L’archéologie assiste les historiens dans les recherches sur la Seconde Guerre
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L’archéologie assiste les historiens dans les recherches sur la Seconde Guerre

Face au vent et aux embruns les traces du débarquement s'érodent peu à peu. Des archéologues ont entrepris un vaste inventaire des 3 000 blockhaus du Mur de l'Atlantique

Des chercheurs israéliens et polonais effectuent des fouilles dans l'ancien camp d’extermination de Sobibor, dans l'est de la Pologne. (Crédit : Yad Vashem)
Des chercheurs israéliens et polonais effectuent des fouilles dans l'ancien camp d’extermination de Sobibor, dans l'est de la Pologne. (Crédit : Yad Vashem)

C’est une véritable « course contre les éléments » qu’ont entreprise des archéologues sur les sites de français de la Seconde Guerre mondiale.

Champs de batailles grignotés par l’urbanisation, bunkers soumis à l’érosion littorale, ou « vestiges des hôpitaux de campagne, camps de prisonniers ou autres sites de l’estuaire de l’Orne » détaille Sciences et Avenir, l’archéologie préventive dresse l’inventaire des traces des combats passés avant qu’il ne soit trop tard.

« Une façon également de consolider le souvenir d’événements qui tendent à s’évanouir des mémoires avec la disparition progressive des témoins, comme ce fut déjà le cas pour la Première Guerre mondiale, » explique le magazine scientifique.

« Les archéologues ont pour vocation à prendre le relais de cette mémoire qui s’efface », estime Vincent Carpentier, archéologue de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), interrogé par Sciences et Avenir.

« Les 3 000 blockhaus (fortifications) du Mur de l’Atlantique mis en place par les troupes allemandes le long du littoral » constituent l’un des objets d’étude des archéologues qui en font l’inventaire détaillé.

« A l’intérieur du bocage normand, poursuit le magazine scientifique, les spécialistes étudient également les sites de batailles du dernier conflit mondial, considérés comme de nouveaux terrains d’études de l’archéologie préventive, en contrepoint aux recherches historiques ».

Ce n’est pas la première fois que l’archéologie préventive vient assister les historiens.

Caroline Sturdy Colls mène depuis plusieurs années des recherches archéologiques à Treblinka, l’ancien camp d’extermination nazi en Pologne, où plus de 900 000 Juifs ont été assassinés.

Dans son livre paru en 2015 Holocaust Archeologies: Approaches and Future Directions [Archéologie de l’Holocauste : approches et orientations futures], Sturdy Colls jette les bases des enquêtes non invasives sur des sites de génocide. Elle y explique comment les techniques modernes de recherche ont été utilisées dans des endroits de massacres de masse à travers le monde au cours des dernières années, mais pas encore sur des lieux de la Shoah.

« Là où l’excavation n’est pas autorisée, souhaitable ou voulue, des outils [non invasifs] offrent la possibilité d’enregistrer et d’examiner des topographies en évitant de perturber le sol », écrit Sturdy Colls, qui accompagne les unités de la police britannique dans la recherche médico-légale et le travail de récupération.

A Sobibor également, l’archéologie a permis de comprendre où et comment ont été assassinés 250 000 juifs entre avril 1942 et octobre 1943.

En 2014, les chambres à gaz du camp de la mort de Sobibor ont été découvertes au cours d’une fouille archéologique, mettant un terme à huit ans de recherches.

« Il est important de comprendre qu’il n’y avait pas de survivants parmi les Juifs qui travaillaient dans et autour des chambres à gaz. Par conséquent, ce qu’on a trouvé constitue tout ce qui reste de ceux qui ont été assassinés, et ils ouvrent une fenêtre sur la souffrance de ces gens au jour le jour », avait alors déclaré le Dr David Silberklang du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem.

« Nous allons maintenant être en mesure de savoir plus précisément ce qu’était le processus d’assassinat dans le camp, et ce que les Juifs ont traversé avant d’être assassinés. En outre, trouver les chambres à gaz et leur capacité nous permet d’estimer plus précisément le nombre de personnes assassinées à Sobibor ».

Là, ce n’est pas contre l’érosion du temps que les archéologues se battent, mais contre la volonté des Nazis de dissimuler leurs crimes en démantelant les camps de la mort.

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