Le chef de la police sera remplacé, sur fond de tensions avec Netanyahu
Rechercher

Le chef de la police sera remplacé, sur fond de tensions avec Netanyahu

La décision rare de ne pas reconduire le mandat de Roni Alsheich pour une quatrième année serait liée, aux enquêtes pour corruption sur Netanyahu qu’il supervise

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le chef de la police israélienne Roni Alsheich, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie de bienvenue en l'honneur d'Alsheich, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015 (Miriam Alster / Flash90)
Le chef de la police israélienne Roni Alsheich, à gauche, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie de bienvenue en l'honneur d'Alsheich, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015 (Miriam Alster / Flash90)

Jeudi, Gilad Erdan, le Ministre de la Sécurité intérieure, a annoncé qu’il ne prolongera pas le mandat du chef de la police Roni Alsheich, mettant un terme aux trois années tumultueuses qui ont vu le chef de la police s’opposer au Premier ministre Benjamin Netanyahu au sujet d’une série d’enquêtes pour corruption.

Alsheich, qui a été nommé à son poste en décembre 2015 après une carrière au sein du service de sécurité du Shin Bet, avait espéré qu’on lui demande de rester pour une quatrième année, comme c’est le cas habituellement, à la fin de son mandat de trois ans qui s’achève en décembre. La plupart des observateurs ont considéré que la décision de ne pas renouveler son mandat était liée à ses mauvaises relations avec Netanyahu.

Erdan a informé Alsheich de sa décision lors d’une rencontre au cours de laquelle il l’a remercié pour son « service de longue durée et très apprécié pour la sécurité du pays et de ses citoyens », selon un communiqué publié par Erdan.

Dans un communiqué publié par la police, Alsheich a remercié en retour Erdan pour l’opportunité qui lui a été donnée de servir en tant que chef de la police et a souhaite de la réussite à son successeur, qui doit encore être désigné.

« La police israélienne est en première ligne pour défendre l’image, la sécurité et l’intégrité de l’Etat. Il y a des missions pour lesquelles la conscience de la police se dresse, a déclaré Alsheich dans une allusion possible aux récentes attaques sur la police par des politiciens importants, y compris le Premier ministre. « Je suis convaincu que la police israélienne continuera à être vigilante sur l’indépendance de l’Etat, sa force sociale et la qualité de vie de ses citoyens ».

Aucun successeur n’a encore été nommé. Jeudi après-midi, Erdan a déclaré qu’il présenterait les candidats pour le poste de prochain commissaire de police lors d’une conférence de presse plus tard dans la journée.

Le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan et le chef de la police israélienne Roni Alsheich au siège de la police à Jérusalem le 26 avril 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu, visé par des enquêtes dans trois affaires, n’a pas caché, au cours de l’année dernière, qu’il n’appréciait pas Alscheich, en l’accusant d’avoir fait fuiter des informations à la presse et d’avoir mené une « chasse aux sorcières ».

Au cours des récentes semaines, une rumeur circulait, stipulant que Netanyahu n’allait pas prolonger le mandat d’Alsheich afin de l’empêcher de poursuivre davantage les enquêtes.

Le mandat officiel d’un chef de la police est de trois ans, mais il est rare qu’il ne soit pas prolongé pour une quatrième année.

A la suite de l’annonce, Tzpi Livni, la chef du parti d’opposition l’Union sioniste a appelé à mettre un terme à cette « pratique digne d’une farce » de limiter le mandat à trois ans et de « permettre au chef de la police d’être indépendant sans constamment agiter devant lui la question de la prolongation » de son mandat.

Netanyahu est suspecté dans trois affaires de corruption, dans lesquelles il est accusé d’avoir favorisé les intérêts de personnalités du monde des affaires au sein du gouvernement en échange de cadeaux onéreux et d’une couverture médiatique positive. Netanyahu nie toute malversation.

Le président de Yesh Atid, Yair Lapid, dirige sa réunion hebdomadaire de faction à la Knesset, le 4 juin 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Yair Lapid, le chef du parti Yesh Atid, a affirmé que la décision était directement liée aux enquêtes concernant le Premier ministre, et le président de l’Union sioniste Avi Gabbay a ajouté qu’un « nuage épais » planait sur la décision.

Alsheich avait déclaré qu’il compromettrait pas ses valeurs uniquement pour rester en poste.

« Si, pour obtenir une prolongation d’une quatrième année, je dois abandonner mes valeurs ou les valeurs de l’état de droit, alors ce n’est pas pour moi », avait-il déclaré à des proches en avril, selon des propos rapportés par Hadashot.

Alsheich, qui a fait son entrée dans les forces de police en 2015 après que plusieurs autres candidats pour remplacer l’ancien chef Yohanan Danino ont été disqualifiés, aurait également déclaré qu’il ne s’était jamais présenté pour ce poste.

« Ils m’ont supplié », aurait-il dit. Mais il a ajouté que, « le bien de la police, le bien du public, exige et mérite quatre ans, pour terminer le travail. »

Le chef de la police Roni Alsheich au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Yonatan Sindel/Flash90)

La décision de ne pas prolonger le mandat de M. Alsheich intervient au lendemain de la démission, mercredi, de deux membres du comité gouvernemental chargé de donner des recommandations sur la pertinence éthique des nominations aux postes les plus élevés de la fonction publique, à la suite du jugement rendu par la Cour suprême mettant en doute leur indépendance.

Le tribunal avait ordonné le gel de toutes les procédures du comité de quatre personnes dirigé par Eliezer Goldberg, ancien juge de la Cour suprême et contrôleur d’État, à la suite d’un recours du groupe de surveillance du Mouvement pour l’intégrité qui avait insisté sur le fait que Nagel et Shtark étaient trop proches du Premier Ministre Benjamin Netanyahu.

Quatre vice-commissaires seraient en lice pour remplacer Alsheich : Yoram Halevi, chef du district de Jérusalem ; Motti Cohen, chef du district sud ; David Bitan, chef de la police de Tel Aviv ; et Moshe Edri, ancien chef de la police de Tel Aviv et directeur général du ministère de la Sécurité intérieure.

La compétition a déjà suscité la controverse.

Alsheich aurait ordonné aux quatre vice-commissaires en lice de se soumettre à des tests de détecteur de mensonges afin de pouvoir identifier les incidents ou les liens qui pourraient gêner la police s’ils devenaient le prochain chef en titre.

Le Commandant de la police du district de Jérusalem Yoram Halevi (Miriam Alster/Flash90)

Selon des rapports récents citant des fuites au sein de la police, Cohen et Bitan ont passé les tests avec brio, Edri ne l’a pas encore passé, et Halevi avait des questions compromettantes non spécifiées soulevées au sujet de son dossier.

La semaine dernière, Halevi, considéré comme le choix préféré de Netanyahu pour ce poste, a critiqué les médias en affirmant qu’Alsheich a tenté de saper sa candidature. Alors qu’il se rendait au célèbre marché Mahane Yehuda de Jérusalem avec Alsheich, Halevi a dit que les rumeurs étaient fausses et qu’elles « nous faisaient du mal à moi et à ma famille ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...