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La visite de Biden détend mais ne répare pas les liens avec Washington

Le vice-président a réaffirmé son « amour » pour Netanyahu, critiqué les Palestiniens, mais la Maison Blanche a eu raison en prévoyant que ce voyage n'apporterait aucune avancée

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Les couples Biden et Netanyahu à Jérusalem, le 9 mars 2016 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Les couples Biden et Netanyahu à Jérusalem, le 9 mars 2016 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

La visite éclair du vice-président Joe Biden en Israël était pleine de gestes conviviaux, mais a très peu contribué à réparer les relations tendues entre Jérusalem et la Maison Blanche.

Sa rencontre avec le Premier ministre Netanyahu mercredi matin était « amicale, cordiale et chaleureuse » ont déclaré des officiels à Jérusalem aux journalistes. Le ton des deux dirigeants dans leurs déclarations publiques semblait en effet affectueux, Presque comme s’il n’y avait jamais eu de crise entre Jérusalem et Washington.

Cette atmosphère contrastait avec l’image donnée des liens entre les deux États un jour plus tard, dans un article publié par le magazine The Atlantic sur le président Barack Obama, faisant référence à la déception d’Obama concernant Netanyahu, aux conférences condescendantes du Premier ministre, et faisant part des critiques du président concernant la paralysie israélienne dans le processus de paix.

« J’espère que vous vous sentez à l’aise ici en Israël parce que le peuple d’Israël considère les Biden comme faisant partie de la famille. Vous faites partie de notre « Mishpacha », a dit Netanyahu. Obama n’a jamais entendu de termes aussi chaleureux de la part du Premier ministre.

Biden a répondu sur le même ton, déclarant que lui-même et « Bibi » sont des « amis proches » et se rappelant qu’il lui avait une fois dit, « Bibi, je ne suis d’accord avec rien de ce que vous dites, mais je vous aime. »

Lors de leur réunion privée, Netanyahu et Biden ont discuté d’un large éventail de sujets. Selon le cabinet du Premier ministre, l’ordre du jour de la réunion a concerné l’État islamique et l’implication de l’Iran dans la guerre civile syrienne, la contrebande d’armes de la Syrie vers le Hezbollah au Liban, les efforts pour parvenir à une détente avec la Turquie, la construction d’un pipeline de gaz naturel régionale, la coordination de la sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne et l’actuelle incitation à la violence de la part des Palestiniens.

Curieusement absent de cette liste est le sujet de la négociation sur le protocole régissant l’aide militaire américaine à Israël. Des fuites ultérieures ont laissé entendre que le vice-président a exhorté Netanyahu à accepter l’offre actuelle de l’administration américaine, qui marquerait une augmentation significative d’un budget d’environ 3 milliards de dollars par an à un budget proche de 4 milliards de dollars.

Ne pensez pas que la période d’attente pour le prochain président va vous obtenir un meilleur accord, aurait prévenu Biden. N’oubliez pas que les États-Unis sont sous pression budgétaire et devront réduire leur propre budget de la défense.

Joe Biden et Benjamin Netanyahu, le 9 mars 2016 à Jérusalem (Crédit : עמוס בן גרשום, לע״מ)
Joe Biden et Benjamin Netanyahu, le 9 mars 2016 à Jérusalem (Crédit : עמוס בן גרשום, לע״מ)

Mais Netanyahu a résisté. Israël aurait espéré recevoir un budget annuel d’environ 5 milliards de dollars, mais il est difficile de savoir si le Premier ministre croit vraiment qu’un autre président ferait une meilleure offre, ou s’il résiste simplement pour obtenir encore quelques millions de la part de Washington. Quoi qu’il se décide aux États-Unis, les gros titres sur la position de négociation résolue d’Israël ne porteront pas atteinte à Netanyahu à domicile.

Il serait simple d’être cynique concernant le refus de Netanyahu d’accepter l’offre record d’aide militaire américaine. Israël reçoit plus d’argent des États-Unis que tout autre pays au monde ; ne soyez pas trop gourmand ou trop ingrat, disent les critiques.

Mais le protocole a été conçu pour répondre pleinement aux besoins de sécurité d’Israël, qui ont indéniablement augmenté de façon spectaculaire, en partie comme conséquence directe de l’accord nucléaire avec l’Iran.

L’administration américaine a répété ad nauseam son engagement à la sécurité d’Israël quand l’accord s’est élaboré, et quand Israël a averti que l’accord résulterait dans le versement de milliards vers les poches d’un régime visant la destruction de l’Etat juif, Washington a promis qu’il prendrait soin de son plus proche allié dans la région.

Alors qu’il est probablement une bonne idée de signer un nouveau protocole avant qu’Obama quitte ses fonctions – qui sait si le prochain président serait aussi généreux ? – accepter la première offre n’est généralement pas la meilleure stratégie de négociation.

D’un autre côté, il est ironique que Benjamin Netanyahu, qui se bat maintenant pour une aide américaine record, ait jadis appelé à sa réduction.

« Je crois qu’il ne peut y avoir plus grand hommage à l’aide économique américaine de longue date à Israël que le fait que nous soyons en mesure de dire : nous allons réaliser note indépendance économique », a déclaré Netanyahu lors d’une session du Congrès américain le 10 juillet 1996.

« Nous allons le faire. Au cours des quatre prochaines années, nous allons progressivement commencer le processus de réduction à long terme du niveau de votre assistance économique généreuse à Israël. Je suis convaincu que nos politiques économiques vont jeter les bases de l’autonomie totale et d’une grande force économique ».

Pour être tout à fait juste, ce discours daté d’il y a 20 ans concernait l’ « aide économique » et non l’assistance militaire. Mais quelqu’un réclamant 5 milliards de dollars par an d’aide économique ne peut prétendre être en route vers « l’autonomie totale. »

Le débat actuel sur le protocole, et le refus de Netanyahu d’accepter la présente proposition aurait été derrière la décision sans précédent du Premier ministre de repousser l’invitation d’Obama pour une réunion ce mois-ci à la Maison Blanche – une réunion que le Premier ministre avait lui-même demandée.

Netanyahu est peut-être en attente d’une meilleure offre et craint qu’un ultimatum du type « à prendre ou à laisser » l’attende dans le bureau Ovale.

La visite amicale de Biden – au cours de laquelle il a adressé quelques mots durs à propos de l’Iran et ses tests de missiles – aide Netanyahu à faire valoir que son opposition contre l’accord iranien n’a pas causé de dommages permanents aux relations bilatérales.

Mais Washington peut encore demander quelque chose en retour. L’approche chaleureuse de Biden n’empêche nullement une proposition de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies présentée par les Américains concernant le conflit israélo-palestinien, ou d’autres initiatives considérées comme indésirables par Jérusalem.

Condamnations du terrorisme, et l’absence de celui-ci

Certains commentateurs de droite ont désobligeamment observé que Biden, lors de sa visite en Israël, est plus troublé par quelques nouvelles maisons juives à Jérusalem-Est – une référence à son voyage de 2010, lorsque Jérusalem a annoncé l’expansion du quartier Ramat Shlomo – que par l’assassinat macabre d’un citoyen américain.

Taylor Force, 29 ans, étudiant en thèse à l’université Vanderbilt, a été tué le 8 mars 2016 dans une attaque terroriste à Jaffa. (Crédit : Facebook)
Taylor Force, 29 ans, étudiant en thèse à l’université Vanderbilt, a été tué le 8 mars 2016 dans une attaque terroriste à Jaffa. (Crédit : Facebook)

Mais cette observation ne fut pas seulement cynique – elle était sans fondement.

En arrivant au cours d’une frénésie terroriste palestinienne, M. Biden a fait ce que font les politiciens dans de telles situations : ils condamnent les attaques terroristes « dans les termes les plus forts ». Mais Biden est allé encore plus loin. Il a condamné « l’absence de condamnation » des actes de terrorisme, visant de toute évidence le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

« Ceci ne peut pas être considéré par les dirigeants du monde civilisés comme une manière appropriée de se comporter, même si elle semble être au profit d’un côté ou de l’autre. Ceci n’est tout simplement pas tolérable au 21e siècle ».

Les dures critiques de Biden concernant Ramallah n’ont pu qu’être renforcées par le fait que sa femme et ses petits-enfants dînaient « pas très loin » de l’endroit où le citoyen américain Taylor Force a été assassiné par un terroriste palestinien, mardi soir à Jaffa.

Biden lui-même rencontrait à proximité l’ancien président Shimon Peres, tandis que les ambulances hurlaient au dehors. La famille du vice-président était sans doute entourée par un cercle de gardes du corps, mais sachant que ses proches étaient à proximité d’un bain de sang a manifestement eu un impact.

« Je ne sais pas exactement si c’était à 100 mètres ou 1.000 mètres (que sa famille trouvait), et cela ne fait que rappeler que cela peut arriver. Cela peut arriver partout et à tout moment », a-t-il dit quelques heures plus tard.

Le vice-président américain Joe Biden (à droite) avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mars 2016. (Crédit : AFP/Abbas Momani)
Le vice-président américain Joe Biden (à droite) avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mars 2016. (Crédit : AFP/Abbas Momani)

Mais le dirigeant palestinien n’a pas été ému de cette déclaration. Lors de sa rencontre de mercredi soir avec Biden, Abbas a exprimé ses « condoléances » concernant la mort du vétéran de l’armée américaine, mais a refusé de condamner l’attaque ou le tueur.

Il a plutôt préféré blâmer les « autorités d’occupation » pour la vague de violence actuelle. Soulignant sa position, plus tôt cette semaine, Abbas a écrit une lettre à la louange de Amani Hosni Sabatin, qui vendredi a été tuée alors qu’elle tentait d’écraser un soldat avec sa voiture, en la qualifiant de « martyr qui arrose la terre pure de Palestine avec son sang. »

La Maison Blanche avait déclaré avant la visite Biden que celle-ci ne devrait pas mener à des avancées spectaculaires.

Selon certains rapports non confirmés, Biden aurait fait part d’une offre de paix à Abbas – mais c’est le cas, celle-ci a été repoussée. Et le vice-président est venu, a condamné, a exhorté les autres à condamner, et a quitté le pays.

Comme avant son arrivée, il n’existe pas de processus de paix israélo-palestinien. Les liens avec l’Autorité palestinienne sont ténus. Et malgré les gestes cordiaux, les relations entre le gouvernement israélien et l’administration américaine restent dysfonctionnelles.

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