La communauté juive de Majorque est-elle en voie de disparition ?
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La communauté juive de Majorque est-elle en voie de disparition ?

Cette communauté juive a été contrainte de se convertir sous l'Inquisition. Les traditions juives ont pourtant perduré

Crédit Wikipédia : Cap de Formentora CC BY-SA 3.0
Crédit Wikipédia : Cap de Formentora CC BY-SA 3.0

La communauté juive de l’île espagnole de Majorque est en train de disparaître. Ce constat alarmant, rapporté par Ynet, est dû, entre autres, au vieillissement de sa population estimée aujourd’hui entre 200 et 250 membres.

L’histoire des Juifs de Palma de Majorque se rapproche en tout point à celle des juifs d’Espagne.

En 1435, la communauté juive de l’île s’élevait à 4 000 juifs. Cette communauté prospère à l’époque a été nettement réduite au moment de l’Inquisition espagnole.

Ainsi les Juifs qui sont restés sur l’île ont été contraints de se convertir au christianisme, continuant, pour certains, à pratiquer leur judaïsme en secret. Un terme hébreu désigne ces juifs contraint de se convertir par la force : les Anousim.

A Majorque ces juifs sont appelés « Chuetas ». Ce terme trouverait son origine dans le mot Catalan « cochon ».

Leur statut, depuis l’inquisition, est complexe. D’une part, ces Juifs nouvellement convertis au christianisme ne pouvaient pas pratiquer leur culte juif en toute liberté. D’autre part, ils n’étaient pas considérés comme des chrétiens à part entière, créant une sorte de classe à part.

Ces « Chuetas » étaient donc contraints de se marier entre eux. Ce qui a perduré jusqu’à aujourd’hui, explique Ynet.

Pinchas Pinya fait partie de cette communauté. Il témoigne de pratiques relevant des deux religions : « Tous les dimanches nous allions à l’Église, mais des bougies étaient régulièrement allumées à la maison pour le jour sacré du Shabbat ».

Pinchas est retourné à ses racines juives il y a quelques années. Ce dernier a toujours su qu’il était juif, sa grand-mère séparant strictement le lait de la viande.

La communauté de Majorque est aujourd’hui appelée les « Bnei Anousim ».

Cette communauté est active dans l’étude des textes de lois juives. Entre 20 à 30 hommes étudient, tous les mois, avec le Rabbin Nissan Ben Avraham. Ce Rav est un émissaire de l’organisation Shavei Israël qui a lui-même découvert que sa famille avait caché ses origines pendant des années.

La communauté juive de Majorque est très diversifiée et traditionaliste dans son héritage. Cette communauté ne se considère pas pour autant comme religieuse. Il n’y a qu’une seule synagogue active sur l’île, contre quatre avant l’inquisition.

Elle organise un office de Shabbat seulement le vendredi soir et jour de fêtes. Cette synagogue n’a pas de Rabbin.

Bar Shimon, le président de la communauté des juifs de Majorque, justifie cette absence par un manque de budget couronné par le fait que la communauté cherche un Rabbin « ouvert ».

Pour les fêtes de Rosh Hashana, un Rabbin est venu de Barcelone pour mener l’office du nouvel an juif ainsi que le séder traditionnel avec la pomme et le miel. 90 fidèles étaient présents pour cette célébration.

L’île n’a pas, non plus, de boucher pour réaliser le rituel de la casheroute mais organise la vente de viande casher importée depuis l’Espagne. Pour les circoncisions, les juifs de Majorque font venir également un Mohel de Madrid ou de Barcelone.

Le problème majeur de cette communauté juive de Majorque est son vieillissement. Les jeunes partent faire leurs études en Espagne ou ailleurs et ne reviennent que très rarement s’installer sur place.

Ce vieillissement menace sérieusement cette communauté au passé fascinant.

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