, nous restons donc ici », a-t-il ajouté depuis la place Tzahal, zone de fin de la manifestation.

La manifestation n’est cependant pas restée calme. En plus de scander « Arabes, sortez », « Vengeance », « Bibi est le roi », en référence à l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, et « Bennett, rentre chez toi », en référence à l’actuel Premier ministre, la foule est devenue hostile par intermittence.

Durant une heure, lors de plusieurs mouvements de foule, celle-ci a tenté de pousser contre les barricades de la police et certains individus ont donné des coups aux agents.

Des manifestants et la police sur la place Tzahal à Jérusalem, le 20 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La police avait précédemment rejeté les demandes des organisateurs d’approuver la manifestation, y compris une proposition de défiler dans le quartier chrétien – majoritairement arabe –, et la marche s’est finalement déroulée sans la coopération de la police.

« Il n’y a aucune interdiction légale de marcher ici, donc [essayer de nous bloquer] est une décision politique », a déclaré Noam Nisan, l’un des organisateurs de la marche.

La « Marche du drapeau » organisée à la hâte a été planifiée à un moment de tensions municipales et internationales accrues autour de la Vieille Ville et le mont du Temple, qui ont tous deux été des foyers de violence à l’occasion de la concomitance de Pâque, du Ramadan et de Pessah.

« Nous avons vu cette semaine les images de pierres lancées contre des bus en route vers le Mur occidental et de Juifs attaqués dans la Vieille Ville », a dit Nisan, se référant à deux incidents récents à Jérusalem qui ont fait la une de la presse israélienne. « Nous voulions marcher à l’endroit où des pierres ont été lancées sur les bus. »

Parmi les participants sionistes majoritairement religieux se trouvaient des groupes de jeunes hommes, des familles et des manifestants isolés.

Ovadia Ben Abu, 17 ans, de Beitar Ilit, a déclaré qu’il « était venu montrer au Hamas et à tous les gauchistes que nous sommes là et que c’est notre pays ».

Ovadia Ben Abu, 17 ans, de Beitar Ilit, agite un drapeau lors de la « Marche du drapeau » à Jérusalem, le 20 avril 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn / The Times of Israel)

Shlomo, 25 ans, de Givatayim, a déclaré que lui, sa femme et ses jeunes enfants étaient venus « soutenir Jérusalem », car « les Juifs ont peur de venir prier à Jérusalem pendant Pessah », dans un contexte de tensions accrues.

La coalition gouvernementale en péril tente actuellement de ramener le parti islamiste Raam dans son giron, après qu’il a annoncé dimanche un gel de son adhésion à la suite d’affrontements entre Palestiniens et policiers sur le mont du Temple.

« La crainte que la coalition ne tombe – c’est ce qui motive notre politique en ce moment », a déclaré Shlomo, qui a demandé à rester anonyme car il sert actuellement dans une unité de renseignement militaire.

Son commentaire faisait référence à Raam et à ce qu’il percevait comme des capitulations de la coalition pour plaire à ses membres musulmans.

Plus tôt mercredi, le Premier ministre Naftali Bennett avait annoncé qu’il avait l’intention d’interdire à Ben Gvir d’entrer dans la Vieille Ville par la porte de Damas.

Le gouvernement a tenté ces derniers jours de trouver la bonne limite entre la réaffirmation de la souveraineté juive sur l’ensemble de Jérusalem et ses lieux saints, et le fait de ne pas attiser davantage les tensions avec les Arabes israéliens et palestiniens ni d’envenimer les relations diplomatiques avec les alliés arabes.

En plein conflit entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes sur le mont du Temple, connu sous le nom de Haram Al-Sharif pour les musulmans, la Jordanie et les Émirats arabes unis ont appelé leurs ambassadeurs israéliens pour des explications. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mardi son homologue israélien pour lui faire part de sa préoccupation concernant les tensions sur Al-Aqsa, qui ont retenu l’attention du monde musulman.

La « Marche du drapeau » de mercredi était un hommage à un événement annuel lié à la Journée de Jérusalem, au cours de laquelle des Israéliens de droite défilent dans la Vieille Ville et son quartier musulman, agitant des drapeaux israéliens et dansant pour commémorer la prise de Jérusalem-Est par Israël en 1967 pendant la guerre des Six jours.

Selon les Palestiniens, l’événement est une provocation. La « Marche du drapeau » de la Journée de Jérusalem de l’année dernière a eu lieu juste avant que le Hamas ne tire des roquettes sur Jérusalem, favorisant le début d’un conflit de 11 jours entre Israël et le Hamas.

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