La présidente de la Cour suprême réprime des juges trop démagogues
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La présidente de la Cour suprême réprime des juges trop démagogues

Esther Hayut ordonne à un juge d'expliquer sa conférence de presse inattendue, vingt-quatre heures après avoir demandé une enquête sur une magistrate qui avait raillé un accusé

La juge à la Cour suprême Esther Hayut lors de la conférence annuelle à l'Institute for National Security Studies (INSS) à Tel Aviv, le 29 janvier 2018. (Flash90)
La juge à la Cour suprême Esther Hayut lors de la conférence annuelle à l'Institute for National Security Studies (INSS) à Tel Aviv, le 29 janvier 2018. (Flash90)

La présidente de la Cour suprême Esther Hayut a ordonné lundi à un magistrat d’expliquer le pourquoi de sa conférence de presse impromptue lors de l’ouverture d’un procès hautement sensible – c’est la seconde fois, ces derniers jours, qu’un juge se trouve interpellé par la plus haute instance judiciaire pour son comportement inapproprié.

Hayut a demandé au juge de la cour des magistrats de Haïfa, Einas Salameh, de convoquer Zayed Falah et de lui demander un éclaircissement de ses propos. En effet, Falah avait ouvert le procès très observé de l’agent de police qui avait tué un adolescent israélien d’origine éthiopienne, l’année dernière, par un discours prononcé devant les journalistes et le tribunal où il avait martelé son impartialité.

« Les mouvements de protestation et les médias n’auront aucune influence sur la cour », avait déclaré Falah.

« Si l’accusé mérite l’acquittement, je n’hésiterai pas à le faire et ce sera la même chose pour une condamnation », avait-il continué devant la presse et les soutiens de la famille de Solomon Tekah.

L’agent de police qui avait tué Tekah, au mois de juin 2019, a été mis en examen au début du mois pour homicide par négligence – un crime prévoyant une peine maximale de trois ans d’emprisonnement.

Worka et Wbjig Tekah tiennent une photo de leur fils Solomon Tekah, 19 ans, deux jours après qu’il a été tué par un policier hors-service le 1er juillet 2019 à Haïfa. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

La fusillade avait eu lieu dans le quartier de Kiryat Haim, à Haïfa, le 30 juin. Selon l’enquête, le policier qui se trouvait hors-service avait sorti son arme et ouvert le feu vers le sol en direction de jeunes qui lui envoyaient des pierres. La balle avait ricoché et blessé mortellement Tekah, 19 ans.

La mort de l’adolescent avait entraîné des manifestations importantes et parfois violentes de la communauté éthiopienne, qui avait dénoncé un racisme systématique de la part des forces de l’ordre.

La directive donnée par Hayut, lundi, est la deuxième initiative de type disciplinaire qu’elle entreprend vis-à-vis d’une juridiction inférieure en l’espace de quelques jours.

Dimanche, Hayut avait ordonné l’ouverture d’une enquête sur une magistrate qui s’était moquée d’Eliezer Berland, un rabbin condamné pour agressions sexuelles et accusé d’avoir escroqué des malades en phase terminale, notamment en leur donnant de faux médicaments – une arnaque qui lui aurait rapporté des millions de shekels.

La cour des magistrats de Jérusalem avait prolongé, jeudi, la détention d’Eliezer Berland de huit jours. Le rabbin avait été arrêté dans le cadre d’une vaste fraude impliquant des paiements en liquidités en échange de la promesse de guérisons miraculeuses.

La juge Sharon Lary-Bavly avait écrit dans sa décision que Berland avait « exploité avec cynisme » ses victimes présumées en leur donnant, entre autres, « des Mentos sous couvert de médicaments ».

Au cours des délibérations, l’avocat de Berland, Amit Hadad, avait soulevé la question de la mauvaise santé de son client pour justifier la demande qu’il ne soit pas maintenu en détention.

Lary-Bavly avait riposté : « Donnez-lui un Mentos. »

Cette raillerie avait été largement saluée sur les réseaux sociaux mais elle a entraîné la réprobation de la présidente de la Cour suprême, qui a réclamé l’ouverture d’une enquête sur le comportement de Lary-Bavly, dimanche. La magistrate de Jérusalem sera convoquée pour une audience, ont indiqué les médias.

Berland, condamné pour agressions sexuelles, avait été arrêté pour fraude après le dépôt de centaines de plaintes contre lui, l’accusant d’avoir vendu des prières et des « médicaments magiques » à des membres de sa communauté malades ou handicapés – et notamment en promettant à des familles de personnes paralysées que l’être cher serait bientôt en mesure de marcher et aux familles de détenus condamnés que ces derniers seraient libérés de prison.

Il avait été appréhendé dimanche dernier dans le quartier Mea Sharim de Jérusalem, aux côtés de son épouse et d’autres hauts-responsables de sa secte ultra-orthodoxe de Shuvu Bonim. Cette arrestation avait donné lieu à des affrontements entre les fidèles du rabbin et la police.

Le rabbin Eliezer Berland arrive pour une audience au tribunal de première instance de Jérusalem, le 13 février 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lors du raid qui avait suivi l’arrestation, des dizaines de boîtes de poudres et de pilules avaient été retrouvées au domicile du rabbin. Elles étaient délivrées aux malades comme étant des « médicaments magiques ». Des tests initiaux réalisés en laboratoire avaient révélé qu’ils étaient constitués de médicaments anti-douleur en vente libre et de bonbons, notamment de Mentos, avaient fait savoir les officiels.

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