La reconnaissance de la Palestine « irréversible », dit le président colombien
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La reconnaissance de la Palestine « irréversible », dit le président colombien

Ivan Duque a expliqué qu'il aurait apprécié davantage de discussions sur le sujet mais qu'il ne reviendra pas sur la décision du président sortant

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le président colombien Juan Manuel Santos au palais présidentiel de Bogota, le 13 septembre 2017. (Crédit : Raul Arboleda/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le président colombien Juan Manuel Santos au palais présidentiel de Bogota, le 13 septembre 2017. (Crédit : Raul Arboleda/AFP)

Le nouveau président colombien Ivan Duque a expliqué lundi qu’il ne reviendrait pas sur la décision-surprise prise par son prédécesseur, le mois dernier, de reconnaître un état palestinien.

« Les dégâts entraînés par le fait qu’il n’y a pas eu davantage de discussions institutionnelles sur le sujet ont déjà été commis. [L’ancien] président [Juan Manuel] Santos m’a dit qu’il avait pris cette décision. Mais elle est irréversible », a-t-il indiqué à une radio locale.

« Nous aurions évidemment bénéficié du fait qu’il y ait plus d’analyses [sur les avantages et les inconvénients de la reconnaissance de la Palestine] mais nous devons faire partie de la solution et non du problème », a-t-il ajouté.

Tout gouvernement conserve le pouvoir jusqu’à son remplacement par l’administration qui lui succède, et par conséquent, la décision de Santos ne peut être remise en question, a poursuivi Duque.

Tandis que le ministère des Affaires étrangères de Jérusalem a refusé de commenter la déclaration de Duque, le vice-ministre Michael Oren a estimé que la décision prise par le dirigeant colombien de ne pas annuler cette reconnaissance de la Palestine était « regrettable » dans le cadre de l’amitié de longue date existant entre l’Etat juif et Bogota.

« C’est même pire – cette décision nuit directement au processus de paix en offrant aux Palestiniens gratuitement ce qu’ils pourraient recevoir en échange de concessions dans un contexte de négociations futures. Alors maintenant pourquoi les Palestiniens voudraient-ils négocier ? », s’est-il interrogé dans un communiqué.

Le vice-ministre Michael Oren à la Knesset, le 27 juin 2017. (Yonatan Sindel)

« Peut-être que les Colombiens se sentent dans l’obligation de venir en aide aux Palestiniens », a continué Oren, « mais en fait, ils se trompent pensant qu’il sera possible de construire un état palestinien sans qu’il y ait au préalable une reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif ».

La Colombie -le plus proche allié d’Israël en Amérique du sud – était, jusqu’au mois dernier, le seul pays du continent refusant de reconnaître un état palestinien.

Au début de l’année, Duque, alors candidat, avait ouvertement envisagé de transférer l’ambassade du pays à Jérusalem et juré d’améliorer encore les liens déjà proches entre Bogota et Jérusalem.

Mais seulement 24 heures après l’investiture de Duque, le 7 août, l’information a été diffusée que l’administration sortante de Santos avait reconnu un état palestinien.

Quelques jours plus tôt, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait annoncé son intention de se rendre à l’investiture du nouveau dirigeant à Bogota mais, moins d’une semaine plus tard, le 2 août, il avait annulé le voyage, citant la situation sécuritaire instable dans le sud israélien.

Le nouveau président colombien Ivan Duque, après avoir reçu l’écharpe présidentielle durant son investiture lors d’une cérémonie sur la place Bolivar de Bogota, le 7 août 2018 (Crédit : AFP Photo/Raul Arboleda)

Le 3 août, la ministre sortante des Affaires étrangères de Colombie, María Ángela Holguín, avait envoyé un courrier au ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne Riyad al-Maliki pour l’informer que son président avait « décidé de reconnaître la Palestine en tant qu’état libre, indépendant et souverain ».

Le gouvernement sortant avait alors informé le nouveau de ses démarches, qui n’auront été annoncées au public qu’après l’investiture de Duque.

Jérusalem s’était dit surpris de cette reconnaissance, mais l’ambassade israélienne avait émis dans la foulée un communiqué furieux dans lequel elle se disait « profondément déçue » non seulement par la reconnaissance effectuée mais également par « la manière dont elle a eu lieu ».

Cette façon de traiter un allié proche était indigne, avait ajouté l’ambassade, demandant à ce que le nouveau gouvernement revienne sur cette décision.

#ULTIMAHORA Comunicado de Prensa de la Embajada de Israel en Colombia sobre los últimos acontecimientos.

Posted by Israel en Colombia on Wednesday, 8 August 2018

Le vice-président et le ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement avaient alors estimé que cette reconnaissance de la Palestine avait été faite en toute légalité mais que le nouveau gouvernement réfléchirait à sa révision. La décision finale qui serait prise prendrait deux aspects en considération, avait fait savoir le ministre des Affaires étrangères Carlos Holmes Trujillo mercredi dernier : le droit international et les relations étrangères de la Colombie.

L’ambassadeur israélien à Bogota, Marco Sermoneta, avait pour sa part rencontré la vice-présidente Marta Lucía Ramírez, qui avait écouté ses griefs et promis de les transmettre à Duque. Elle avait également répété que la Colombie reconnaissait la valeur de « l’importance stratégique » de ses liens avec Israël.

Depuis des années, la Colombie est l’ami le plus stable d’Israël en Amérique du sud.

Lorsque 138 pays avaient voté en faveur de l’octroi d’un statut d’observateur à la « Palestine » lors de l’Assemblée générale des Nations unies en 2012, la Colombie s’était abstenue, comme elle l’avait fait également lorsque 128 pays avaient voté pour condamner la reconnaissance par l’administration américaine de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, l’année dernière.

En remerciement de ce soutien de longue date, Netanyahu, au mois de septembre dernier, était devenu le premier Premier ministre israélien à se rendre dans le pays.

« Sous votre leadership, ces dernières années, il y a eu une alliance remarquable [entre Israël et la Colombie] de foi et de valeurs, de foi en l’avenir », avait dit Netanyahu à Santos au palais présidentiel Narino de Bogota.

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