David Keyes: nouvelles accusations d’agression pendant son mandat pour Netanyahu
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David Keyes: nouvelles accusations d’agression pendant son mandat pour Netanyahu

Le porte-parole du Premier ministre a "pris congé" quelques heures après que le Times of Israel a demandé des commentaires sur une nouvelle plainte d'une immigrante nord-américaine

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

David Keyes, (à gauche), accompagne le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem/pool)
David Keyes, (à gauche), accompagne le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 mars 2018. (Marc Israel Sellem/pool)

David Keyes a fait des avances « agressives et sexuelles » à une femme en Israël des semaines après qu’il soit devenu le porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour les médias internationaux, a déclaré jeudi au Times of Israel cette femme en question, une immigrante nord-américaine.

Peu de temps après que le Times of Israel a sollicité la réponse de Keyes à cette dernière allégation, il a annoncé qu’il prenait « un congé pour blanchir mon nom ».

Depuis que le Times of Israel a publié mercredi une enquête citant 12 femmes qui ont décrit un comportement inapproprié envers elles-mêmes et envers d’autres femmes, deux autres femmes ont contacté le Times of Israel pour se plaindre à son sujet. Toutes deux ont demandé à rester anonymes.

L’une des 12 personnes à l’origine, Julia Salazar, candidate au Sénat de l’État de New York, a détaillé mardi sa présumée agression sexuelle par Keyes en 2013 lors d’une interview sur le site Web de Jezebel.

Par la suite, Shayndi Raice, journaliste au Wall Street Journal, réagissant à l’allégation de Salazar, a décrit une rencontre « désagréable » avec Keyes, qu’elle a qualifiée de prédateur. Une autre des 12 femmes a détaillé le comportement physiquement agressif de Keyes et a dit qu’elle a dû utiliser la force physique pour échapper à ses tentatives de se livrer à des rapports sexuels.

L’une des deux femmes qui ont communiqué avec le Times of Israel depuis la publication de l’article de mercredi, une nouvelle immigrante, a décrit un incident survenu en Israël il y a deux ans, alors Keyes travaillait déjà pour Netanyahu.

David Keyes, (à l’autre bout de la table), assistant à une réunion avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (deuxième à droite), et Mike Pence, (à gauche), à Jérusalem le 22 janvier 2018. (Haim Zach/GPO)

Les accusations précédentes remontaient à la période où Keyes vivait à New York avant de venir en Israël pour travailler comme porte-parole de Netanyahu.

La femme a dit qu’elle et Keyes ont échangé leurs numéros de téléphone après leur première rencontre en avril 2016 ; Keyes avait commencé à travailler pour Netanyahu le mois précédent.

« Il y avait beaucoup de textos très agressifs ; il essayait toujours de me voir et ce genre de choses », s’est-elle souvenue lors d’une interview téléphonique jeudi, ajoutant qu’elle n’avait jamais accepté de le rencontrer.

Deux mois plus tard, en juin 2016, elle avait prévu de sortir avec des amis et a dit à Keyes, via WhatsApp, où elle serait. Keyes était déjà sur place avant l’arrivée de la femme et de ses amis, a-t-elle raconté.

La femme, qui a une vingtaine d’années, a demandé que le lieu de l’incident présumé ne soit pas divulgué de peur qu’il ne révèle son identité.

Quelques minutes après son arrivée, elle avait besoin d’aller aux toilettes et a réalisé que Keyes la suivait, explique-t-elle.

« J’étais un peu ivre et il m’a suivi dans les toilettes, m’a poussé contre le mur et a essayé de me faire des avances. Il a fallu que je le pousse et je me suis enfuie », précise-t-elle.

« Pour moi, le plus troublant, c’est que j’étais passablement ivre à ce moment-là, et qu’il était remarquablement sobre », poursuit-elle. « Et il est venu en sachant dans quel état j’étais. Et ce fut très agressif. Il s’est levé et m’a carrément suivi. Je me souviens d’avoir regardé derrière moi et de m’être dit : ‘Pourquoi cet homme me suit-il ?' ».

La femme a dit qu’elle ne qualifierait pas nécessairement l’incident d’agression sexuelle, mais a noté que, « c’était très agressif, avec un comportement de nature sexuelle ».

Elle a ajouté : « Il a essayé de m’attraper par derrière, mais je l’ai en quelque sorte repoussé. Il n’y a pas eu de baisers, pas d’attouchements, juste une tentative très agressive. »

Après l’avoir repoussé, Keyes est parti, et dans les SMS envoyés quelques jours plus tard, il a fait comme si rien ne s’était passé, a-t-elle dit.

Keyes, originaire de Los Angeles, a été nommé porte-parole de Netanyahu en mars 2016, ce qu’il a fait en sorte que la femme le sache, d’après son témoignage.

« La première fois que je l’ai rencontré, il m’a dit très clairement qui il était, et ce qu’il faisait », se souvient-elle. « Il était toujours très fier de tout ce qu’il accomplissait. »

« Il… m’a mis beaucoup de pression, à plusieurs reprises »

La 14e femme, qui a contacté le Times of Israel jeudi, a dit qu’elle avait aussi eu « des expériences très négatives avec David Keyes qui m’ont rendu très mal à l’aise ».

Ces expériences ont eu lieu alors que Keyes, avec qui elle travaillait, vivait aux Etats-Unis, avant qu’il ne soit nommé porte-parole de Netanyahu.

Elle a montré au Times of Israel une série de SMS qu’elle a échangé avec Keyes, en soulignant que ce n’était « qu’un exemple parmi tant d’autres messages et choses qu’il m’a dits ».

Un après-midi de mars 2013, Keyes lui a demandé de venir le voir dans sa chambre d’hôtel à Washington, DC. Elle a répondu : « Ha, je ne viens pas à ton hôtel ». Keyes m’a répondu : « Dommage. Je voulais te voir ». Elle s’est excusée, mais Keyes a insisté : « Viens un peu. Pourquoi pas ».

Au moment de l’incident présumé, M. Keyes dirigeait Advancing Human Rights, une organisation de défense des droits de l’homme basée à New York.

« Il ne s’est jamais imposé physiquement, mais il m’a mis beaucoup de pression à plusieurs reprises », a déclaré cette femme, ancienne employée du lobby pro-Israël de l’AIPAC, au Times of Israel. « On se rencontrait dans un contexte professionnel, donc c’était particulièrement gênant. »

Keyes n’a pas répondu à une demande de commentaires pour cet article.

Le Cabinet du Premier ministre n’a pas non plus répondu à plusieurs demandes de commentaires concernant les diverses accusations portées contre Keyes. Un message laconique, jeudi, indiquait que la demande de congé de Keyes avait été acceptée.

Les nouveaux témoignages portent à 14 le nombre de femmes avec lesquelles le Times of Israel a été en contact concernant Keyes.

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