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La loi sur l’interdiction du drapeau palestinien dans les institutions d’État avance

Yamina et Tikva Hadasha ont soutenu cette mesure d'opposition ; le vote a été l'occasion d'affrontements verbaux orageux avec les députés arabes

Des étudiants israéliens et pro-palestiniens manifestent à l’Université Ben-Gurion de Beer Sheva, le 23 mai 2022. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Des étudiants israéliens et pro-palestiniens manifestent à l’Université Ben-Gurion de Beer Sheva, le 23 mai 2022. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Une loi controversée interdisant l’exhibition de drapeaux ennemis – et notamment du drapeau palestinien – dans les institutions financées par l’État a été adoptée en lecture préliminaire à la Knesset, mercredi.

Le Parlement a approuvé ce projet de loi qui avait été soumis par le député Eli Cohen, du parti d’opposition du Likud, avec 63 votes « pour » et 16 votes « contre ». Les parlementaires de l’aile droite de la coalition, issus des partis Tikva Hadasha et Yamina, et notamment le Premier ministre Naftali Bennett, ont voté aux côtés de l’opposition.

La formation Raam de la coalition s’est prononcée contre. Certains membres de Yesh Atid et du parti Travailliste étaient pour leur part absents.

La commission des Lois avait décidé, dimanche, de laisser aux députés de la coalition une liberté totale de vote. Généralement, les parlementaires issus de l’alliance au pouvoir doivent respecter une certaine discipline concernant les votes.

Pendant cette session orageuse, les échanges entre Cohen et les membres de la Liste arabe unie ont tourné à la foire d’empoigne, le député du Likud leur disant « d’aller se faire voir à Gaza ou en Jordanie » en réponse à leur opposition à la législation.

Adressant la parole au parlementaire de la Liste arabe unie Ahmed Tibi, Cohen a déclaré que « si vous viviez au Liban, vous vivriez dans la peur ».

Pour sa part, Sami Abou Shehadeh, député de la Liste arabe unie, a finalement été exclude la session en raison de ses interruptions incessantes.

Le député de la Liste arabe unie Sami Abou Shehadeh est expulsé de la Knesset pendant un vote controversé sur l’interdiction des drapeaux palestiniens sur les institutions financées par l’État à Jérusalem, le 1er juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le projet de loi prévoit d’interdire « de faire flotter les drapeaux d’un pays ennemi ou de l’Autorité palestinienne » dans toutes les institutions financées par l’État. Il devra encore être approuvé au cours de trois lectures avant d’être inscrit définitivement dans le bloc législatif.

« L’État d’Israël, en tant que démocratie, permet à ses citoyens de protester et de manifester en cas de désaccord avec les autorités. Néanmoins, ce texte établit une ligne rouge entre protestation légitime et manifestation au cours de laquelle les drapeaux de pays qui ne reconnaissent pas Israël ou qui menacent son existence sont exhibés dans des instances par ailleurs financées par l’État », dit la législation.

« Faire flotter de tels drapeaux sera considéré comme un rassemblement illégal qui sera pris en charge comme une émeute que les forces de l’ordre seront en droit de disperser », stipule le projet de loi.

La législation ne précise pas quel autre drapeau est interdit en plus du drapeau palestinien.

Les Palestiniens ont reconnu l’existence d’Israël dans le cadre des Accords d’Oslo, qui ont été signés dans les années 1990, et les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne se coordonnent avec les forces israéliennes.

Cohen avait toutefois affirmé en présentant son texte que les Palestiniens « veulent éliminer l’État juif ».

Même si les drapeaux palestiniens ont parfois été interdits ou confisqués par la police, ils ne sont pas illégaux. Cette initiative législative, qui avait été lancée avant la « marche des drapeaux » nationaliste de dimanche dernier, avait suivi des critiques émises à l’encontre de l’université Ben Gurion du Negev où des drapeaux palestiniens avaient été exhibés lors d’un rassemblement récent à Beer Sheva.

« La marche qui s’est illustrée par des drapeaux de l’OLP lors de la journée de la Naqba, à l’université, incarne les aspirations de ceux qui veulent éliminer l’État juif », avait affirmé Cohen, qui avait ajouté que le système de l’éducation au sein de l’Autorité palestinienne « continue ses incitations à la haine et à la violence contre les Juifs et contre Israël ».

« Imaginez qu’en Amérique, le drapeau d’al-Qaida soit ainsi brandi ou que le drapeau de l’IRA flotte sur un hôpital britannique… c’est inconcevable », avait continué Cohen, faisant référence à l’armée républicaine irlandaise.

Répondant aux critiques, l’université avait noté que les événements qui s’étaient déroulés montraient que tous les segments de la société israélienne, sur le campus, étaient capables « d’avoir une grande variété d’opinions et de points de vue ».

Les universités ne sont pas les seules concernées par ce projet de loi qui s’appliquera à toutes les institutions financées par l’État, comme, entre autres, aux institutions culturelles.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement prend pour cible de telles institutions, financées par l’État, pour ce que que ce dernier perçoit comme un signe de « déloyauté ».

En 2018, un projet de loi qui avait initié par la ministre de la Culture de l’époque, Miri Regev, aurait permis à la ministre de cesser de financer des institutions présentant des œuvres culturelles rejetant Israël en tant qu’État juif et démocratique, ou semblant soutenir des groupes terroristes ou des ennemis du pays. Cette législation avait été mise en suspens, le gouvernement ne parvenant pas, à ce moment-là, à rassembler en sa faveur un nombre suffisant de votes.

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