La marine israélienne s’est préparée à un séisme dévastateur
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La marine israélienne s’est préparée à un séisme dévastateur

Les représentants de neuf marines étrangères et de l'OTAN ont participé à l'exercice baptisé "Vagues puissantes"

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des milliers de morts, plus de 100 000 blessés, des hôpitaux détruits et des infrastructures en ruines suite à un puissant tremblement de terre dans le nord d’Israël – voici le scénario de cet exercice international inédit qu’a organisé la Marine israélienne la semaine dernière.

« Vagues puissantes 2019 » a rassemblé des représentants de neuf marines étrangères et de l’OTAN dans le port de Haïfa, sur la côte nord d’Israël. Des officiels israéliens ont décrit cet exercice naval comme le plus grand jamais organisé. Il s’agissait aussi du premier entraînement de la marine israélienne uniquement consacré à un tremblement de terre.

« L’objectif était d’apprendre comment réagir au mieux dans des circonstances difficiles », a déclaré au Times of Israël, la semaine dernière, le major Amichai Rachamim, chef du service des exercices de la Marine.

« Nous avons mis en place une infrastructure qui nous fait penser que nous pourrions vraiment faire cela dans le monde réel, si c’était nécessaire », a-t-il dit lors d’une conversation téléphonique jeudi.

« Bien sûr, il y a des lacunes, mais le simple fait que nous réalisions ce type d’exercice est positif. Nous avons besoin d’identifier les problèmes pour nous entraîner ».

Les Etats-Unis, la France et la Grèce ont envoyé des navires et du personnel à Haïfa. Des représentants de Chypre, du Chili, de l’Italie, de l’Allemagne, du Canada, du Royaume-Uni et de l’OTAN ont observé les exercices et pris part aux aspects non-physiques de la simulation.

La commandante américaine Kelley Jones parle avec une femme officier de la marine israélienne dans le cadre de l’exercice naval « Vagues puissantes 2019 » en août 2019. (Crédit : Armée israélienne)

L’exercice naval avait deux objectifs principaux : mettre en place un « portail maritime », à travers lequel la majorité de l’aide humanitaire acheminée vers Israël transiterait après un séisme majeur, et, plus globalement, apprendre à travailler plus efficacement avec différentes organisations nationales et internationales qui seraient impliquées dans les efforts d’aide après une catastrophe.

En outre, les différentes marines ont également simulé des opérations de recherche et de sauvetage en mer.

Certains aspects de « Vagues puissantes » ont été testés par le passé, y compris la création d’un portail maritime dans le port d’Ashdod dans le cadre d’un exercice il y a quelques années. Mais, jamais auparavant, les efforts de secours maritime, après un tremblement de terre, n’ont été simulés à un tel niveau, ont précisé des officiels israéliens.

Une des hypothèses fondamentales de « Vagues puissantes » est qu’en cas de tremblement de terre ou d’autre désastres naturels de grande ampleur, la majorité de l’aide humanitaire viendrait de la mer, et non pas de l’air, puisque les grands avions cargos ne peuvent transporter qu’une petite partie de ce que peuvent transporter les navires.

La Marine israélienne s’entraîne avec des marines étrangères en réaction à une simulation de tremblement de terre de grande ampleur qui aurait touché le nord d’Israël, dans le cadre de l’exercice naval « Vagues puissantes 2019 » en août 2019. (Crédit : Armée israélienne)

Acheminer rapidement et en toute sécurité ce volume d’aide à travers tout le pays, dont les routes et infrastructures auraient été endommagées dans le séisme, exigerait un effort considérable de la marine israélienne, des ports et d’un certain nombre d’autres services nationaux de réponse d’urgence.

Afin de développer les scénarios simulés dans l’exercice de la semaine dernière, la marine israélienne et l’Autorité nationale de gestion de crise d’Israël – connu par son acronyme hébreu Rachel – ont étudié les tremblements de terre qui ont frappé Haïti en 2010 et le Japon en 2011, a déclaré Rachamim.

Israël se situe le long de la faille syro-africaine, une faille active dans la croûte terrestre qui suit la frontière séparant Israël et la Jordanie. Le dernier grand tremblement de terre qui a frappé la région a eu lieu en 1927 – un tremblement de terre de 6,2 sur l’échelle de Richter ayant fait 500 morts et 700 blessés. Les sismologues estiment qu’un tel tremblement de terre se produit dans cette région tous les 100 ans environ.

Le général Gil Agnisky rencontre d’autres officiers de la marine dans le cadre de l’exercice naval « Vagues puissantes » en août 2019. (Crédit : Armée israélienne)

« Nous avons donc environ 8 ans de plus », a déclaré le général Gil Aginsky, commandant de la base de Haïfa où l’exercice a eu lieu la semaine dernière, à des journalistes, avant d’ajouter rapidement, « je plaisante ».

« Vagues puissantes » a ainsi simulé un séisme de magnitude 7,5 sur l’échelle de Richter qui frapperait la vallée de Beit Shean dans le nord d’Israël, tuant 7 000 personnes, blessant des milliers d’autres, endommageant des centaines d’habitations et faisant 150 000 sans-abris.

« Le tremblement de terre [simulé] a causé des dégâts sur les infrastructures du pays, y compris le réseau électrique, l’approvisionnement en eau, les systèmes de communications, les routes et les hôpitaux », décrit l’armée.

Après un tel événement, Israël déclarerait l’Etat urgence et demanderait l’aide de gouvernements étrangers. Pour les besoins de l’exercice, les Etats-Unis, la France et la Grèce ont ainsi accepté de fournir cette aide humanitaire, mais en cas de séisme réel, de nombreux autres pays de la Méditerranée et de la zone environnante devraient aussi aider, ont déclaré des officiels israéliens.

« Nous avons un certain nombre d’amis qui seront à nos côtés quand nous en aurons besoin », a-t-il dit.

Dans les heures qui suivront le tremblement de terre, la marine et d’autres organismes pertinents évalueront les dégâts causés dans les ports du pays – les plus grands étant ceux de Haïfa et d’Ashdod – et détermineront lequel est le plus en mesure d’accueillir l’aide humanitaire.

« Rachel va déterminer ce qui est nécessaire [en aide humanitaire], que ce soit les tentes, l’eau, les médicaments, ou quelque chose auquel nous n’avons pas pensé, comme des rails de chemins de fer, car nous n’en avons pas assez », a déclaré Rachamim.

Etant donné que les navires de guerre sont généralement beaucoup plus rapides que les navires commerciaux, la première aide humanitaire arriverait probablement des navires militaires, a déclaré Aginsky.

Pour « Vagues puissantes », l’USS Donald Cook de la 6e flotte de la marine américaine, le navire français FREMM Auvergne et le Grec HS Aigaion ont joué le rôle des navires apportant l’aide humanitaire.

Afin de gérer l’aide, Israël établirait un Centre de coordination composé de représentants de la marine, de Rachel, de la police, de l’autorité portuaire, des services médicaux et des marines étrangères.

Selon Rachamim, qui a participé à l’organisation de l’exercice, la gestion du centre était l’un des aspects les plus importants de « Vagues puissantes ».

« Nous avons appris un langage commun, a-t-il dit. « Nous sommes à un endroit différent d’où nous étions auparavant. Nous sommes dans un lieu de certitude. Nous savons à qui parler et comment dialoguer ».

Il a donné l’exemple d’une opération de sauvetage en mer de l’exercice ayant démontré cette coopération, au niveau national mais également international.

La Marine israélienne s’entraîne avec des marines étrangères en réaction à une simulation de tremblement de terre de grande ampleur qui aurait touché le nord d’Israël, dans le cadre de l’exercice naval « Vagues puissantes 2019 » en août 2019. (Crédit : Armée israélienne)

« Le sauveteur qui a secouru la victime de l’eau était sur un bateau gonflable israélien. Un docteur israélien sur un navire israélien a apporté les premiers soins. Ensuite, un bateau gonflable grec est arrivé pour les emmener vers un navire américain. Enfin, un hélicoptère français les a transportés vers un hôpital israélien », a-t-il dit.

En plus de la coordination internationale, l’exercice de sauvetage a impliqué le centre médical Rambam de Haïfa.

« Je pense que nous sommes les premiers à avoir fait cela », a déclaré Rachamim.

L’officier de marine a estimé que neuf marines étrangères et l’OTAN ont décidé de participer car ils ont compris que ce type d’exercice est bénéfique non seulement pour le pays qui l’organise, mais aussi pour toutes les nations, puisqu’on ne peut pas prédire quand et où le désastre pourrait frapper.

« C’est un problème commun. Seul Dieu – si vous croyez en lui – ou le destin sait où une catastrophe naturelle aura lieu », a-t-il dit.

S’il a bien reconnu qu’il y avait encore des failles dans le niveau de préparation d’Israël en cas de séisme – un rapport du contrôleur de l’Etat de 2016 avait mis en évidence des problèmes majeurs, lesquels sont encore d’actualité – Rachamim s’est dit satisfait de l’opération « Vagues puissantes ».

« Une prise de conscience plus forte sur le sujet est la véritable réussite de cet exercice. J’espère [que ce que nous avons appris] ne sera pas nécessaire, mais si c’est le cas, nous sommes prêts », a-t-il dit.

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