L’Afrique du Sud demande aux Juifs de rejeter Israël, « similaire aux nazis »
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L’Afrique du Sud demande aux Juifs de rejeter Israël, « similaire aux nazis »

Le parti de l'ANC a qualifié Israël de "fléau de l'humanité" ; la communauté juive estime que Pretoria a deux poids, deux mesures, et penche vers l'antisémitisme

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Les délégués du Congrès national africain saluent le discours de clôture de leur  président récemment élu Cyril Rampahosa, au dernier jour de la 54ème conférence de l'ANP à Johannesburg, le 20 décembre2017.  (Crédit : / AFP PHOTO / WIKUS DE WET)
Les délégués du Congrès national africain saluent le discours de clôture de leur président récemment élu Cyril Rampahosa, au dernier jour de la 54ème conférence de l'ANP à Johannesburg, le 20 décembre2017. (Crédit : / AFP PHOTO / WIKUS DE WET)

Le parti sud-africain au pouvoir a fustigé mardi les actions récentes menées par Israël sur la frontière avec Gaza, comparant les efforts livrés par l’armée israélienne visant à empêcher les manifestants palestiniens d’ouvrir des brèches dans la frontière à la cruauté de l’Allemagne nazie contre les Juifs.

Mardi également, les leaders de la communauté juive du pays ont condamné leur gouvernement pour le rappel de l’ambassadeur sud-africain en Israël suite aux émeutes meurtrières survenues sur la frontière avec Gaza, lundi.

Le Congrès National africain (ANC) « a assisté avec un choc absolu et avec indignation au massacre par les forces armées israéliennes de manifestants pacifiques palestiniens », a indiqué la formation dans un communiqué.

« Nous avons regardé avec incrédulité une population, qui nous rappelle de manière continue la haine et les préjugés subis par les Juifs durant tout le règne antisémite de Hitler, exhibant la même cruauté moins d’un siècle plus tard », a continué le communiqué.

L’ANC, qui a déclaré avoir été dans le passé « la cible d’un régime d’apartheid similaire aux nazis », a juré de ne jamais accepter un gouvernement qui « considère les autres êtres humains comme insignifiants ».

Lundi, la veille de la commémoration par les Palestiniens de la Nakba, ou « catastrophe » de l’établissement d’Israël en 1948, des milliers de protestataires palestiniens ont participé à la marche du retour, certains d’entre eux faisant usage de violences en tentant de franchir la clôture frontalière avec Israël. L’armée israélienne a utilisé des moyens de dispersion anti-émeutes ainsi que, dans certains cas, des tirs à balles réelles pour s’efforcer de prévenir toute infiltration.

Un Palestinien utilise une fronde durant les affrontements avec les forces israéliennes le long de la frontière avec Gaza, à lest de Khan Younis, le 14 mai 2018 (Crédit : AFP PHOTO / SAID KHATIB)

Le ministère de la Santé dirigé par le Hamas a annoncé que 60 Palestiniens avaient été tués et plus de 2 700 blessés lors de ces affrontements de lundi aux abords de la frontière. L’armée israélienne a précisé mardi que 24 des victimes appartenaient aux groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique.

Israël a attribué au Hamas la responsabilité de ces violences meurtrières, disant que le mouvement avait encouragé et s’était trouvé à la tête de ce mouvement de protestation, qui a inclus des attaques contre les soldats israéliens et des tentatives d’ouverture de brèches à la frontière. Les militaires avaient averti dimanche que le Hamas avait prévu d’envoyer des terroristes armés à travers n’importe quelle brèche pour « massacrer » les Israéliens.

Le long communiqué émis mardi par l’ANC a accusé l’Etat juif de « cruauté brutale », le comparant avec le régime d’apartheid de l’Afrique du sud dans le passé.

« Aucune justification apportée par Israël ou par la propagande de son gouvernement ou par ses citoyens n’est en mesure de camoufler leur participation à une oppression systématique des Palestiniens », a accusé le communiqué.

« Tous les Sud-Africains doivent se dresser et traiter Israël comme le paria que ce pays est réellement. Dans notre combat contre le régime de l’apartheid, les gouvernements ne nous ont pas soutenus initialement mais la population l’a fait… Tout comme les Britanniques et les Néerlandais progressistes ont, de leur propre volonté, rejeté l’Afrique du Sud blanche, les Sud-Africains de foi et de culture juives doivent également se dresser et rejeter l’oppression israélienne des Palestiniens ».

Le communiqué s’est achevé par un appel lancé à tous les Sud-Africains de montrer au monde que « nous considérons le gouvernement israélien et ses forces armées comme un paria et un fléau de l’humanité ».

Le communiqué a également fustigé l’inauguration « nonchalante et insensible » de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, ajoutant qu’elle « restera toujours rougie du sang des innocents, particulièrement de celui des enfants et des femmes, qui ont péri à travers les canons de leurs armes ».

Le public écoute l’allocution pré-enregistrée de Donald Trump pendant l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le message vidéo transmis par le président américain Donald Trump pendant la cérémonie d’inauguration de la mission « montre son indifférence, combien la politique étrangère des Etats-Unis est éloignée de la réalité et l’intensité du mépris qu’il éprouve pour la vie des Palestiniens ».

L’ANC a pris la décision d’appeler le gouvernement à dégrader le statut de son ambassade à Jérusalem à celui de « bureau de liaison » mais la prise en compte de cette demande par Pretoria reste encore indéterminée.

« Une politique ‘deux poids, deux mesure’s scandaleuse »

Pour leur part, deux des plus importantes organisations communautaires juives du pays ont estimé que la décision de Pretoria de rappeler son ambassadeur était « scandaleuse et qu’elle témoigne d’une politique de ‘deux poids, deux mesures’ contre l’Etat juif ».

La mort de civils est regrettable mais « nous reconnaissons qu’Israël, en tant qu’Etat souverain, a le droit de défendre ses frontières et ses propres citoyens », a fait savoir le Jewish Board of Deputies sud-africain et la Fédération sioniste dans un communiqué conjoint.

« Israël fait face à de vrais dangers avec les incitations du Hamas auprès de sa propre population à saccager la clôture de sécurité et à attaquer des civils ».

En rappelant l’ambassadeur Sisi Ngombane, le gouvernement sud-africain « abandonne essentiellement la possibilité de tenir un rôle significatif dans la recherche d’une résolution désespérément nécessaire du conflit », a poursuivi le communiqué conjoint.

L’ambassadeur d’Afrique du Sud en Israël Sisa Ngombane (Crédit photo: Isaac Harari/Flash90)

« La rhétorique utilisée par le gouvernement a dorénavant causé des commentaires antisémites sur les plateformes variées des réseaux sociaux et les plus grands perdants sont les membres de la communauté juive sud-africaine, et autres Sud-Africains amoureux de paix. Ce n’est une victoire que pour l’extrémisme au Moyen-Orient », ont dit les organisations juives, demandant à Pretoria de reprendre en considération la décision du rappel de Ngombane.

Ngombane, qui se trouve en Israël depuis 2013, est actuellement le doyen du Groupe diplomatique africain qui comprend 16 pays. A ce poste, il devait accueillir une réception à sa résidence de Ramat Gan à la fin du mois.

Le ministère des Affaires étrangères sud-africain a annoncé lundi qu’il rappelait Ngombane en raison de la nature « grave et indiscriminée de la dernière agression israélienne » à l’encontre des résidents de Gaza.

Le Hamas a salué la décision sud-africaine, appelant les autres nations à suivre son exemple.

« Le massacre de lundi de 59 manifestants non-armés rappelle le massacre sanglant de Sharpeville qui avait été commis par le gouvernement d’apartheid sud-africain dans les années 1960 », a indiqué le groupe terroriste palestinien dans une déclaration.

Le 21 mars 1960, 69 Sud-Africains noirs avaient été tués par la police du régime alors qu’ils manifestaient contre les lois racistes.

Lundi, le ministère des Affaires étrangères de Pretoria a condamné « en les termes les plus forts le dernier acte d’agression violente mené par les forces armées israéliennes le long de la frontière avec Gaza ».

Les victimes palestiniennes participaient « à une manifestation pacifique contre l’inauguration provocatrice de l’ambassade américaine à Jérusalem », a dit le communiqué.

Il a également répété son appel à l’armée israélienne « à se retirer de la bande de Gaza », même si Israël a procédé au retrait de toutes ses structures militaires et civiles permanentes au sein de l’enclave côtière en 2005.

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