Lapid à Moscou : si le monde ne freine pas le nucléaire iranien, Israël agira
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Lapid à Moscou : si le monde ne freine pas le nucléaire iranien, Israël agira

Le ministre des Affaires étrangères déclare à son homologue russe que si Israël reconnaît les intérêts de Moscou en Syrie, "nous maintiendrons notre capacité à nous défendre"

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (à gauche) aux côtés de son homologue russe, Sergueï Lavrov, à Moscou, le 9 septembre 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (à gauche) aux côtés de son homologue russe, Sergueï Lavrov, à Moscou, le 9 septembre 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Lors d’une visite éclair à Moscou jeudi, le ministre des Affaires Etrangères Yair Lapid a déclaré à son homologue russe, Sergueï Lavrov, qu’il fallait empêcher l’Iran d’obtenir des armes nucléaires.

« La marche de l’Iran vers l’arme nucléaire n’est pas seulement un problème israélien, c’est un problème pour le monde entier », a déclaré Lapid lors d’une conférence de presse après un entretien avec Lavrov. « Un Iran nucléaire conduira à une course aux armes nucléaires au Moyen-Orient. »

« Le monde doit empêcher l’Iran d’acquérir une capacité nucléaire, quel qu’en soit le prix », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que « si le monde ne le fait pas, Israël se réserve le droit d’agir ».

Le ministre israélien des Affaires Etrangères, en visite à Moscou pour une journée, a déclaré : « Il n’y aura pas de stabilité en Syrie, ou dans le Moyen-Orient élargi, tant qu’il y aura une présence iranienne. » Il a qualifié Téhéran de « premier exportateur mondial du terrorisme ».

Il a ajouté qu’Israël « ne restera pas les bras croisés pendant que l’Iran construit des bases terroristes à notre frontière nord ou que l’Iran fournit des armes de pointe aux organisations terroristes », ajoutant : « Nous maintiendrons notre capacité à nous défendre face aux menaces provenant de Syrie et d’ailleurs. »

Lapid a également pris note des rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur le programme nucléaire iranien, notant « de graves violations, des fraudes, des tromperies et des mensonges purs et simples. »

« Le tableau est clair et très inquiétant », a-t-il déclaré.

Le ministre russe des Affaires Etrangères Sergey Lavrov, à gauche, accueille le ministre des Affaires Etrangères Yair Lapid, avant leurs entretiens à Moscou, en Russie, le jeudi 9 septembre 2021. (Crédit : Alexander Nemenov/Pool Photo via AP)

Dans ses propres commentaires publics, M. Lavrov n’a pas mentionné l’Iran, mais il a indiqué que M. Lapid et lui-même avaient discuté de la situation en Syrie.

« La Russie croit… [en] l’intégrité territoriale de la Syrie », a déclaré M. Lavrov, ajoutant que « la Syrie a le droit de définir l’avenir de sa nation. » Il a souligné l’importance de l’aide humanitaire aux Syriens, et a reproché aux sanctions occidentales de bloquer une partie de cette aide.

En réponse à une question d’un journaliste sur les frappes aériennes israéliennes en Syrie, M. Lavrov a déclaré que la Russie s’oppose à ce que la Syrie « devienne une arène de confrontations avec des tiers. C’est pourquoi nous ne voulons pas que le territoire syrien soit utilisé contre Israël ou contre toute autre partie », a-t-il ajouté, notant la coordination permanente entre Jérusalem et Moscou sur les activités dans la région.

Lavrov a également déclaré que Lapid l’avait invité à se rendre prochainement en Israël, « et j’accepte volontiers son offre. »

Au moment où Lapid et Lavrov se rencontraient à Moscou, le vice-ministre russe des Affaires Etrangères, Sergueï Ryabkov, rencontrait Rob Malley, l’envoyé américain pour l’Iran, afin de discuter des « perspectives de rétablissement de la mise en œuvre intégrale du plan d’action global conjoint », l’accord nucléaire iranien de 2015, selon le ministère russe des Affaires Etrangères.

Des mois de négociations à Vienne au début de l’année visant à ramener l’Iran en conformité avec l’accord de 2015 – dont l’ancien président américain Donald Trump s’est retiré en 2018 – ont achoppé en juin après l’élection du partisan de la ligne dure Ebrahim Raisi comme nouveau président de l’Iran.

L’installation d’enrichissement nucléaire iranienne à Natanz, en Iran. (AP Photo/Hasan Sarbakhshian)

Si M. Lapid n’a pas mentionné les pourparlers potentiels entre Israël et les Palestiniens dans ses remarques publiques, M. Lavrov a profité de ses commentaires pour appeler à la reprise des discussions.

« Nous nous félicitons de la normalisation des relations d’Israël avec diverses nations de la région, et nous pensons que le processus de paix global sera stimulé par ces efforts », a déclaré Lavrov. « La Russie continuera à soutenir l’organisation d’un dialogue pacifique direct entre les Israéliens et les Palestiniens, y compris par l’intermédiaire du Quartet » – l’organe supranational composé de l’ONU, de l’UE, des États-Unis et de la Russie, qui vise à favoriser la paix au Moyen-Orient.

En réponse à une question d’un journaliste, M. Lapid a déclaré qu’Israël n’était pas opposé à une prochaine réunion du Quartet, « mais pour l’instant, il n’y a rien de tel sur la table ».

Les deux ministres des Affaires étrangères ont également évoqué le prochain anniversaire marquant les 30 ans de relations diplomatiques entre Israël et la Russie.

« Il est très symbolique que la visite [de Lapid] se rapproche d’une date importante, celle des 30 ans du renouvellement des liens diplomatiques entre la Russie et Israël », a déclaré Lavrov. « Ces décennies ont prouvé que les relations ont progressé et se sont développées pour le bien d’Israël et de la Russie. »

Lavrov a déclaré qu’il s’attendait à « faire un nouveau pas aujourd’hui vers le développement de ces relations, et à discuter de la situation régionale et internationale ainsi que des liens bilatéraux. »

M. Lapid a déclaré qu’au cours des 30 dernières années, la Russie est devenue « l’un des partenaires les plus significatifs et les plus importants d’Israël. » Et il a noté que sa rencontre avec Lavrov ne portait pas uniquement sur « les menaces et les conflits. »

« Israël et la Russie ont des liens forts et profonds en matière d’économie, de culture, de tourisme, d’énergie et de science », a-t-il noté. « Sans la Russie, la culture dans le monde, et en Israël, ne serait pas la même. »

Lapid était accompagné à Moscou par le ministre du Tourisme Yoel Razvozov, originaire de Russie et membre de Yesh Atid, qui, selon le ministre des Affaires Etrangères, est l’un des « plus d’un million de russophones vivant en Israël ».

Plus tôt jeudi, M. Lapid a déposé une gerbe sur la tombe du soldat inconnu à Moscou et a rendu hommage aux soldats de l’Armée rouge tombés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le ministre des Affaires Etrangères Yair Lapid lors d’une cérémonie à Moscou le 9 septembre 2021, déposant une couronne sur la tombe du Soldat inconnu. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

S’exprimant aux côtés de Lavrov, Lapid a noté que son père, qui était emprisonné dans le ghetto de Budapest pendant la Shoah, a été libéré par les forces russes à la fin de la guerre.

« L’Armée rouge a sauvé le monde de la tyrannie et du racisme. Ils ont également sauvé un garçon de 13 ans dans le ghetto », a déclaré Lapid. « Trois ans plus tard, le peuple russe a soutenu la création de l’État d’Israël. Nous avons une dette envers vous. Et nous sommes un peuple qui a la mémoire longue. »

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