La procureure évoque Netanyahu dans les « pots de vin » de l’Affaire 4 000
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La procureure évoque Netanyahu dans les « pots de vin » de l’Affaire 4 000

Le Premier ministre devrait être interrogé dans le dossier vendredi, "peut-être même" après lecture de ses droits - en tant que suspect, selon une source familière de l'enquête

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime devant la conférence de la CoP (Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations) à Jérusalem, le 21 février 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime devant la conférence de la CoP (Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations) à Jérusalem, le 21 février 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Dans une toute première déclaration officielle le mentionnant dans l’enquête de corruption qui est connue sous le nom de « l’Affaire 4 000 », le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été désigné personnellement mardi comme étant l’une des personnalités ayant été impliquée dans des pots-de-vin dans le cadre d’un accord illicite passé avec le géant israélien des télécommunications Bezeq.

S’exprimant lors d’une audience durant laquelle Shaul Elovitch et Nir Hefetz — qui sont respectivement actionnaire majoritaire de Bezeq et ancien conseiller en communication du Premier ministre – ont fait appel de leur détention continue dans le dossier, la procureure d’Etat Yehudit Tirosh de l’Autorité des titres israélienne a déclaré que dans sa fonction de ministre des communications, Netanyahu s’était trouvé au centre « d’un très grave exemple d’échanges réciproques de pots-de-vin ».

Dans l’Affaire 4 000, Netanyahu aurait octroyé des avantages en termes de régulations à la plus importante entreprise de télécommunications israélienne, Bezeq, en échange d’une couverture médiatique plus favorable des actions du Premier ministre et de sa famille sur le site Walla, propriété de Shaul Elovitch.

Tirosh, prenant la parole devant la cour des magistrats de Tel Aviv, a déclaré qu’une « couverture positive, c’est le moins qu’on puisse dire ».

« Je n’ai aucun moyen de décrire de manière appropriée les bénéfices [qu’il a reçus]. Nous parlons d’engager un site d’information majeur pour qu’il fournisse une couverture extrêmement flatteuse en échange de bénéfices de régulation offerts par le ministère des Communications, le ministre des Communications et le directeur-général du même ministère », a-t-elle déclaré.

La procureur d’Etat de l’Autorité des titres israélienne Yehudit Tirosh arrive à la cour des magistrats de Tel Aviv, le 26 février 2018 (Crédit : Flash90)

Netanyahu avait servi au poste de ministre des Communications du mois de novembre 2014 jusqu’au mois de février 2017. Durant cette période, la couverture des actions de la famille Netanyahu avait changé de manière notable sur le site Walla, devenant beaucoup plus positive et Bezeq avait obtenu la permission, entre autres, d’acheter le fournisseur de chaînes par satellite Yes, négligeant alors toutes alors toutes les questions d’antitrust soulevées, et avait eu l’autorisation de revenir sur son engagement de louer à bail ses infrastructures à ses concurrents du secteur de manière à ce qu’ils puissent fournir des lignes et fixes et des services internet qui puissent rivaliser.

Le directeur du ministère des Communications – suspendu – Shlomo Filber, devenu témoin de l’accusation la semaine dernière et qui pourrait livrer des informations incriminant Netanyahu dans l’affaire, a vu sa détention prolongée de deux semaines mercredi dernier.

Des sources proches de Netanyahu, qui a nié lui-même toute malversation, ont rejeté les affirmations selon lesquelles le Premier ministre aurait cherché à venir en aide à Bezeq dans le cadre d’un accord de compromis.

« Les accusations contre le Premier ministre Netanyahu sont sans fondement. Toutes les décisions ont été prises pour des raisons pertinentes et elles ont été basées sur des opinions de professionnels, sur des conseils donnés en commission et par des avocats », ont fait savoir lundi ces mêmes sources.

Tirosh, répétant les propos qu’elle avait tenus lors d’une audience qui a eu lieu lundi, a déclaré que les bénéfices accordés à Bezeq s’élevaient « jusqu’à un milliard de shekels ».

Lundi, le tribunal a assigné à domicile quatre suspects dans l’affaire – l’épouse d’Elovitch, Iris ; son fils, Or ; la directrice-générale de Bezeq, Stella Handler ; et le directeur-adjoint du développement commercial de l’entreprise, Amikam Shorer. Il a néanmoins accédé à la requête des procureurs de conserver jusqu’à dimanche Elovitch et Hefetz en détention.

L’ancien porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Nir Hefetz, au premier plan, et l’actionnaire principal de Bezeq, Shaul Elovitch, lors d’une audience de prolongement de détention devant la cour des magistrats de Tel Aviv, le 26 février 2018 (Crédit : Flash90)

S’exprimant mardi en défaveur d’une révision de ce jugement, Tirosh a affirmé que l’Etat pensait qu’Elovitch et Hefetz tenteraient d’obstruer l’enquête, peut-être même en suggérant une consultation illicite avec Netanyahu lui-même.

« Il y a des soupçons réels que si les suspects devaient être libérés aujourd’hui, un travail d’investigation immensément important qui doit être mené à bien dans les prochains jours serait déjoué », a-t-elle déclaré.

Netanyahu devrait être interrogé dans le dossier vendredi, « peut-être même » après lecture de ses droits – en tant que suspect, a fait savoir une source familière de l’enquête au Times of Israel au début de la semaine. Si Hefetz et Elovitch devaient être libérés avant, ils seraient en mesure de s’entretenir avec Netanyahu avant que ce dernier ne rencontre les inspecteurs.

Dimanche, la Dixième chaîne a fait savoir que Hefetz et Elovitch avaient coordonné leur version des événements et qu’ils avaient supprimé les messages qui auraient fait le lien entre la couverture favorable de Netanyahu par Walla et les politiques mises en oeuvre au bénéfice de Bezeq.

« Nous parlons de soupçons basés sur de véritables preuves d’exemples d’obstruction de l’enquête de la part de ces deux suspects », a dit Tirosh, se référant apparemment aux allégations faites dans le reportage.

La juge Ronit Poznansky-Katz, à gauche, et l’enquêteur de l’Autorité israélienne des titres, Eran Shacham-Shavit, à droite

Les avocats d’Elovitch et de Hefetz ont affirmé que les textos qui avaient fuité, issus d’un échange entre une magistrate et un enquêteur dans le dossier et qui semblait montrer que les deux s’étaient coordonnés sur les prolongements de détention avant même que l’audience n’ait lieu, avaient rendus invalides la décision de l’Etat de les garder derrière les barreaux.

Une retranscription entière des messages qui a été rendue publique lundi a semblé toutefois moins accablante qu’il n’avait été donné de le penser – lorsque seul un court extrait avait été diffusé – et a semblé révéler que la magistrate Ronit Poznansky-Katz et le procureur Eran Shacham-Shavitne parlaient en définitive que de questions logistiques dans le dossier.

« Nous ne pouvons pas négliger la gravité de l’incident qui a eu lieu dimanche », a déclaré Yaron Kostelich, l’avocat de Hefetz, à la cour, affirmant qu’il avait ôté sa légitimité à la demande du procureur de prolonger l’incarcération de son client. « Nous n’avions jamais vu une pareille chose au sein de l’Etat d’Israël ».

En réponse, Tirosh, qui a remplacé Shacham-Shavit après l’incident, a qualifié ce dernier de « très grave à mes yeux et aux yeux de l’Etat, même après que d’autres messages ont été divulgués », mais elle a estimé qu’ils ne devaient pas influencer le dossier.

« Dire que nous parlons d’une détention hors-la-loi ou que nous parlons de préjudice porté au processus judiciaire est une exagération, en particulier dans la mesure où l’incident fait actuellement l’objet d’une enquête », a-t-elle ajouté.

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