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Le chef de la secte Lev Tahor condamné à 12 ans de prison pour enlèvement et sévices

Nachman Helbrans affirme qu'il a été puni parce qu'il est un "Juif loyal" ; le ministère public dit qu'il n'a pas montré "une once de remords" pour ses crimes

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Nachman Helbrans photographié avant 2014. (Crédit : Capture d'écran : Youtube/Windsor Star)
Nachman Helbrans photographié avant 2014. (Crédit : Capture d'écran : Youtube/Windsor Star)

WHITE PLAINS, New York – Un tribunal fédéral américain a condamné jeudi le chef de la secte juive extrémiste Lev Tahor à 12 ans de prison pour six chefs d’accusation, notamment exploitation sexuelle d’enfants et enlèvement.

Nachman Helbrans a été reconnu coupable de ces crimes par le tribunal fédéral du district sud de New York en novembre et risquait une condamnation minimale de 10 ans et à une peine maximale de prison à vie. Il a finalement été condamné à 12 ans de prison ferme, 5 ans de suivi et une inscription sur la liste des délinquants sexuels.

Un autre accusé dans l’affaire, Mayer Rosner, a reçu la même peine.

Des agents fédéraux américains ont accompagné Helbrans et Rosner dans la salle d’audience jeudi matin. Les taliths des deux hommes – châles de prière juifs – dépassaient de sous leurs combinaisons orange amples alors qu’ils saluaient leurs avocats et un traducteur yiddish.

Helbrans a apporté une copie du Talmud et un livre sur l’histoire juive dans un sac poubelle à la salle d’audience et a passé une partie de la procédure à se balancer sur son siège en priant, chantonnant par moments. Il paraissait amaigri mais énergique.

L’accusation a demandé au juge Nelson S. Roman une peine sévère, affirmant que Helbrans avait à la fois établi la politique des mariages d’enfants illégaux à Lev Tahor et s’était rendu coupable d’enlèvement en enlevant lui-même des enfants du domicile de leur mère, en les déguisant et en trompant les autorités de transport.

« L’accusé n’a pas montré une once de remords pour sa conduite, n’a pas montré une once de remords pour ses victimes », a déclaré le parquet.

Helbrans a plutôt accusé les autorités de persécution antisémite et a continué à « calomnier » les victimes, a-t-il affirmé.

Des membres de Lev Tahor se préparent à quitter leur site dans l’est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Autorisation/Davorin Sekulic/Klix.ba)

« Tout indique que s’il est libéré, il commettra à nouveau le même crime », a déclaré l’accusation, notant qu’Helbrans avait tenté de kidnapper les enfants une deuxième fois après une première arrestation.

La mère des enfants kidnappés, la sœur d’Helbrans, a plaidé pour la clémence.

« Même si mes enfants et moi avons souffert de ses actes, nous lui avons pardonné », a-t-elle déclaré au tribunal.

Elle a déclaré que la « stabilité mentale » d’Helbrans avait décliné après la mort de leur père en 2017, période où il avait pris la direction de Lev Tahor.

Après la mort de son père, « quelque chose a changé chez Nachman. Son visage et ses yeux ont changé. Son visage est devenu blanc et il est devenu maigre et voûté », a-t-elle déclaré.

Il a commencé à prier de manière obsessionnelle et est devenu « irrationnel et distant », et croyait que Dieu punissait d’une réaction allergique la communauté, en particulier après la mort d’un autre parent, a-t-elle déclaré.

Elle a demandé que Helbrans reçoive des conseils et des « orientations » au lieu d’une peine de prison.

« Mon frère a besoin d’aide », dit-elle en larmes. « En prison, il ne peut pas guérir complètement. Plus Nahman souffrira longtemps, plus je souffrirai aussi. »

Des membres de Lev Tahor se préparent à quitter leur site dans l’est de Sarajevo, le 3 février 2022. (Crédit : Autorisation/Davorin Sekulic/Klix.ba)

L’avocat d’Helbrans, Bruce Koffsky, a déclaré que la victime, anonyme parce qu’elle est mineure, avait également envoyé une lettre de soutien à Helbrans, tout comme d’autres membres de Lev Tahor.

Koffsky a comparé la condamnation au refrain « Dayenu » de la fête de Pessah. L’expression signifie : « Cela aurait été suffisant. »

Les actions d’Helbrans provenaient « d’un sens profond de la religion. La religion fait faire des choses étranges aux gens. Pour une raison quelconque, Nachman est allé au bout de cette route et même un peu plus loin », a déclaré Koffsky.

« Qu’est-ce qu’une sentence suffisante pour que le tribunal puisse dire ‘dayenu’ ? », a-t-il demandé, réclamant la peine minimale. « Si le tribunal condamnait l’accusé à 10 ans, ce serait ‘dayenu’. Ce serait suffisant. »

Koffsky a déclaré que la défense prévoyait de faire appel.

Helbrans a lancé une tirade lorsqu’il a été autorisé à parler avant l’annonce de la condamnation, citant le Talmud qu’il a apporté et comparant ses poursuites à des « décrets sévères » de l’empire romain contre les Juifs.

Il a brandi le livre d’histoire qu’il avait apporté de la bibliothèque de la prison, se comparant à une photo d’un enfant juif dans le ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il a dit qu’il avait demandé à sa femme et à ses enfants de marquer le jour de sa condamnation et « de faire une fête, un kiddouch [bénédiction], et de faire de ce jour un jour férié. Il est possible de me persécuter et de me punir uniquement parce que je suis un Juif fidèle », a-t-il déclaré.

« Merci Dieu pour cela. »

Le tribunal de district américain de White Plains, à New York, le 31 mars 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

En plus de sa peine de 12 ans, Helbrans sera en probation pendant cinq ans après sa libération et sera inscrit sur la liste des délinquants sexuels.

Il est en détention depuis décembre 2018, temps qui sera décompté  de sa peine de prison globale.

Helbrans et Rosner, tous deux citoyens américains, ont été condamnés l’année dernière pour tous les actes d’accusation, y compris complot en vue de transporter un mineur avec l’intention de se livrer à une activité sexuelle criminelle, complot en vue de voyager avec l’intention de se livrer à une conduite sexuelle illicite et enlèvement parental à l’international.

L’enlèvement de deux frères et sœurs de leur domicile à New York en 2018 est à l’origine de cette affaire.

Vers 2017, Helbrans s’était arrangé pour que l’adolescente, sa nièce, soit « mariée » à un adulte du groupe. La jeune fille de 13 ans a été unie à un homme âgé de 19 ans, bien qu’ils n’aient jamais été légalement mariés car une telle union serait illégale.

Le couple « a alors immédiatement eut une relation sexuelle dans le but de procréer », conformément à la pratique habituelle de la secte, a déclaré le ministère américain de la Justice dans un communiqué l’année dernière.

Les dirigeants de Lev Tahor, y compris Helbrans et Rosner, « exigeaient que les jeunes mariées aient des relations sexuelles avec leur mari, qu’elles disent aux gens à l’extérieur de Lev Tahor qu’elles n’étaient pas mariées, qu’elles prétendent être plus âgées et qu’elles accouchent chez elles plutôt qu’à l’hôpital, pour dissimuler le jeune âge des mères au public », indique le communiqué.

La mère de la jeune fille s’est échappée de l’enceinte du groupe au Guatemala en 2018 par crainte pour la sécurité de ses enfants et s’est enfuie aux États-Unis. Un tribunal de Brooklyn lui a accordé la garde exclusive des enfants et a interdit au père des enfants, un dirigeant de Lev Tahor, de communiquer avec eux.

Helbrans et Rosner ont alors conçu un plan pour rendre la jeune fille, alors âgée de 14 ans, à son mari alors âgé de 20 ans. En décembre 2018, ils l’ont kidnappée, elle et son frère de 12 ans, à leur mère dans le village de Woodridge, dans le nord de l’État de New York. Ils ont fait passer clandestinement les enfants à travers la frontière américaine vers le Mexique pour réunir la fille avec son « mari » adulte.

Des membres de la secte Lev Tahor se préparent à partir de l’aéroport international La Aurora à Guatemala City pour un voyage au Kurdistan irakien en octobre 2021. (Crédit : Autorisation)

Ils ont utilisé des déguisements, des pseudonymes, des téléphones portables, de faux documents et des logiciels cryptés pour exécuter leur plan, selon le communiqué.

Les enfants ont été récupérés au Mexique et renvoyés à New York, et les ravisseurs ont été arrêtés, après une recherche de trois semaines impliquant des centaines de membres des forces de l’ordre. Lev Tahor a de nouveau tenté de kidnapper les enfants en 2019 et 2021. Plusieurs autres personnes ont été arrêtées et inculpées dans cette affaire.

Lev Tahor, une secte extrémiste ultra-orthodoxe, a été fondée à Jérusalem par le rabbin Shlomo Helbrans dans les années 1980. Le groupe a fui au Canada, puis au Guatemala en 2014, après avoir fait l’objet d’une surveillance intense de la part des autorités canadiennes pour des allégations d’abus et de mariages d’enfants. Le jeune Helbrans a pris les rênes du groupe en 2017 lorsque son père s’est noyé au Mexique et Rosner a servi de « lieutenant supérieur », selon des documents judiciaires.

Le nom du groupe signifie « cœur pur » en hébreu.

Les actions, les machinations et les plans du groupe restes flous. Plusieurs dizaines de membres du groupe ont atterri dans les Balkans ces derniers mois. Les membres du groupe Lev Tahor, qui est antisioniste, ont demandé l’asile politique en Iran en 2018. Des documents présentés à un tribunal fédéral américain en 2019 ont montré que les dirigeants du culte hassidique marginal avaient demandé l’asile à l’Iran et avaient juré allégeance au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Lev Tahor est un mouvement considéré comme une secte et ses membres sont surnommés « les talibans Juifs », en partie parce que les femmes et les fillettes de plus de trois ans sont dans l’obligation de porter de longues robes noires qui leur recouvrent tout le corps, en révélant seulement leur visage. Les hommes passent la plus grande partie de la journée à prier et à étudier des extraits spécifiques de la Torah. Le groupe adhère à une lecture extrémiste et très particulière des règles d’alimentation casher.

Le mouvement compterait, selon les estimations, 200 à 300 membres, dont des adultes nés dans la secte et des dizaines d’enfants. La communauté semble s’être fragmentée ces derniers mois.

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