La réponse de l’UE au projet israélien d’annexion de pans de Cisjordanie
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La réponse de l’UE au projet israélien d’annexion de pans de Cisjordanie

En félicitant le nouveau gouvernement, le chef de la politique étrangère Josep Borrell a déclaré que le bloc n'accepterait "aucune modification des frontières de 1967"

Le chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Josep Borrell, lors d'une conférence de presse après une réunion à Belgrade, en Serbie, le 31 janvier 2020. (Darko Vojinovic/AP)
Le chef de la politique étrangère de l'Union européenne, Josep Borrell, lors d'une conférence de presse après une réunion à Belgrade, en Serbie, le 31 janvier 2020. (Darko Vojinovic/AP)

Lundi, le haut diplomate de l’Union européenne a mis en garde Israël contre l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie, déclarant que le bloc ne reconnaîtrait aucune modification des lignes de 1967 non convenues dans un accord de paix entre Israël et les Palestiniens.

Dans une déclaration félicitant Israël pour la formation d’un nouveau gouvernement, Josep Borrell a également déclaré que l’UE était prête à aider à relancer les négociations de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP), en sommeil depuis longtemps.

« Le droit international est un pilier fondamental de l’ordre international fondé sur des règles. À cet égard, l’UE et ses États membres rappellent qu’ils ne reconnaîtront aucune modification des frontières de 1967, sauf accord des Israéliens et des Palestiniens », a déclaré M. Borrell, ajoutant que « la solution des deux États, avec Jérusalem comme future capitale pour les deux États, est la seule façon de garantir une paix et une stabilité durables dans la région ».

M. Borrell a déclaré que l’UE considérait l’engagement du Premier ministre Benjamin Netanyahu à faire progresser l’annexion comme « très préoccupant ».

« Nous demandons instamment à Israël de s’abstenir de toute décision unilatérale qui conduirait à l’annexion de tout territoire palestinien occupé et serait, en tant que telle, contraire au droit international », a-t-il déclaré.

Présentant son nouveau gouvernement dimanche, Netanyahu a déclaré que la loi israélienne devrait être étendue aux territoires de Cisjordanie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présentant le 35e gouvernement d’Israël à la Knesset, le 17 mai 2020. (Crédit : Knesset/Adina Veldman)

« Ces régions sont le berceau du peuple juif. Il est temps d’étendre la loi d’Israël sur elles. Cette mesure ne nous éloignera pas davantage de la paix, elle nous en rapprochera. La vérité est, et tout le monde le sait, que les centaines de milliers d’habitants juifs en Judée et en Samarie resteront toujours sur place dans tout accord futur », a-t-il déclaré.

La déclaration de M. Borrell a été faite plusieurs jours après la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE pour discuter des réponses possibles si Israël annexe les implantations de Cisjordanie et la vallée du Jourdain.

Vendredi, M. Borrell a déclaré que l’UE s’efforcerait de « décourager » toute initiative israélienne visant à l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie et consacrerait des efforts diplomatiques à la recherche d’une solution.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à Bruxelles après une réunion virtuelle avec les ministres européens des Affaires étrangères, M. Borrell a déclaré que la résolution du conflit israélo-palestinien « reste une priorité et qu’elle constitue l’un des intérêts stratégiques de l’Union européenne ».

Plusieurs nations européennes, la France en tête, dont l’Irlande, la Suède, la Belgique, l’Espagne et le Luxembourg, auraient exprimé leur soutien aux menaces d’actions punitives afin de dissuader le nouveau gouvernement israélien de procéder à l’annexion avec le feu vert de Washington.

Le bloc de l’UE est le plus grand partenaire commercial d’Israël, lui accorde un statut commercial privilégié et l’aide à financer la recherche et le développement scientifiques israéliens grâce à son vaste programme Horizon 2020.

Les mesures proposées consistent notamment à annoncer qu’Israël serait empêché de conclure des accords commerciaux avec le bloc, de recevoir des subventions de l’UE ou de participer à d’autres formes de coopération avec l’union. Il n’est pas clair si ces mesures s’appliqueraient aux futurs accords ou si elles gèleraient les accords existants.

Borrell a déclaré que les nations européennes « doivent s’efforcer de décourager toute initiative éventuelle d’annexion » et qu’une telle stratégie nécessitera que les États se tournent vers Israël, les États-Unis, les Palestiniens et les partenaires arabes, « en utilisant tous les canaux dont disposent l’UE et les États membres ».

Une photo prise depuis le corridor controversé E1 en Cisjordanie montre l’implantation de Maale Adumim à l’arrière plan, le 25 février 2020 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

A la question de savoir si l’UE est prête à prendre des mesures concrètes pour dissuader Israël de poursuivre son plan d’annexion, M. Borrell a répondu que pour l’instant, les efforts de l’UE sont « consacrés à l’action diplomatique afin d’éviter toute action unilatérale ».

« Ce sur quoi tout le monde s’est mis d’accord, c’est que nous devons accroître nos efforts et nos contacts avec tous les acteurs concernés au Moyen-Orient afin d’éviter que quelque chose que nous ne voulons pas se produise, puisse se produire… Et si cela se produit, alors nous verrons », a déclaré M. Borrell.

Le chef de la politique étrangère de l’UE a déclaré qu’il était important pour l’UE « d’avoir les meilleures relations avec Israël ».

Dans le cadre de leur accord de coalition, Netanyahu et le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, ont convenu que le gouvernement peut commencer à appliquer la souveraineté israélienne aux implantations et à la vallée du Jourdain après le 1er juillet, une démarche qui devrait bénéficier du soutien d’une majorité de députés à la Knesset.

Bien que l’on pense que Gantz soit opposé à une action unilatérale, il a acquiescé à la demande de Netanyahu de permettre que la question soit soumise à un vote au Parlement.

L’annexion des implantations et de la vallée du Jourdain a été l’une des principales promesses de campagne de Netanyahu et de son parti, le Likud, lors des dernières élections.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu plante un arbre au cours d’une cérémonie pour la fête juive de Tou Bichvat, dans l’implantation de Mevoot Yeriho, en Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain, le 10 février 2020. (Crédit : Flash90)

Le projet de Netanyahu d’annexer des parties de la Cisjordanie a été sévèrement critiqué par la quasi-totalité de la communauté internationale, y compris les alliés européens de Washington et les principaux partenaires arabes. Le plan de paix du président américain Donald Trump au Moyen-Orient prévoit la possibilité d’une reconnaissance américaine de ces annexions à condition qu’Israël accepte de négocier dans le cadre de la proposition qui a été dévoilée en janvier.

Selon le plan proposé, les États-Unis reconnaîtront une application israélienne de la souveraineté sur certaines parties de la Cisjordanie après l’achèvement d’une étude menée par un comité de cartographie conjoint États-Unis-Israël et l’acceptation par Israël à la fois d’un gel de quatre ans des zones réservées à un futur État palestinien et d’un engagement à négocier avec les Palestiniens sur la base des termes de l’accord de paix de Trump.

Seule parmi la plupart des gouvernements, l’administration Trump a déclaré qu’elle soutiendrait l’annexion du territoire de Cisjordanie revendiqué par les Palestiniens pour un éventuel État, tant qu’Israël acceptera d’entamer des pourparlers de paix.

L’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, a déclaré ce mois-ci que Washington est prêt à reconnaître la souveraineté israélienne sur certaines parties de la Cisjordanie si elle devait être déclarée dans les semaines à venir.

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