Lapid : Netanyahu doit « se retirer » jusqu’à ce que les problèmes soient résolus
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Lapid : Netanyahu doit « se retirer » jusqu’à ce que les problèmes soient résolus

Selon le chef de Yesh Atid, le Premier ministre "ne peut pas continuer à diriger un pays aussi compliqué", et suggère un congé et remplacement au Likud

Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, pendant une cérémonie d'accueil des nouveaux immigrants d'Amérique du Nord à l'aéroport Ben Gurion, le 15 août 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Yair Lapid, président du parti Yesh Atid, pendant une cérémonie d'accueil des nouveaux immigrants d'Amérique du Nord à l'aéroport Ben Gurion, le 15 août 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le président de Yesh Atid, Yair Lapid, a déclaré lundi que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’avait pas besoin de démissionner suite aux recommandations de la police pour les accusations de corruption incluant les pots-de-vin.

Il s’exprimait quelques jours après que la police a recommandé des chefs d’accusation contre le Premier ministre dans deux enquêtes distinctes et que les forces de l’ordre se préparaient à interroger Netanyahu dans une troisième affaire.

Lors d’une allocution devant la Conférence des présidents des principales organisations juives de Jérusalem et plus tard lors de la réunion de faction de son parti à la Knesset, Lapid a proposé un scénario selon lequel Netanayahu prendrait un congé temporaire jusqu’à ce que les allégations soient « résolues ».

« Nous n’avons même pas besoin d’aller jusqu’à des élections; ils peuvent mettre en place un Premier ministre temporaire au Likud comme cela a été fait auparavant, jusqu’à ce que cela soit résolu », a déclaré M. Lapid aux dirigeants de la communauté juive américaine.

« Etre le Premier ministre d’Israël est un travail incroyablement difficile, peut-être le deuxième plus dur au monde après celui de président américain, et vous devez être à cent pour cent dedans. Nous avons besoin d’un Premier ministre qui se concentre sur sa tâche », a ajouté le chef de l’opposition.

Le député Yair Lapid dirige une réunion de la faction Yesh Atid à la Knesset, le 8 janvier 2018. (Miriam Alster / Flash90)

« Il ne peut pas continuer à diriger un pays aussi compliqué », a-t-il déclaré aux députés de son parti à la Knesset.

Dans l’affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des cadeaux illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment du producteur hollywoodien d’origine israélienne Arnon Milchan, pour un total de 1 million de shekels (282 000 dollars). En échange, Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au nom de Milchan sur des questions relatives à la législation, aux transactions commerciales et aux accords de visa.

L’affaire 2000 implique un accord illégal présumé entre Netanyahu et l’éditeur du Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien concurrent, Israel Hayom, soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Dimanche, les médias israéliens ont déclaré que Netanyahu, dans l’enquête 4000, était soupçonné d’avoir conclu un accord selon lequel Shaul Elovitch, propriétaire du site d’information Walla et actionnaire majoritaire de la société de communication Bezeq, aurait influencé la couverture médiatique de Walla sur Netanyahu et sa famille, en échange de l’adoption par le ministère des Communications de législations pouvant favoriser Elovitch à hauteur de centaines de millions de shekels.

Alors que la police dit avoir recueilli assez de preuves pour amener Netanyahu à un procès dans les cas 1000 et 2000, leurs recommandations n’ont aucun lien juridique avec le Premier ministre et ne l’obligent pas à démissionner ou à déclencher de nouvelles élections. Mais, comme l’a suggéré Lapid, il pourrait prendre un congé, un autre homme politique dirigerait le gouvernement pendant les accusations.

« Si le Premier ministre est temporairement incapable de s’acquitter de ses fonctions, sa place sera remplacée par le Premier ministre par intérim », indique l’alinéa 16 (b) de la Loi fondamentale : Le gouvernement. Si le Premier ministre est toujours dans l’incapacité après 100 jours, il sera « définitivement incapable d’exercer sa fonction ».

La loi est principalement destinée aux situations dans lesquelles un Premier ministre est incapable d’exercer pour des raisons de santé, comme lorsque Ariel Sharon a subi un accident vasculaire cérébral début janvier 2006, Ehud Olmert était alors devenu Premier ministre par intérim. Mais Netanyahu pourrait se déclarer « incapable de s’acquitter de ses fonctions » en raison de ses batailles juridiques.

Si Netanyahu ne parvenait pas à surmonter ses difficultés juridiques dans les 100 jours après avoir pris un congé, une décision devra être prise par le président Reuven Rivlin. Tout comme il l’avait fait lors de la création du gouvernement, il consultera de nouveau les dirigeants des différentes factions de la Knesset et chargera l’un d’entre eux d’essayer de former une coalition.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prononce un discours au troisième jour de la conférence sécuritaire de Munich (MSC) organisée à l’hôtel Bayerischer Hof à Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 18 février 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Thomas KIENZLE)

Lapid a déclaré que la réaction de Netanayhu aux accusations prouve qu’il sera incapable de diriger correctement le pays pendant une bataille juridique prolongée.

« Israël a de vrais problèmes. Un drone iranien vient de pénétrer sur notre territoire, a violé notre souveraineté. Il y a eu une attaque terroriste à Gaza. Nous avons actuellement toutes sortes de problèmes économiques et domestiques … mais le Premier ministre s’est surtout consacré à discuter avec ses avocats, à écrire des posts sur Facebook et à informer les journalistes », a-t-il déclaré à la Conférence des présidents. « Il doit s’écarter jusqu’à ce que cela soit résolu, il n’a même pas besoin de démissionner », a-t-il répété à la Knesset.

Lapid – un ancien ministre des Finances sous Netanyahu et maintenant son rival politique – a déclaré à la police que le Premier ministre a tenté de pousser la législation pour prolonger la période pendant laquelle les nouveaux immigrants et les Israéliens de retour sont exemptés d’impôts ce qui aurait fait économiser des millions de dollars au milliardaire producteur hollywoodien Milchan.

Depuis que son implication dans l’affaire a été révélée la semaine dernière, Lapid a été accusé par les alliés de Netanyahu de mener une campagne subversive pour faire tomber le gouvernement par le biais d’enquêtes policières. Il a déclaré à la conférence de lundi que bien qu’il qu’il eût préféré battre le Premier ministre lors des élections, les allégations contre Netanyahu sont telles que le Premier ministre ne peut pas continuer à diriger.

« Dans une démocratie, la manière de changer le gouvernement réside dans les sondages mais je ne pense pas que Netanyahu puisse fournir au pays l’attention dont il a besoin », a-t-il dit.

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d’une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Répondant aux accusations selon lesquelles lui aussi entretient des relations étroites avec Milchan depuis de nombreuses années, Lapid a déclaré qu’il y avait « une différence entre l’amitié et la corruption ».

« Je connais Arnon Milchan depuis 25 ans, j’ai travaillé pour lui quelques mois il y a 22 ans. Je l’ai rencontré plusieurs fois. Le fait est que le Premier ministre a été accusé – et cela n’a même pas été nié – de recevoir près d’un million de shekels en cadeaux. Je ne comprends même pas ce genre d’amitié, quand on reçoit un million de shekels de la part de quelqu’un », a-t-il dit.

S’exprimant lors de sa propre réunion de faction, le président du syndicat sioniste, Avi Gabbay, a réprimandé Lapid pour avoir rencontré Milchan alors qu’il était ministre des Finances, affirmant que « cela n’aurait pas dû se produire ».

Le chef de l’Union sioniste Avi Gabbay dirige une réunion de factions à la Knesset le 15 janvier 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous allons déraciner le phénomène des amis milliardaires qui offre des cadeaux aux leaders », a-t-il promis, se référant à la fois à Netanyahu et à Lapid.

Gabbay, un ancien PDG de Bezeq Telecom, a également déclaré que l’affaire de corruption impliquant l’entreprise qu’il dirigeait auparavant, Affaire 4000, lui a causé « une profonde tristesse », mais a nié toute implication.

« Les employés de l’entreprise me sont très chers et quand j’entends parler de ce cas et des précédents, je ressens une profonde tristesse pour eux », a déclaré M. Gabbay, soulignant que les soupçons se concentrent sur les événements de 2015-2016. Il était parti en 2013.

« Je n’avais aucune influence sur les sociétés sœurs », a déclaré M. Gabbay, se référant, entre autres, au site d’information Walla. Il était conscient que Netanyahu et Elovitch « étaient amis », a-t-il dit, mais a insisté sur le fait qu’il ne savait rien de plus.

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