Le carnaval d’Alost n’est « pas antisémite », selon un député juif belge
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Le carnaval d’Alost n’est « pas antisémite », selon un député juif belge

Selon Michael Freilich, moins de 50 des 6 000 participants avaient des panneaux anti-juifs ; compare le défilé à ceux de Pourim en Israël

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des carnavaliers déguisés en Juifs ultra-orthodoxes avant le début du Carnaval d'Alost le 23 février 2020, Alost, Belgique. (Crédit : JAMES ARTHUR GEKIERE / AFP)
Des carnavaliers déguisés en Juifs ultra-orthodoxes avant le début du Carnaval d'Alost le 23 février 2020, Alost, Belgique. (Crédit : JAMES ARTHUR GEKIERE / AFP)

Le cortège de carnaval de cette semaine dans la ville belge d’Alost, qui présentait des uniformes nazis, des costumes de Juifs en insecte et plusieurs autres tropes antisémites, a été largement condamné par les organisations juives, les responsables israéliens et même le gouvernement de Bruxelles.

Mais Michael Freilich, le seul juif orthodoxe qui siège actuellement au Parlement national belge, a rejeté lundi la plupart des critiques, affirmant que l’événement n’était pas antisémite. Il a plutôt déclaré au Times of Israel, lors d’une interview à Jérusalem, que quelques dizaines de personnes voulaient faire aux critiques « un doigt d’honneur » mais ne nourrissaient aucune hostilité envers les Juifs.

Freilich, un législateur anversois fraîchement élu pour le parti de centre-droit NVA, a même comparé le carnaval d’Alost aux défilés de Pourim israéliens, en affirmant qu’il était toujours possible de trouver quelques fruits pourris qui se moquent des minorités.

« Nous devons voir la situation dans son ensemble », a-t-il déclaré, soulignant que 6 000 personnes ont participé activement au cortège du carnaval d’Alost, encouragées par quelque 80 000 spectateurs.

« Les grands chars étaient tous corrects, il n’y avait aucun problème avec eux. Quand vous avez 6 000 personnes qui se déguisent, un certain nombre de personnes vont au-delà de ce qui est autorisé », a-t-il poursuivi. « Je pense qu’il s’agit de 20 ou 30 personnes. Cela signifie donc que plus de
5 950 personnes étaient correctes. Permettons-nous à ces 50 personnes de monopoliser l’attention et de se concentrer uniquement sur elles ? Ou est-ce qu’on dit que la plupart des gens étaient bien ? »

Le député belge Michael Freilich en visite à Jérusalem, février 2020. (Autorisation)

La grande majorité des carnavaliers devraient être félicités pour s’être abstenus de promouvoir l’antisémitisme, a-t-il déclaré. « Les autres sont méprisables et dégoûtants, et il faut les condamner. La Première ministre belge les a condamnés, et je les condamne également ».

Les « gens qui comptent » ont tous dénoncé le défilé de dimanche, a déclaré Freilich, 39 ans.

En effet, les manifestations de dimanche ont été dénoncées de toutes
parts : Le ministre des Affaires étrangères Israel Katz avait exhorté les autorités belges à interdire le cortège avant même qu’il n’ait lieu ; l’ambassadeur d’Israël en Belgique, Emmanuel Nahshon, qui a assisté à l’événement, a fustigé « la moquerie et l’utilisation méprisante des symboles juifs » et la « saleté antisémite » dont il a été témoin dans les rues d’Alost.

« Il devrait être évident que de telles représentations ne devraient pas défiler dans les rues européennes 75 ans après la Shoah », a déclaré Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne.

La Première ministre belge Sophie Wilmes, dont la mère est juive mais qui a été élevée dans la religion catholique, a déclaré que le carnaval « portait atteinte à nos valeurs et à la réputation de notre pays ».

Le maire de la ville, Christoph D’Haese, a en revanche insisté sur le fait que l’événement n’était pas antisémite. « Ici, on se moque de tout – de la famille royale, du Brexit, de la politique locale et nationale, et de toutes les religions – de l’islam, du judaïsme et du catholicisme », a-t-il déclaré.

Un char sur le thème du Brexit avec une caricature du Premier ministre britannique Boris Johnson est présenté lors du défilé annuel du carnaval d’Alost, en Belgique, le 23 février 2020. (AP Photo/Francisco Seco)

Freilich, qui pense être le seul législateur juif orthodoxe en Europe, semble être d’accord avec la position du maire.

« En Allemagne, chaque année, les néo-nazis se réunissent pour fêter l’anniversaire d’Hitler. Ce sont de vrais néo-nazis avec des tatouages, qui n’aiment pas les Juifs. Le carnaval d’Alost ce n’est pas cela », a-t-il déclaré. « Ce sont des gens normaux qui y vont. Qualifier ce carnaval de fête de la haine, comme le font certains Israéliens, ou de rassemblement antisémite – ce n’est pas le cas ».

Pendant le cortège de dimanche, certains participants au carnaval se sont déguisés en juifs portant des vêtements traditionnels hassidiques en forme de fourmis, et ont présenté une version papier du mur Occidental, avec un apparent jeu de mots – le mot flamand mier peut signifier à la fois « mur » et « fourmi ».

Un autocollant fixé sur le prétendu mur Occidental disait : « Eh bien, vous vous lamenteriez aussi si on vous avait coupé le pénis ».

Plusieurs marcheurs portaient des uniformes de la Gestapo, se moquant de l’UNESCO qui, après les protestations internationales, avait retiré le carnaval d’Alost de sa liste du patrimoine culturel immatériel en raison des représentations ouvertement antisémites du défilé de l’année dernière.

Le groupe responsable du scandale de 2019 était l’un des principaux acteurs du carnaval d’Alost, qui s’est depuis excusé d’avoir blessé la communauté juive, a déclaré M. Freilich. Les membres de ce groupe sont même allés visiter le musée de la Shoah, a-t-il ajouté.

Ceux qui, cette année encore, ont insisté pour utiliser des stéréotypes antisémites ne nourrissent pas de sentiments anti-juifs, mais le font pour montrer « qu’ils le peuvent », a-t-il poursuivi.

Le char du carnaval d’Alost en Belgique représentant des caricatures de Juifs orthodoxes assis sur des sacs d’argent, le 3 mars 2019. (Crédit : FJO, via JTA)

« Ce qui ne l’excuse pas. Mais la semaine prochaine, ces personnes vont retourner au travail – ce sera un employé de banque et l’autre travaillera dans une gare – et elles ne vont pas publier en ligne des discours de haine contre les Juifs. Ils n’ont pas de tatouages SS. Ce sont des gens normaux, qui disent : ‘Vous savez, on va vous faire un doigt d’honneur’. Et c’est leur caractère. Alors est-ce qu’on doit leur accorder autant d’attention ? »

M. Freilich, un ancien éditeur de journaux qui a abandonné sa carrière de journaliste pour rejoindre le Parlement, a déclaré que les critiques juifs du carnaval d’Alost répètent la même erreur que la presse internationale fait en ce qui concerne les opérations militaires israéliennes contre les terroristes de Gaza. L’armée israélienne dit qu’elle fait plus que son devoir pour éviter des pertes civiles, mais les médias mettent en avant les quelques cas où des non-combattants sont blessés, a-t-il dit, à titre de comparaison.

Des Israéliens assistent à la plus grande parade de Pourim du pays dans la ville de Holon, le 12 mars 2017. (Miriam Alster/ Flash90)

Freilich, qui était en Israël cette semaine pour essayer de mobiliser des responsables israéliens pour sa lutte contre une éventuelle interdiction de la circoncision en Belgique, a également établi une comparaison directe entre le carnaval d’Alost et les défilés de Pourim qui ont lieu dans de nombreuses villes israéliennes.

« Je suis sûr que si vous envoyez le journal The Guardian voir tout ce qui se passe [lors de ces défilés], ils vont dire que les Israéliens se moquent des pauvres Palestiniens qui sont morts dans une attaque à la roquette », a-t-il affirmé. « On peut toujours trouver de telles choses. On ne peut pas les empêcher. Je demande juste aux gens de regarder l’ensemble du tableau ».

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