La danse traditionnelle, la passion israélienne invaincue par le Covid-19
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La danse traditionnelle, la passion israélienne invaincue par le Covid-19

Des groupes Zoom, partout dans le monde, permettent de continuer à pratiquer une tradition culturelle qui rend possible un rassemblement à l'heure de la distanciation sociale

  • Un aperçu en travail en coulisses du studio de danse en ligne Ulpan Bitnua de Bitton (Autorisation : Gabi Bitton/ via JTA)
    Un aperçu en travail en coulisses du studio de danse en ligne Ulpan Bitnua de Bitton (Autorisation : Gabi Bitton/ via JTA)
  • Une session de danse folklorique israélienne pendant le festival Bitnua, à Eilat, en Israël (Autorisation : Gadi Bitton/ via JTA)
    Une session de danse folklorique israélienne pendant le festival Bitnua, à Eilat, en Israël (Autorisation : Gadi Bitton/ via JTA)
  • Gabi Bitton organise trois importants festivals de danse folklorique par an (Autorisation :  Bitton/ via JTA)
    Gabi Bitton organise trois importants festivals de danse folklorique par an (Autorisation : Bitton/ via JTA)

JTA — Comme c’est également le cas pour les autres rassemblements de masse aujourd’hui, le festival de danse Karmiel, l’un des plus importants du genre dans le monde, a été reporté.

Ce festival annuel, qui se déroule habituellement à la fin du mois de juin, attire des milliers de personnes animées par l’une des plus anciennes passions du pays : la danse traditionnelle israélienne.

Selon les estimations, ils sont environ 200 000 Israéliens dans le pays à pratiquer la danse folklorique – notamment lors de sessions publiques et privées appelées harkadot qui sont organisées sur les plages, dans les structures sportives et autres.

Pour remonter le moral à tous les amateurs déçus qui ne pourront pas se rendre, cette année, au festival Karmiel, des instructeurs ont organisé, sur Zoom, un marathon de danse de 24 heures en ligne, les 13 et 14 avril. Vingt-six professeurs se sont attelés à la tâche en fonction de leurs fuseaux horaires respectifs et ont endossé le rôle de DJ pour 1 000 danseurs simultanément – formant une mosaïque d’écrans d’utilisateurs.

« C’est un honneur pour moi d’avoir organisé un moment comme celui-là », s’exclame le chorégraphe et instructeur israélien Elad Shtamer, qui diffuse des performances de danse sur Facebook quatre fois par semaine. « C’est étonnant, ce sentiment qu’on a quand on rassemble les gens et qu’on leur donne cette impression d’appartenance à la communauté – ce sentiment d’appartenance qui est au cœur de la danse israélienne ».

Gadi Bitton, 54 ans, l’un des meilleurs danseurs folkloriques au sein de l’État juif, organise en temps normal trois importants festivals et réunit environ 2 000  »harkaholics » trois fois par semaine pour des cours à Tel Aviv et à Kfar Saba. Des centaines de professeurs proposent des harkadot quotidiennes dans tout le pays. Ces sessions sont également populaires aux États-Unis et dans d’autres pays.

Une session de danse folklorique israélienne pendant le festival Bitnua, à Eilat, en Israël (Autorisation : Gadi Bitton/ via JTA)

Face à l’épidémie de Covid-19, Gadi Bitton et d’autres proposent dorénavant leurs séances par internet.

« Nous avons une communauté importante dans le monde », dit Elad Shtamer. « Et il est essentiel pour eux de pouvoir continuer à pratiquer leurs activités, d’avoir ce sentiment d’être liés les uns aux autres. Ils ne peuvent pas perdre ce lien, et on veut qu’ils reviennent quand ce sera possible de le faire », continue-t-il.

Les Juifs et la danse, c’est une longue histoire – une histoire qui remonte aux chants et aux danses des Israélites qui avaient célébré la liberté retrouvée après leur traversée miraculeuse de la mer Rouge que Moïse avait divisée en deux, permettant le passage. La Bible et le Talmud font référence à la danse à plusieurs reprises. Et, en 1948, les Israéliens avaient dansé dans les rues pour célébrer l’indépendance de leur pays.

Les premières danses communautaires avaient fait leur apparition chez les halutzim, ou pionniers, lors de la Première Aliya en 1882 et d’autres en avaient ultérieurement importé de la Diaspora. Parmi les danses folkloriques majeures, la hora, qui est, à l’origine, une forme de danse roumaine, le Temami, introduit par les Juifs yéménites, les danses hassidiques, provenant des Juifs originaires d’Europe de l’Est et la dabkeh, issue de la tradition arabe, kurde, druze, bédouine, latine et plus.

« Nous sommes fiers d’avoir quelque chose d’unique, née d’un si grand nombre d’influences », dit Gadi Bitton, fils d’un rabbin ultra-orthodoxe, mais qui a quitté le moule religieux. « C’est très entraînant et accrocheur : tout le monde peut tomber amoureux de notre folklore en l’espace d’une minute ».

Gabi Bitton organise trois importants festivals de danse folklorique par an (Autorisation : Bitton/ via JTA)

Quand l’épidémie de coronavirus est apparue, Gadi Bitton a rapidement mis en place un studio en ligne, appelé Ulpan Bitnua, pour le projet Yeahbit, qui combine danse traditionnelle, gym et zumba. Cinq fois par semaine, son équipe de professeurs en confinement organise des séances, le matin, depuis leur perron ou leur salon. Le soir, les internautes ont accès à des contenus divers sur la danse traditionnelle israélienne, notamment des entretiens et, bien sûr, beaucoup de danse.

« J’ai le sentiment d’avoir la responsabilité de maintenir le lien qui unit les gens, pour qu’ils puissent ressentir l’appartenance à leur communauté. Nous devons rester rassemblés jusqu’à la fin de cette situation dingue », explique Gadi Bitton, qui est directeur de l’école de formation des professeurs de danse au sein de l’université de Tel Aviv et qui est également à la tête de la section en charge des danses folkloriques au sein de la commission artistique nationale.

Ce format en ligne pose toutefois des difficultés, estime Levi Bar-Gil, un professeur de danse de 56 ans.

« Le toucher est une caractéristique de base de la danse folklorique israélienne. Se tenir la main, c’est à la base de ce qu’est la danse en groupe. Sourire, parler, s’étreindre, embrasser… Tout est lié », explique-t-il.

Le mercredi et le dimanche, Levi Bar-Gil organise un cours de danse de 45 minutes à l’attention des enfants sur Arutz Habidud – « la chaîne du confinement » – une nouvelle chaîne de télé en ligne mise en place par la municipalité de Hod HaSharon.

Et ce sont les professeurs du monde entier qui s’adaptent ainsi.

Un aperçu en travail en coulisses du studio de danse en ligne Ulpan Bitnua de Bitton (Autorisation : Gabi Bitton/ via JTA)

Andre Schor, 33 ans et originaire du Brésil, est une étoile montante du monde de la danse israélienne. Sa prestation « Hachi Karov Elayich » [le plus près de toi] a fait un tabac et sa chorégraphie est dorénavant enseignée dans plusieurs pays. Tous les samedis, sur la Toile, il diffuse des chansons israéliennes à des danseurs brésiliens, faisant ses commentaires en portugais.

Allon Idelman a grandi au Brésil et immigré dans l’État juif en 2019. Il est à la tête d’une troupe, Olim Rokdim [les immigrants dansent], qui réunit quinze danseurs, originaires du Brésil, de Turquie, de France, du Mexique et d’Uruguay.

« C’est dur d’organiser des répétitions par internet alors nous nous efforçons de maintenir le côté social dans notre groupe WhatsApp », indique Allon Idelman, un physiothérapeute de 42 ans qui habite dorénavant Raanana. « On partage tout ce qu’on peut trouver sur la danse israélienne, on fête des événements ou des réussites personnelles ».

Quand Sarita Blum a quitté Rio pour s’installer à Berkeley, en Californie, il y a onze ans, trouver un lieu où elle pourrait pratiquer la danse israélienne avait été l’une de ses priorités. Aujourd’hui, elle fait partie d’un groupe appelé Cafe Simcha où elle apprend et enseigne la danse.

« Bizarrement, pendant cette quarantaine, ce moment où on devrait ressentir particulièrement l’absence des autres autour de soi, jamais je ne me suis sentie autant en lien avec les autres », se réjouit-elle. « On se parlait en permanence par vidéo. J’ai vu et j’ai partagé des vidéos de danse qui m’ont toutes rappelé des moments précis de ma vie, ou des gens spéciaux ».

Sarita Blum se rend en Israël chaque année et participe à des sessions de travail avec Gadi Bitton, Levi Bar-Gil et plusieurs autres professeurs. Elle a l’habitude de danser dans des vidéos, qu’elle envoie régulièrement à sa petite-fille de huit ans.

« La danse israélienne, c’est tout pour moi. Cela donne un sentiment de liberté et d’unité », explique-t-elle. « Quand on se tient la main, on se sent en sécurité, on se sent libre. Et j’espère qu’on pourra tous retrouver la liberté de danser tous ensemble à nouveau », s’exclame-t-elle.

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